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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 12 >>   Les prophètes n’ont rien à craindre

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Les prophètes n’ont rien à craindre

20 JUIN 1999

 

En ligne depuis le vendredi 2 septembre 2005.
 
 

Frères et soeurs, si vous avez eu l’occasion de dialoguer avec des chrétiens des jeunes Églises d’Asie, d’Afrique, d’Europe de l’Est..., vous vous êtes probablement rendu compte que, dans ces Églises, la foi est l’objet d’une certaine fierté, parce que souvent aussi elle y est le résultat d’une victoire durement acquise ; et, peut-être vous êtes-vous fait cette réflexion que nous sommes un peu nantis et passifs par rapport à une foi que, pour notre part, nous portons depuis tant de générations, Cette différence, on a pu l’expérimenter lors des JMJ (Paris, 1997) : la France accueillait en aînée des frères souvent plus confirmés qu’elle dans la foi. Les Églises nées (ou renées) depuis peu ont en effet dû opérer un tri difficile pour dénoncer ce qui, dans leur culture et leur histoire, s’opposait à l’Évangile, et de même pour reconnaître ce qui, dans leurs traditions, devait être gardé. Ces discernements ont été autant de victoires fièrement remportées sur les ténèbres de l’ignorance et du péché, car, comme dit saint Paul : « De même que le péché a régné dans la mort, de même la grâce régnerait par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 5, 15). Nous pouvons ainsi avoir l’impression qu’Occidentaux chrétiens nous manquons d’adversaires contre qui affirmer et défendre, et ultimement mûrir, notre foi. Car on ne peut tout de même pas penser que les victoires remportées jadis par nos pères sont à ce point enracinées et vivantes qu’elles nous dispensent de lutter. En réalité, la situation de « postmodemité » (comme l’on dit) dans laquelle nous nous trouvons ne rend pas aisé notre témoignage. Il est à peu près certain qu’il est plus facile de proposer l’Évangile dans une culture qui ne le connaît pas du tout que de l’annoncer dans une culture qui, en grande partie, l’a rejeté. Proposer le christianisme dans notre société apparaît souvent pour les non-croyants comme une sorte de réactivation d’un passé_ que, plus ou moins consciemment, ils ont refusé. Comme le prophète Jérémie, nous pouvons bien avoir cette impression que le message divin dont nous sommes chargés tombe à plat parmi nos congénères. Oui, à chaque fois que nous ouvrons la bouche pour parler de Dieu, le monde semble nous renvoyer en écho notre propre voix déformée par la moquerie - « Violence et dévastation ! », « Terreur de tous côtés ! » De même qu’on a ridiculisé les menaces censées terrifiantes du prophète en falsifiant ses propres invectives, de même quand l’Église rappelle certaines vérités fondamentales de la vie humaine, et pour autant dénonce les comportements opposés, le banc des rieurs s’agite et l’on crie bien fort que décidément les chrétiens ont bien tort de croire à tant d’exigences et qu’ils feraient mieux de profiter de la vie. Dès lors, la tentation, pour ne pas sans cesse apparaître comme la mauvaise conscience de ce monde, peut consister à renoncer à la prophétie. Les encouragements du concile Vatican II ne vont pourtant pas dans ce sens : « Les laïcs, participant à la fonction du Christ Prêtre, Prophète et Roi, ont leur part active dans la vie et l’action de l’Église » (Vatican II, Décret sur l’Apostolat des laïcs, n° 10). Le chrétien a donc aussi vocation de prophète. Cela ne saurait être mis en cause. La vérité est que le métier de prophète, jamais ni nulle part, n’a été facile : pas plus aujourd’hui qu’au temps de Jérémie, pas davantage en Afrique qu’en France ou ailleurs.

Toutefois, on ne peut même pas dire que les prophètes sont purement et simplement indésirables dans notre monde. Et, si le prophète chrétien n’est pas toujours le bienvenu, il reste que beaucoup de personnes aujourd’hui revendiquent ce rôle et cette place de prophète : et même ces personnes sont respectées, voire attendues, en tant que prophètes. Les premières pages des magazines aiment à présenter ces figures qui sortent un peu de l’ordinaire, qui font vendre parce qu’elles sont porteuses de nouveautés, d’attentes, même si la nouveauté proposée est un peu inquiétante. C’est ainsi qu’Hérode écoutait Jean-Baptiste avec perplexité parce qu’il le craignait, mais aussi avait plaisir à l’entendre (cf. Mc 6, 17). Aujourd’hui, et l’approche de l’an 2000 aidant, les prophéties fusent de toutes parts : éclipses qui tournent au cataclysme interplanétaire, désordres écologiques hâtant une catastrophe cosmique, collision des puissances politiques et religieuses, résurgences des mystères anciens, le tout à la sauce Nostradamus, etc. On n’hésite pas aujourd’hui à prophétiser les pires maux sans craindre d’engager sa réputation, sans rien craindre non plus de la part de ses auditeurs... De telle sorte que, même quand il s’agit de prophéties de malheur, il semble plus facile d’être un faux prophète que d’être un prophète du Christ. Comment comprendre cela ? Pourquoi le vrai prophète est-il rejeté, le faux accepté ? Pourquoi cette crainte chez l’un, cette superbe chez l’autre ? La question en définitive est celle-ci : qu’est-ce qu’un vrai prophète ? On considère habituellement que deux conditions sont nécessaires pour faire un prophète :

1. Tout d’abord que le prophète partage la vie de ses interlocuteurs - un ange n’est pas un prophète, au sens où il ne partage pas notre condition humaine ; en revanche, le faux prophète remplit cette condition ; 2. Deuxièmement - et c’est là que le vrai se distingue du faux -, il faut que le prophète annonce des réalités qui sont éloignées de nous, c’est-à-dire qui nous dépassent : soit qu’il s’agisse d’un événement futur (a), soit qu’il s’agisse d’un mystère divin (b) : (a) Par rapport à un événement futur, ce sont les faits qui attestent la véracité de la prophétie : que les faits confirment un faux prophète peut relever du hasard ou de l’habileté du faux prophète. (b) Par rapport aux mystères de Dieu les choses sont plus compliquées : tout d’abord, nous savons que le vrai prophète est détenteur d’une vérité qui le dépasse lui aussi - la révélation que Dieu lui a faite ; cette révélation, il ne fait que la transmettre, et ainsi il s’adresse à la foi des ses auditeurs, ne cherchant pas à attirer vers lui mais vers Dieu. Tout à l’inverse, le faux prophète cherche à flatter la crédulité de ses interlocuteurs, il cherche à se rendre maître de leur orientation. De là il apparaît que le faux prophète est un séducteur : s’étant lui-même octroyé sa mission, c’est encore à lui-même qu’il attire ses interlocuteurs.

Cette vocation de prophète qui nous échoit donc en tant que baptisés est une menace pour notre tranquillité. La confession de Jérémie contient une note de reproche à Dieu : « Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire » (Jr 20, 7). Cependant, Jésus dit à ceux qu’il envoie, « N’allez donc pas les craindre ! » N’allez pas craindre ceux qui ne vous reçoivent pas et qui pourront aller, au-delà des moqueries, jusqu’à faire de vous des martyrs. Ils sont réticents aux biens spirituels que vous leur prêchez, mais ils ne peuvent rien contre les trésors spirituels dont vous êtes les vases d’élection : s’ils s’en prennent à votre corps, ils ne peuvent rien contre votre âme. Mais ne dérogez pas à votre mission : mettez en garde vos frères contre les loups qui détournent la Révélation du Seigneur pour servir des desseins limités aux horizons de ce monde. Ils cherchent à flatter le corps pour priver l’âme de ses aspirations divines.

Frères et soeurs, ne soyons donc pas chagrin d’avoir été appelé à servir le Seigneur comme prophète. Le Christ a été prophète, il nous a enseigné dans le secret ce qui doit être révélé au grand jour - c’est là notre assurance ; et si nous creusons notre oreille dans la prière et la fidélité à ses commandements, nous n’aurons aucune crainte pour proclamer sur les toits ce que le Seigneur ne manquera pas de confirmer dans sa miséricorde pour les serviteurs dont il connaît jusqu’au nombre des cheveux.




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