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Le dessein de l’Incarnation

Mt. 2, 1-12

 

En ligne depuis le dimanche 22 mai 2005.
 
 

Le mystère de l’Incarnation, du Verbe fait chair, et qui se fait petit enfant, dépasse tellement les capacités de notre esprit que nous pouvons être tentés de nous « rattraper » par les représentations bien humaines de la crèche : l’étable, les animaux, les personnages... voilà qui est à notre portée, à notre niveau.

Et aujourd’hui, le mystère continue. Elle est tellement étonnante cette venue des mages que nous nous « rattrapons » encore en ajoutant au bucolique de la crèche l’exotisme de ses personnages mystérieux et chamarrés. Notre goût contemporain pour l’orientalisme y trouve peut-être son compte, mais pas forcément notre intelligence du mystère. Alors, à partir des images, mais sans nous arrêter à elles, tâchons de méditer ce mystère pour l’approcher un peu et le contempler si nous en avons le désir.

Le sens profond de cette venue nous est clairement révélé dans les lectures que nous venons de lire, qui font écho à tant de prophéties - d’Isaïe en particulier - entendues au long de ces dernières semaines. La venue de ces mages - qui ne sont peut-être pas des rois, mais sûrement des dignitaires et des sages originaires d’Arabie - exprime, manifeste l’entrée des païens, des non-juifs, des nations comme on les appelle aussi dans la Bible, dans l’héritage de la promesse faite aux juifs. Les premiers à admirer l’Enfant-Dieu ont été les bergers, dans la nuit de la Nativité, ces bergers qui figurent Israël, le peuple de la promesse, pour qui Jésus est venu en premier. Et, sans attendre, voici les mages, qui figurent les païens, les nations, qui viennent à leur tour se prosterner devant lui. C’est bien l’accomplissement des paroles d’Isaïe (60, 6 ; 1° lecture) : « Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens, proclamant les louanges du Seigneur », c’est bien ce que Paul, le juif devenu apôtre des nations nous a explicité dans l’épître aux Ephésiens ( 3, 6 ; 2° lecture) : « Le mystère du Christ [...] c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. » Essayons de ne pas écouter d’une oreille trop distraite ces fortes paroles. C’est du mystère du Christ qu’il s’agit, rien de moins, et c’est à nous qu’elles sont adressées aujourd’hui.

Nous savons, et nous professons dans le Credo, que l’Eglise est catholique, c’est-à-dire universelle, c’est-à-dire qu’elle a vocation à accueillir et à porter le salut à tous les hommes. N’oublions pas trop vite comment se réalise cette catholicité : non comme un universel abstrait, mais par la réunion bien concrète des juifs et des non-juifs. Voilà la manière étonnante que Dieu a choisie pour réaliser son dessein de réunion du genre humain, dont le péché a brisé l’unité. C’est la geste divine que nous ne connaissons que parce que Dieu nous l’a révélée. Nous qui, sans doute pour la plupart, ne venons pas d’Israël, n’oublions pas que Dieu nous fait participer, par pure miséricorde, à un bien destiné d’abord aux enfants du peuple de l’élection. Et sachons ne pas les oublier dans notre prière.

Et puis, cette universalité du salut dans le Christ, que nous célébrons et manifestons aujourd’hui, signifie aussi que c’est Jésus-Christ, et lui seul, qui est l’unique chemin de salut pour tout homme sans exception, qu’il soit ou non chrétien. Alors sachons ne pas accorder de crédit à ces théories à la mode qui se plaisent à voir d’autres voies de salut en telle ou telle autre religion. Il y aurait le Christ pour les chrétiens et telle autre voie pour ceux qui ne le connaissent pas. Prenons-y garde, le mystère que nous célébrons en ce jour est précisément la manifestation de cette unique voie de salut, qui a pour nom Jésus, ce qui disqualifie sans équivoque pareilles théories, fantaisistes et fallacieuses : elles sont dangereuses, parce qu’elles diminuent et abîment le mystère, le mystère du Christ que saint Paul a eu pour mission de nous faire connaître.

Voilà pour le sens profond de cette fête, rapporté à l’ensemble du dessein de Dieu, de son dessein d’amour pour les hommes, pour chaque homme. Mais cette venue des mages à Bethléem nous enseigne aussi sur notre propre chemin à la rencontre de Jésus. Nous aurions tort de croire que, parce que nous sommes baptisés, nous sommes déjà à l’entrée de la crèche, prosternés devant l’Enfant-Dieu. Les réalités de la vie avec le Christ ne sont pas comme les réalités humaines, données une fois pour toutes, elles demandent sans cesse à être approfondies. Notre chemin vers le Christ ne s’est pas achevé le jour de notre baptême, bien plutôt il n’a fait qu’y commencer. L’Etoile a commencé à nous guider, et nous sommes toujours en chemin. Et le voyage des mages éclaire le nôtre, qui nous conduit aussi à Jésus.

Les mages se sont mis en route parce qu’ils ont vu l’étoile se lever. Cela signifie qu’ils scrutaient le ciel, et qu’ils n’ont pas hésité à laisser leurs biens, leurs domaines, pour suivre une étoile sur une route inconnue. La résonance biblique de ces paroles de Matthieu est forte. Elles font écho au récit du Livre des Chroniques (1 Chr., 10, 1-13) contant comment la reine de Saba est venue à la rencontre de Salomon pour s’instruire de sa sagesse, et comment elle repartit comblée de son séjour à Jérusalem. Jésus louera l’attitude de cette femme non juive venue goûter la sagesse d’Israël, tout en ajoutant : « mais il y a ici bien plus que Salomon. » A la crèche déjà, pour ces mages qui viennent peut-être de Saba, il y a bien plus que Salomon, il y a la sagesse de Dieu, celle en qui tout fut créé, la sagesse incarnée, le Verbe fait chair.

Mais nous, si nous voulons aussi marcher à leur suite, quelle étoile suivons-nous ? Sommes-nous des interrogateurs des cieux, des amoureux de la sagesse, prêts à tout laisser pour la découvrir ? En un mot, cherchons-nous vraiment cette sagesse qui surpasse toute connaissance ? Si souvent les chrétiens - et les catholiques en particulier - sont perçus comme des gens qui ne cherchent plus, parce qu’ils savent déjà tout. La démarche des mages de Bethléem nous renvoie à la nôtre : il y a tant d’étoiles qui peuvent nous faire manquer la rencontre avec l’Enfant Jésus. Il y a les étoiles qui ne mènent qu’à nous-même, il y a les étoiles mortes qui ne mènent nulle part, il y a aussi les étoiles filantes, fugitives et éphémères, qui nous charment par leur perpétuelle nouveauté, mais qui ne conduisent qu’à l’agitation, à la dispersion. Quelle étoile suivons-nous, quelle sagesse cherchons-nous pour éclairer, pour guider notre vie ?

Et puis la scène de Bethléem nous fait contempler ces mages se prosternant devant Jésus. Il est là encore le mystère des mages : ils reconnaissent en cet enfant ce qu’ils ont toujours cherché, le Verbe de Dieu qui se fait chair. Prenons la mesure de ce récit. Ce n’est pas à Jérusalem, au cœur de l’enseignement public de Jésus que la rencontre se produit. Ah, nous aurions eu un splendide tableau : Jésus enseignant les mages arrivant au Temple, en grand équipage, devant les Docteurs de la Loi stupéfaits ! Eh bien non, c’est dans le secret de Bethléem que la rencontre se produit, et elle n’est pas moins profonde. Et elle nous instruit. Saurons-nous reconnaître la sagesse du Père dans l’indigence de cet enfant ? Saurons-nous reconnaître la toute-puissance de Dieu dans la dépendance et la vulnérabilité de ce nouveau-né ? La sagesse de Bethléem n’est pas moins folle et scandaleuse que celle du Golgotha. Nous n’y entrons qu’en venant déposer aux pieds de Jésus l’or de notre intelligence, l’encens de notre adoration, et la myrrhe de notre souffrance.




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 Le dessein de l’Incarnation



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