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Père, glorifie ton Fils

16 MAI 1999

 

En ligne depuis le vendredi 2 septembre 2005.
 
 

De façon générale, ça commence par des histoires de marchands de tapis, souvent doublées de chantage affectif. « Mon Dieu, vous qui êtes si bon, si compréhensif, je vous promets - croix de bois, croix de fer - que si j’ai mon bac au premier tour, j’irai à la messe pendant au moins, disons.... tenez : deux dimanches consécutifs 1 » Évidemment, assez vite, dès que j’ai saisi tant soit peu qui est Dieu et qui je suis, j’éprouve normalement quelque scrupule à réduire Dieu à ce rôle peu flatteur de distributeur automatique de gratifications personnelles. Car enfin c’est renverser les rôles du tout au tout que de mettre Dieu au service de mes petits projets : c’est plutôt à moi d’accueillir le grand projet de Dieu sur moi. Mais alors, sous prétexte que la prière de demande est souvent entachée d’égoïsme, allons-nous faire la fine bouche ? Allons-nous nous en tenir à la prière d’action de grâce et de louange - toute gratuite ? Certainement pas, car Jésus lui même n’a pas dédaigné de recourir à la prière de demande : « Père, glorifie ton Fils... Père, donne moi la gloire... » Et si, après l’Ascension, les apôtres sont continuellement dans le Temple à louer Dieu (Lc 24, 53), ils sont aussi au Cénacle implorant avec persévérance la venue de l’Esprit. Il ne s’agit donc pas de renoncer à la prière de demande, mais de la purifier, de la convertir, bref, de la christianiser. Et pour cela, il faut en bien saisir la finalité. Comprenons d’abord que la prière de demande n’est pas un bras de fer entre l’âme et Dieu. Elle ne vise pas à informer Dieu de la précarité de notre situation, encore moins à lui arracher de haute lutte un bienfait qu’il ne voudrait pas nous donner. Non, Dieu sait infiniment mieux que nous - et avant même que nous le demandions - ce dont nous avons vraiment besoin (cf. Mt 6, 32) et, de toute éternité, il le veut pour nous. Alors, pourquoi faut-il demander pour recevoir ? Pourquoi faut-il frapper pour qu’il nous soit ouvert (Mt 7, 7) ? Primo, parce que Dieu respecte et promeut notre dignité. En effet, en nous inspirant de demander ce qu’il veut déjà nous donner, Dieu permet qu’à notre petite mesure, par notre prière, nous méritions le don qu’il nous fait, c’est-à-dire que nous en soyons de quelque manière la cause. Il faut demander, secundo, parce que la prière nous transforme. Ce ne sont pas les dispositions de Dieu que la prière modifie, ce sont les nôtres ! Si nous laissons venir à la lumière de Dieu les désirs profonds de notre coeur, nous écarterons comme instinctivement ce qui est indigne d’un chrétien et désirerons plus ardemment ce qui est bon. En purifiant notre désir, la prière nous met ainsi dans l’attitude voulue pour accueillir largement et avec fruit ce que Dieu veut nous donner. Il faut demander, tertio, parce que la prière de demande est un merveilleux pédagogue : elle nous enseigne à vivre au quotidien cette radicale et joyeuse dépendance vis-à-vis du Père qui définit le chrétien.

Mais que faut-il demander (cf. Rm 8, 26) ? Que demandent donc les disciples au Cénacle ? « Envoie ton Esprit, Seigneur. » Voilà la prière qui résume toutes les autres. Car demander l’Esprit-Saint, c’est demander le Don par excellence, le Don qui contient tous les autres dons. « Si vous qui êtes mauvais, dit Jésus (Lc 11, 13), vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du Ciel donnera-t-il à ceux qui l’en prient - quoi donc ? : l’Esprit-(Saint. »

Mais il y a là un paradoxe. C’est que pour demander l’Esprit-Saint, il faut déjà l’avoir reçu ! Saint Luc nous dit que les disciples, « tous d’un même coeur, étaient persévérants dans la prière » (Ac 1, 14). Or, aussi bien l’union des coeurs que la persévérance sont des fruits de l’Esprit. Alors, est-ce un cercle vicieux ? Non, bien entendu. Mais ce paradoxe nous enseigne, d’abord, que la prière de l’homme n’est jamais un commencement absolu. C’est toujours Dieu qui prend l’initiative. La prière est déjà un don, une grâce. Il nous enseigne, ensuite, qu’on en a jamais fini de s’ouvrir à l’Esprit-Saint, car sa présence en nous comporte des degrés. Il faut du temps entre le moment où le feu prend et celui où la bûche est désormais incandescente. Et la prière est notre manière de collaborer à cet enracinement progressif de l’Esprit dans notre coeur. Or, plus nous accueillons l’Esprit-Saint, plus notre prière devient pure, parce que, petit à petit, nous entrons dans la grande prière de Jésus. Je m’explique. La mission de l’Esprit-Saint est de nous conduire à Jésus et de nous unir à lui, Par conséquent, plus nous accueillons l’Esprit, plus nous nous rapprochons de Jésus, ou, pour le dire autrement, plus Jésus vient vers nous. C’est ainsi, dans l’Esprit, que Jésus réalise la promesse faite à ses disciples : « Je reviendrai vers vous » (Jn 14, 18). Or, Jésus ne vient pas en nous en touriste. Il y vient pour faire son oeuvre et, en particulier, il vient prier en nous le Père. Dans l’Esprit, il nous introduit dans la prière qui, de son propre coeur, monte vers le Père. Cette prière quelle est-elle ? « Père, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie » (Jn 17, 1). La gloire que Jésus implore, c’est la gloire qu’il avait avant que le monde fût (Jn 17, 5). C’est la splendeur et le rayonnement de la divinité. Cette gloire, l’Esprit, le divinisateur l’a déjà communiquée à l’âme humaine de Jésus au jour même de l’Incarnation. Mais, au soir du Jeudi Saint, Jésus prie pour que l’Esprit poursuive son oeuvre et se répande en plénitude sur son Corps.

Et quand je dis : « son Corps », je donne à cette expression toute son extension. Il s’agit certes, en un premier sens, du corps physique de Jésus. Jésus prie pour que la gloire qui illumine et réjouit son âme rejaillisse enfin sur son corps, ce corps que, pour nous les hommes et pour notre salut, il a voulu dans un premier temps être un corps de misère, sujet à la souffrance et marqué par les conséquences du péché. Et, dans le secret de la nuit pascale, le Père a exaucé la prière de son Fils en le ressuscitant d’entre les morts.

Mais il s’agit aussi du Corps mystique de Jésus, de ce Corps que nous formons, frères et soeurs, nous tous qui, dans le Christ, avons part à l’unique Esprit. « Père glorifie ton Fils », cela veut dire aussi : Père, répands ton Esprit sur mes disciples afin que, de plus en plus, ils soient un. Un entre eux, un avec moi et, en moi, un avec toi. Que l’Esprit vienne prier en eux pour hâter cette unité, ce moment béni où les hommes seront fils dans le Fils et où tu seras enfin, Père, tout en tous, pleinement glorifié en ton Fils. Oui, Père, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie.




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 Père, glorifie ton Fils



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