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Ligature et délivrance

5 SEPTEMBRE 1999

 

En ligne depuis le dimanche 13 novembre 2005.
 
 

Frères et sœurs, l’Évangile est toujours surprenant. Il y a quelques dimanches, si vous êtes allés à la messe pendant les vacances, vous avez entendu Jésus dire à Pierre : « Quoi que tu lies sur la terre sera tenu pour lié dans les cieux et quoi que tu délies sur la terre sera tenu pour délié dans les cieux » (Mt 16, 19) ; aujourd’hui, il dit à la communauté des disciples : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié » (Mt 18, 19). Autrement dit, ce « pouvoir des clés » du Royaume qui là était conféré à Pierre, est ici dévolu à l’Église tout entière. De cette apparente contradiction, on pouvait redouter les conflits à venir, entre Pierre et les disciples, entre le pape et les conciles, ou les Églises particulières, et cela n’a pas manqué de se produire dans la longue histoire de l’Église... mais laissons là l’histoire et ses conflits et essayons de comprendre ce que veulent dire, en leur sens profond, « lier et délier »...

Qu’est-ce qui est lié, dans l’Écriture ? Eh bien, premièrement, et de manière fondatrice, c’est d’abord Isaac, lié sur l’autel des holocaustes par son père Abraham (Gn 22, 9) ; c’est Siméon, fils de Jacob, retenu en otage en Égypte : « Joseph prit d’entre eux Siméon et le fit lier sous leurs yeux » (Gn 42, 24) ; c’est Samson, trahi par Dalila, lié par les Philistins « avec deux cordes neuves pour le maîtriser » (Jg 15-16) ; ce sont les impies « liés par l’ouvrage de leurs mains » (Ps 9) ; les rois, liés de chaînes et les princes emmenés par des entraves de fer (Ps 149)... Qu’est-ce qui est lié dans les évangiles ? C’est « cette fille d’Abraham, que Satan a liée voici 18 ans » (Lc 13, 16) ; c’est la langue de Zacharie, liée après sa vision dans le sanctuaire (Lc 1, 64) ; c’est Lazare, dans son tombeau, les pieds et les mains liées de bandelettes (Jn 11, 44) ; c’est Jésus enfin : « Ils se saisirent de lui et le lièrent, et Anne l’envoya toujours lié, au grand prêtre Caïphe » (Jn 18, 12-24)...

Oui, frères et sœurs, de la ligature d’Isaac à celle de Jésus et jusqu’à notre propre expérience, le fait d’être lié ou de lier quelqu’un ou quelque chose, se rattache, si je puis dire, au sacrifice et à l’angoisse, à l’enfermement et à la maladie, au péché et à la mort. Et même lorsqu’on se lie par amitié, comme David et Jonathan, cela a toujours un goût de tragédie... Tel semble être l’ordre des choses. Sacrifice, maladie, épreuve, péché, mort, en tout cela nous sommes comme liés. Et ce qui est lié sur cette terre semble lié pour l’éternité, ... à moins d’être délié. Et l’on peut se demander, en effet, si ce qui est lié en ce monde par les hommes, par le sort ou par Dieu, n’est pas destiné, dans la perspective du salut, à être un jour délié. Délié Isaac, par l’intervention de l’Ange ; délié Siméon, par son frère Joseph ; délié Samson, par la force de Dieu ; déliée cette fille d’Abraham, par Jésus le jour du sabbat ; déliée la langue de Zacharie, pour chanter le Benedictus à la naissance de Jean-Baptiste ; délié Lazare, sorti du tombeau sur l’ordre du Maître : « Déliez-le et laissez-le aller » ... et, Jésus lui-même, délié de la croix et qui disparaît dans la légèreté du matin de Pâque. Frères et sœurs, depuis le premier instant de la Rédemption où le Verbe a pris chair de la Vierge Marie pour mettre fin à notre antique servitude, chaque lien défait en ce monde est défait pour l’éternité et chaque délivrance est une résurrection. Quelle que soit la nature de notre esclavage, qu’il nous attache au péché ou à la peur, à la boisson ou à la cigarette, si vous voulez, qu’il soit voulu ou subi, le Christ nous en a libéré une fois pour toutes. « C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés [...] ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage » (Ga 5, 1) . Dans cette perspective, que peut bien signifier « ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les cieux, ce que vous délierez sera délié » , sinon que le pouvoir de gagner nos frères à l’Évangile, le pouvoir de leur ouvrir ou de leur fermer le Royaume de Dieu, repose désormais dans nos mains. Pouvoir redoutable, d’une responsabilité et d’un risque inouïs, car autant nous pouvons délier nos frères de ce qui les entrave et les aider à se relever, à ressusciter, autant nous pouvons, comme les Pharisiens, lier sur leurs épaules des fardeaux que nous ne pouvons pas nous-mêmes porter ou, par notre attitude, les abaisser, les humilier, les enfermer dans le jugement qui les tue. Certes, il revient à l’Église, en vertu de sa mission prophétique, d’avertir les hommes, de les inviter comme Ézéchiel à abandonner leur conduite mauvaise, ou comme saint Paul, de menacer, d’exhorter, de réfuter à temps et à contretemps ; il lui appartient de lier, de trancher et de retrancher, c’est-à-dire d’interdire et de condamner, d’exclure s’il le faut, et parfois, il le faut quand des valeurs fondamentales sont en jeu, mais il lui revient surtout, de délier et d’absoudre, de « défaire les chaînes injustes, délier les liens du joug » (Is 58), de sorte que la libération en Jésus-Christ ne soit pas un vain mot. Lui seul a le pouvoir de lier et de délier en plénitude : « Il ouvre et personne ne ferme, il ferme et personne n’ouvrira » (Is 19, 22). Prérogative suprême du Messie, clef de David, qui ouvre les sept sceaux du Livre de Vie. Soyons pour nos frères les messagers et les serviteurs de cette Bonne Nouvelle. Amen.




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