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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 15 >>   Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?

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Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?

11 JUILLET 1999

 

En ligne depuis le vendredi 2 septembre 2005.
 
 

« Écoute, mon fils, les préceptes du maître » Tel est le solennel avertissement de S.Benoît, que nous fêtons en ce jour, en exergue à sa célèbre règle. Il semble être l’écho lointain de l’avertissement du Christ lui-même qui, en cet évangile, nous demande instamment d’écouter une parabole, et finalement nous invite à nous poser, à lui poser, cette question : Pourquoi parler en paraboles ? Ces paraboles, ces comparaisons mystérieuses, ont-elles pour but de nous éclairer ou au contraire de recouvrir la vérité d’un voile hermétique ? Question vitale pour un Dominicain, qui pourrait d’abord y répondre en disant que, s’il n’y avait pas de paraboles à commenter, il serait sans doute, lui aussi, au chômage ! Question sérieuse pour une société qui souvent associé au culte de la transparence absolu un goût pour l’ésotérisme le plus complet.

Pourquoi donc Jésus parle-t-il en paraboles ? À cette difficile question la Tradition a donné trois types & réponses, dont aucun ne semble à vrai dire pleinement convaincant.

Pour les uns, Jésus parierait en parabole par pure miséricorde. S’il avait parlé en clair, les intelligences obscurcies des disciples n’auraient-elles pas été aveuglées par la pleine lumière de la vérité ? Il convenait donc que le Christ leur enseignât cri image le Royaume de Dieu pour le leur faire progressivement comprendre. Cette thèse de la parabole-miséricorde, pour attirante qu’elle soit, se heurte néanmoins à bien des Passages de l’Évangile qui présentent au contraire l’enseignement en paraboles comme une punition de l’endurcissement des Juifs : « c’est pour cela que je leur parie en paraboles, dit le Christ : pour qu’ils voient sans voir et entendent sans entendre ni comprendre ». S’appuyant sur ce dernier passage, une deuxième école, plus rigoriste, affirme que Jésus parle en paraboles non par pure miséricorde, mais par châtiment. La foule en effet n’aurait pas été digne d’entendre proclamer en toute clarté la vérité du Royaume de Dieu. Et le Christ lui-même ne l’enseigne-t-il pas par ailleurs ? :« ne jetez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles aux pores ». Cependant, cette thèse de la parabole-condamnation semble transformer Jésus en un parleur ésotérique, en un sphinx à énigmes, revêtant d’un voile son enseignement pour n’être compris que d’un petit groupe d’initiés.

Miséricorde ou punition ? Une troisième voie tenta la conciliation en distinguant les auditoires : les paraboles seraient miséricorde pour les uns et condamnation pour les autres, révélation pour les disciples, obscurité pour ceux qui auraient fait mauvais usage d’une trop claire prédication. Satisfaisante pour l’esprit, cette solution se heurte néanmoins à l’objection que si Jésus avait vraiment voulu ne pas être compris de la foule, alors il eut mieux valu qu’il se tût tout à fait, au lieu d’en exciter l’importune curiosité.

Alors pourquoi Jésus parle-t-il en paraboles ? La raison profonde en est sans doute à chercher dans la parabole elle-même, la parabole du semeur, cette parabole des paraboles, qui encadre la question des disciples, la nôtre. La véritable distinction n’est pas entre Juifs et disciples, elle est dans le coeur de chacun : en chacun & nous se trouvent un pharisien qui n’est pas tout à fait digne d’entendre la Parole en toute sa netteté, et un disciple qui n’en est malheureusement pas capable. De l’un et de l’autre, le Christ attend qu’il coopère, qu’il coopère à l’avènement d’un royaume qui n’est ni tout à fait transparent, ni tout à fait énigmatique. Et les deux versions de la parabole du semeur, son récit et son explication, semblent nous inviter à deux types de coopération , l’un passif et l’autre actif. Écoutons d’abord le récit de la parabole : « Voici que le semeur est sorti pour semer. Et comme il semait des grains sont tombés ... ». Ces grains qui tombent de la besace du semeur, ce sont ces paraboles de Jésus qui ne se développent que dans une bonne terre. Et cette bonne terre, c’est le coeur de l’homme, un coeur préparé, un coeur de désir, un coeur qui attend Dieu. Rien ne sert de se hisser jusqu’au sommet de l’arbre pour en cueillir un fruit défendu, i.1 suffit de laisser J’arbre fructifier en nous, car les biens les plus précieux ne doivent pas être cherchés, mais attendus. Comme de Marie, terre admirable, terre de la promesse, Dieu attend de nous que nous gardions la Parole en nos coeurs, il veut notre consentement pour prendre chair en nous. Tel est le premier type de coopération que Dieu, par ses paraboles, attend de nous, une coopération toute passive.

Mais dans son explication de la parabole du semeur, Jésus semble nous inviter à une coopération aussi active. Vous aurez peut-être remarqué que dans cette explication, le Christ remplace curieusement la semence, le grain, par l’homme : « Celui qui a été semé dans la bonne terre, c’est l’homme qui entend la parole et la comprend ». En effet, la bonne terre dans laquelle la Parole fructifiera n’est pas seulement notre coeur, c’est aussi notre terrain extérieur, le milieu plus ou moins fertile dans lequel nous sommes nous-mêmes, corps et âme, semés. Certains choisiront le bord du chemin, bord des églises, parvis peu exigeants d’une pratique aléatoire. D’autres choisiront la rocaille d’une vie certes solide, mais un peu plate, un peu sèche. D’autres ne choisiront rien et laisseront s’étouffer bien vite la Parole sous les ronces de la vie active. Certains, enfin, choisiront la bonne terre et produiront du fruit par leur constance, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. Oui, frères et soeurs, à vous aussi de choisir la bonne terre, à vous de trouver votre terrain, à vous de cultiver votre jardin.

Alors nous serons véritablement les germes de la création nouvelle, semblables aux arbres de la genèse « donnant sur la terre selon leur espèce des fruits contenant leur semence » ; alors, non seulement nous pourrons recevoir les paraboles du Christ, mais nous deviendrons nous-mêmes paraboles -, alors après avoir appris du Christ à écouter nous pourrons nous aussi dire à nos frères : « Écoute, ô mon fils, les préceptes du maître, et incline l’oreille de ton coeur ». Amen.




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