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13 JUIN 1999

 

En ligne depuis le vendredi 2 septembre 2005.
 
 

Le livre de l’Exode, entendu aujourd’hui, commence par un verset apparemment oublié des liturgistes : « Voici les noms des fils d’Israël, qui vinrent en Égypte : Ruben, Siméon, Lévi et Juda, Issachar, Zabulon et Benjamin, Dan et Nephtali, Gad et Asher [ ... ]. Ils devinrent nombreux et puissants et la terre se remplit d’eux » (Ex 1, 1-7). Ces quelques noms, ces quelques phrases auraient mérité de tenir lieu de première lecture car l’appel et l’institution des Douze se rattachent directement aux tribus issues de Jacob et sont le signe du rétablissement futur de tout Israël. « Voici les noms des douze apôtres : Simon-Pierre, André, Jacques et Jean, Philippe et Barthélémy, Thomas et Matthieu, Jacques et Thadée, Simon et Judas, celui-là même qui le livra ». Osons gloser : les successeurs des Douze apôtres devinrent nombreux et puissants et remplirent toute la terre. Le sage dit en effet que les hommes illustres sont glorifiés dans leur génération, qu’ils ont laissé un nom qu’on cite encore avec éloges, tandis que d’autres n’ont laissé aucun souvenir : c’est comme s’ils n’avaient pas existé. Les hommes de bien, leur descendance demeure à jamais, leur corps est enseveli dans la paix mais leur nom est vivant d’âge en âge (Ecclésiastique, 44). En relisant ces textes, je me disais ceci : leur nom est vivant et leur nom est écrit.

Ces noms sont écrits, c’est une évidence, dans le Livre pour qu’on en garde mémoire. Certains de ses noms se sont même faits écrivains, l’Évangile est un peu leur biographie... Ah, ce besoin d’écrire ! Écrire sur la pierre, sur le papyrus, sur le parchemin, sur les murs, sur l’écran,.. Écrire pour survivre, pour qu’il reste quelque chose : l’impression d’avoir été. « Ou la mort, ou le livre [ ... 1. Se trouver au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera » (Marguerite Duras, Écrire, p. 19-20). Les apôtres seraient-ils devenu des scriptores, simplement parce que les paroles s’envolent et que les écrits restent ? N’est-ce pas plutôt parce que ce qui est écrit sur la terre sera écrit dans les cieux ?

Voilà des noms dont la gloire ne dépend pas d’une oeuvre et qui ne sont pas seulement consignés dans des livres, car leur nom est écrit dans les cieux : « Je vis la Jérusalem céleste, pourvue de douze portes avec les noms des douze tribus d’Israël et qui repose sur douze assises portant chacune le nom des douze apôtres de l’Agneau » (Ap. 21, 12-14). Heureux sont-ils... mais heureux sommes-nous, nous aussi, car il est promis : « Au Vainqueur, je donnerai un caillou blanc, portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, honnis celui qui le reçoit [et] son nom, je ne l’effacerai pas du livre de Vie, mais j’en répondrai en présence de mon Père et de ses Anges » (Ap. 3, 5).

Ainsi nous est révélée l’immortalité de notre nom, et nous savons que dans la Bible, le nom est le support de la personne elle-même. Révélation formidable car la grande angoisse des hommes, ce n’est plus que le ciel leur tombe sur la tête, c’est que leur nom tombe dans l’oubli, dans le néant, comme s’il n’avait jamais été. « Rien qu’une ombre, l’humain qui marche, rien qu’un souffle, tous les humains » (Ps 38). La peur de la mort, c’est moins la peur de devoir tout laisser, à moins d’être Mazarin, que la peur d’être oublié. Survivrons-nous ? et comment ? et dans quelles conditions ? Questions de salut individuel, oui ; mais aussi questions de salut pour le monde, pour notre monde. La grande peur de l’Occident aujourd’hui, ce n’est plus la famine, ou la peste, ce n’est même plus la guerre : c’est la perte de la mémoire, c’est l’oubli de ses racines, c’est l’amnésie spirituelle qui nous menace tous. Devant le vide religieux, le plus acharné des laïques pleure de ne plus savoir à quel saint se vouer. Comme l’écrit Michel Serres, « nous regardâmes comme une victoire l’ignorance enfin totale des jeunes générations en matière de religion ; ce triomphe se mue en défaite soudaine aujourd’hui » (Le Monde de l’éducation, mai 1999, p. 7). Défaite de la pensée, débandade d’une société, stérilité d’une culture où les statistiques et les sondages ont remplacé la mémoire...

Ce que l’Évangile nous dit avec force, c’est que Dieu lui, se souvient de son amour de génération en génération. Il nous appelle par notre nom, et jamais il ne nous oubliera : « Vois, je t’ai gravé sur la paume de mes mains » (Is. 49, 16). Dieu est le Nom au-dessus de tout nom, le Coeur plus grand que notre coeur et qui contient tout. Certes, aux yeux des insensés, les justes ont paru mourir, mais ils ne sont pas tombés dans l’oubli, on ne tombe que dans les bras de Dieu. Et si, comme il paraît, les civilisations sont mortelles, il vaut mieux qu’elles meurent en bonne santé. C’est pourquoi le Christ n’a pas cessé d’envoyer des apôtres dont le nom est plein d’immortalité, pour guérir, ressusciter, purifier, chasser les vieux démons, car il ne veut pas une Église de gens fatigués et abattus, mais debout et vigilants, dans la mémoire de son passage, et dans l’impatience de son retour. Amen.




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