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Si tu avais été là ...

28 FÉVRIER 1999

 

En ligne depuis le vendredi 26 août 2005.
 
 

Devant la souffrance et le malheur d’autrui, qu’il est douloureux de se découvrir impuissant, absent, insatisfaisant, surtout quand il s’agit d’amis ! « Si tu avais été là ! » Si tu avais été là parmi nous, pour nous, quand nous avions besoin de toi ! « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! »

Jésus, de fait, était ailleurs. Et ses amis, centrés sur eux-mêmes ne peuvent pas se poser la question de savoir si, eux-mêmes, ils étaient avec lui. Où était-il ? Retenu par des conférences fixées de longue date, des exercices spirituels à donner quelque part, une visite à sa mère ou des cours à l’École Biblique ? Probablement rien de tout cela car c’est plus grave encore : Jésus, semble-t-il, ne faisait rien. Aucune excuse, c’est choquant. Il s’est terré, sans donner signe de vie, sans bouger, faisant le mort, deux jours et deux nuits durant, pour se mettre en route enfin, trop tard, au petit matin du troisième jour.

Le troisième jour ! Pensez-vous que ce soit par hasard que l’Évangéliste, si avare en détails nous précise celui-ci ? Il le fait bien sûr tout à fait consciemment car il nous livre à la fois son récit et son interprétation. Il joue sur nos réflexes et cela fait « tilt » dans nos têtes : Oui, le troisième jour, c’est la Résurrection, car la résurrection de Jésus et celle de Lazare sont liées, comme sa mort et celle de Jésus. Elles se croisent aussi ! Car, vous l’avez entendu : par un bel anachronisme, l’onction de Jésus est évoquée tout au début. Il sent bon, lui, alors que Lazare pue et sort de son tombeau. Mais pour que Lazare sorte de son trou, il faut que Jésus se jette dans la gueule du loup. Lazare est délié mais Jésus sera bientôt désigné par un baiser et saisi par les soldats. En ce jour où Jésus réveille son ami, les notables décident de le tuer : à celui qui a redonné vie, on donnera la mort ! (Jn 11, 49). Entre Lazare et Jésus, entre Jésus et son ami, tout est enchevêtré et c’est exprès. L’amitié les fait alter ego et permet ces échanges vitaux. Lazare meurt dans son lit, il n’offre que sa mort, l’autre risque et perd sa vie pour rejoindre son ami au plus profond, non pas seulement de la maladie mais du mal plus radical, celui des égoïsmes aveugles, individuels et collectifs, qui rendent cette vie infernale et mortelle.

« Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort » Elle ne dit plus « ton ami » comme lorsqu’elle comptait sur lui et lui faisait savoir : « ton ami est malade ». Puisque c’est dans l’épreuve que l’on connaît ses vrais amis, Jésus n’a pas été fidèle dans l’amitié, Lazare comptait sur lui et il est mort sans lui. Lazare, semble-t-il, aurait pu ne pas mourir, il aurait trouvé la force de tenir le coup. Il n’aurait pas « craqué » mais Jésus l’a abandonné. « Caïn, où est ton frère Abel ? » « Suis-je le gardien de mon frère ? » Sous-entendu, n’est-ce pas toi qui devais le garder, le protéger ? Perversité de l’homme qui reporte sur Dieu sa propre culpabilité.

« Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » Je ne sais pas comment vous le ressentez, vous, mais, personnellement je suis terriblement sensible au chantage affectif Il m’est insupportable de décevoir ! Je préférerais me faire traiter d’ivrogne et de glouton, comme l’a été Jésus par ses ennemis, de chien d’hérétique, de samaritain ou de fils de Satan, plutôt que m’entendre reprocher par mes meilleurs amis que je les ai lâchés ! Alors il me faut affronter cette difficulté : n’y a-t-il pas là, justement, quelque piège secret ? La perversité se cache toujours derrière ce qu’il y a de meilleur et les faux dieux, les faux absolus, les idoles sont des imitations presque parfaites du vrai. Alors l’amour, l’amitié la plus belle, se refermant comme un trou noir dans l’exclusivité, la routine et le désir de possession peuvent devenir, pour Jésus lui-même une terrible tentation.

Marthe réagit ! Elle assume sa déception et la dit franchement mais au lieu de s’y complaire et de s’y enfermer, elle sort d’elle-même. Elle court dans la rue et rejoint Jésus pour lui clamer qu’elle attend de lui : « Maintenant encore, je le sais, Dieu t’accordera tout ce que tu lui demanderas » Sa foi lui permet d’anticiper, de concevoir, de demander ce que Jésus fera. Marthe est la disciple modèle dans ce récit et son nom est cité exactement sept fois, chiffre parfait.

Ce récit est surprenant, incohérent, semble-t-il. Pourquoi Jésus pleure-t-il devant le tombeau de son ami, alors qu’il va le ressusciter dans le quart d’heure qui suit ? Comme s’il ne le savait pas, comme si c’était la foi de Marthe, de Marie, de tout l’entourage finalement, qui, le prenant aux entrailles et le faisant frémir au plus profond de lui-même, suscitait, réveillait, mobilisait sa conscience messianique, conduisait Jésus à invoquer son Père, dans un psaume d’exultation, pour se révéler lui-même avant le temps, Résurrection et Vie, dès aujourd’hui.

« Déliez-le et laissez-le aller ! » Il y a tout un paquet de noeuds à détacher ou à trancher, des liens paralysants, des voiles sur les yeux qu’il faut avoir le courage d’arracher pour découvrir son vrai visage, se mettre en mouvement et s’avancer dans le soleil de l’amour qui nous veut vivants !

Que le Seigneur purifie notre coeur, qu’il nous apprenne à aimer comme il a lui même su aimer. Qu’il nous apprenne à vivre, libres de tout chantage affectif, dans la joie des enfants de Dieu. Non pas pour aimer moins, mais pour aimer plus, généreusement.

« Allons et mourrons avec lui ! » Thomas a tout compris. Parce que la vie, à la longue, c’est tuant. Il vaut mieux la donner, car il faut se perdre pour se trouver et mourir si l’on veut ressusciter.




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