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" Ce combat n’est pas le vôtre, mais celui de Dieu " (2 Ch 20, 15)

21 FÉVRIER 1999

 

En ligne depuis le vendredi 26 août 2005.
 
 

21 FÉVRIER 1999 1er DIMANCHE DE CARÊME

Voici donc venu, frères et soeurs, le temps de la grande Gesticulation. Autrefois, sur le mont Carmel, les prophètes de Baal se tailladaient jusqu’à l’effusion du sang et hurlaient à qui mieux mieux dans l’espoir d’attirer l’attention de leur Dieu (cf 1 R 18). Ces païens s’imaginaient qu’en parlant beaucoup - et fort - ils se feraient mieux écouter (cf Mt 6, 7). Et c’est parfois ainsi - reconnaissons-le - que nous abordons le temps du Carême. Plus ou moins consciemment, notre objectif est d’attirer l’attention de Dieu. Nous voudrions, à la force du poignet et à la sueur de notre front, arracher à Dieu un regard de pitié ou peut-être nous décerner à nous-mêmes ce certificat de bonne conduite qui nous rassurerait tant. Eh bien, je vous préviens, frères et soeurs : si c’est dans cet esprit-là que nous entrons en Carême, il n’y a rien de plus urgent que de rebrousser chemin et de considérer à nouveau, à tête reposée, cette vérité fondamentale de notre foi : dans les rapports entre l’homme et Dieu, l’initiative du bien - et plus spécialement l’initiative de la réconciliation - vient toujours de Dieu, jamais de l’homme.

D’abord parce qu’après le péché il est impossible à l’homme de prendre quelque initiative salutaire que ce soit. L’homme laissé à demi mort par les brigands sur le bord de la route était radicalement incapable de réagir par lui-même contre la paralysie et le froid de la mort qui peu à peu l’envahissaient. Seule l’intervention extérieure du bon samaritain a inversé le processus et l’a ramené de la mort à la vie (cf Lc 10). Ensuite et surtout, parce que Dieu est Dieu et qu’en dernière analyse son amour pour nous ne dépend pas de notre amour pour lui. Qu’on se le dise enfin : l’amour de Dieu est gratuit. Il n’est pas une réponse à une initiative de l’homme ni une récompense pour nos bonnes oeuvres. " Qui, demande saint Paul, lui a donné en premier pour devoir être payé en retour ? " (Rm 11, 35) Non, il n’y a pas à attirer sur nous l’attention bienveillante de Dieu : elle y est déjà. Non, Dieu n’attend pas que nous l’aimions (ne serait-ce qu’un peu) pour nous aimer en retour. C’est même exactement l’inverse. Je veux dire que si nous aimons Dieu, c’est précisément parce que Dieu nous a aimé le premier. Certes, chez nous, au plan humain, lorsque Roméo aime Juliette, son amour est provoqué, causé, par les qualités, réelles ou supposées, de ladite Juliette. Rien de tel pour Dieu. Son amour pour nous n’est jamais causé par des qualités qui préexisteraient en nous. Au contraire, ces " qualités " sont l’effet de l’amour de Dieu pour nous. Pour Dieu, aimer, c’est créer en nous ces " qualités ", c’est nous rendre aimables. Bref, il n’est pas en nous la moindre parcelle de bonté, la moindre petite qualité, qui ne soit nécessairement l’effet de l’amour de Dieu. Nous avons tout reçu. Je dis bien tout. Pas l’essentiel, pas 99 %. Tout. Il s’ensuit - et ce point est capital - que nos démarches de conversion (depuis les premiers frémissements, les premiers bons désirs), nos efforts de pénitence, nos bonnes actions, sont toujours seconds, dérivés, par rapport à la miséricorde de Dieu. Ils ne la causent pas ; ils en sont le fruit. Ils sont la preuve de son efficacité. Certes, c’est bien nous qui les posons, qui en sommes les auteurs, mais toujours sous la dépendance et l’influx de la grâce.

Il est vrai, frères et soeurs, que ces grandes vérités nous dérangent. Et c’est normal. Car elles viennent débusquer, jusqu’en son repaire le plus obscur où il se croyait assuré pour longtemps, notre monstre familier, je veux dire notre indéracinable orgueil. Pour lui, l’affirmation selon laquelle nous n’avons rien que nous ne l’ayons reçu de Dieu équivaut tout simplement à un arrêt de mort. " Si tu l’as reçu pourquoi t’en glorifier ? " (1 Co 4, 7). Cet orgueil, cette prétention à être quelque chose par nous-mêmes et surtout par nous seuls, est la racine du péché d’Adam. Adam a voulu être comme Dieu... et il avait raison, car Dieu aussi voulait que l’homme participât à la nature divine (2 P 1, 4). La faute d’Adam n’a pas été de vouloir être comme Dieu : elle a été de vouloir s’emparer comme d’une proie de ce que Dieu lui destinait comme un don. Il a voulu mettre la main sur le don de Dieu. C’est que l’orgueil ne veut pas du don. Il ne veut pas dépendre. Il ne veut rien devoir à personne. Or, nous sommes bien les fils de notre père lorsque, subtilement, nous réduisons Dieu au rôle anonyme d’un distributeur automatique de récompenses. Telle est l’attitude de ce paroissien modèle qu’est le pharisien de la parabole. Pensez donc, côté oeuvres, il ne craint personne ! Il jeune deux fois par semaine, il paie la dîme sur tout, il donne abondamment à la quête... Mais il s’imagine que cela lui confère des droits sur Dieu et que, par conséquent, il en est quitte avec Lui. Donnant-donnant. Ses oeuvres, loin d’exprimer, comme elles le devraient, sa reconnaissance, le dispensent en fait de vraiment se convertir. C’est l’encre de la seiche, destiné à faire diversion ; l’arbre qui cache la forêt. Le petit sacrifice qui rassure à bon compte et dispense du seul vrai sacrifice, celui qui coûte vraiment : la reconnaissance de son néant et l’abandon à la miséricorde.

Pratiqués dans cet esprit nos exercices du Carême, loin de faire mourir le vieil homme, vont l’engraisser, le requinquer, le ressusciter, si j’ose dire. Soit que je tire complaisance de la réussite de mes petites pratiques, soit que je déprime de n’être pas à la hauteur de l’image héroïque que je voudrais me composer, au fond j’en suis toujours à ne compter que sur moi-même.

Tout au contraire, Seigneur, apprenez-nous que, sans vous, nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien. Apprenez-nous à aimer cette impuissance. Je ne dis pas à aimer nos péchés. Je dis à aimer notre impuissance, notre faiblesse, celle dans laquelle Dieu peut enfin déployer sa puissance.

Car, ne nous y trompons pas, le grand inconvénient de nos gesticulations intempestives - même les mieux intentionnées - est d’empêcher Dieu d’agir en nous comme il le voudrait. " Là où Dieu veut et doit vraiment opérer, prêchait Jean Tauler, il n’a besoin de rien que du néant " Et il en tirait la conséquence : " Veux-tu que Dieu jette pleinement en toi tous ses dons ? Eh bien [...] applique-toi à te convaincre qu’en vérité, dans ton fond, tu n’es rien, car c’est notre prétention à être quelque chose et notre manque de détachement qui empêche Dieu de faire sa belle oeuvre en nous " (Sermon 54, n°6).

Oui, il s’agit de laisser Dieu agir en nous comme il l’entend. D’ouvrir toutes grandes par la foi, les portes de notre coeur au Christ vainqueur. Qu’il entre, Lui, et accomplisse en nous son oeuvre. Qu’il vienne, par son Esprit, dans le désert de notre coeur dévasté par le péché, y combattre tout ce qui fait obstacle à la vie Dieu. " Ce combat n’est pas le vôtre, dit le prophète, il est celui de Dieu. " (2 Ch 20, 15). Voilà le roc de notre paix. Grâces à Dieu, " le salut ne vient pas de nous " (Ep 2, 8), " il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court " (Rm 9, 16) - car dans ce cas il y aurait vraiment de quoi s’inquiéter. Non, le salut est un don de Dieu, d’un Dieu qui saura bien conduire à son terme l’oeuvre qu’il a commencée en nous !

C’est celui-là même qui a tiré le monde du néant absolu, celui qui a modelé Adam du limon de la terre, c’est lui qui patiemment construit en moi à partir de mon néant l’homme nouveau, l’homme intérieur. C’est lui qui dans le désert vient m’arracher, brebis perdue, au pouvoir de Satan. Et si je me laisse faire, si je ne me débat pas entre ses mains, alors, doucement, il me prendra sur ses




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 " Ce combat n’est pas le vôtre, mais celui de Dieu " (2 Ch 20, 15)



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