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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 26 >>   La prostituée et le dominicain

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La prostituée et le dominicain

26 SEPTEMBRE 1999

 

En ligne depuis le dimanche 13 novembre 2005.
 
 

« Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde ! De cette vérité, bien des preuves abondent. Dans une rue de Bordeaux un frère dominicain, rentrait chez lui, Voilà qu’une prostituée le salue dans la nuit. En cette occasion, le « roi » des religieux montra ce qu’il était et il lui répondit. Ce bienfait ne fut pas perdu. (Quelqu’un aurait-il jamais cru qu’un dominicain d’une prostituée eut à faire ?) ». En entendant cette histoire, vous vous dites peut-être que le frère en bon apôtre, eut raison de parler à cette femme, de l’évangéliser, de tenter de la convertir... que sais-je ! Pourtant le frère, avait un tout autre objectif, une visée bien plus haute, et plus conforme à l’Évangile. Il me dit la chose suivante : « J’ai été heureux de parler avec elle, parce que qui sait, qui sait si elle n’avait pas la clé du Royaume de Dieu ». Selon la parole du Christ, dure à comprendre : « les prostituées nous précèdent dans le Royaume de Dieu ».

Pourquoi ? Leur vie dissolue, empêtrée dans le péché et le vice, et dans la douleur vaut-elle plus que la nôtre, que nous essayons de mener dans la vertu depuis de longues années ? A quoi servent tant d’efforts pour être fidèle à la morale de l’Église (qui demande des choses héroïques) ? N’est-ce pas déjà assez dur d’élever des enfants sans céder aux pressions du monde ? N’est-ce pas assez dur d’observer la chasteté ? N’est-ce pas déjà beaucoup d’être là le dimanche, de sacrifier du temps pour les œuvres de Dieu ?... Et bien, dans la perspective du Christ, frères et sœurs, tout cela ne sert à rien ! Car la perspective de Jésus est le Royaume de Dieu. Or toutes nos bonnes œuvres ne nous méritent pas la grâce, elles en sont la conséquence. C’est parce que nous avons déjà reçu en héritage le royaume de Dieu que nous avons la force de vivre vertueusement. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » Et si nous oublions cela, si nous nous croyons propriétaire de notre vie, nous ne sommes plus dans la vérité. Et c’est pour cela que la prostituée peut précéder le dominicain dans le Royaume. Une prostituée qui souffre de son état et reconnaît son péché, est plus proche du royaume qu’un dominicain satisfait ! Parce que la prostituée (et avec elle tous ceux qui vivent loin de Dieu) sa vie est tellement lamentable, sa vie vaut si peu moralement, qu’elle sait comment elle est faible, livrée à elle-même. Et lorsque Dieu entre dans sa vie, sa vie légère, elle peut être plus prompte à la donner entièrement, d’un coup, et à répondre « oui » après avoir longtemps dit « NON ». Alors que le dominicain (et avec lui tous ceux qui ont une vie respectable) peut être si attaché, si fier de ce qu’il a bâti si durement, à coup de renoncements, d’efforts multiples.... (pensez-vous... un dominicain ! dans son bel habit !.. qui dit tous ses offices !... qui prêche si bien !... mène une vie si édifiante...) qu’il risque, le jour où le Seigneur lui demande, de tout donner (et ce jour arrive toujours) de dire « non » lui qui a d’abord et si longtemps dit « OUI ».

Voilà les raisons de la parabole des deux fils ! Il y a deux fils : un qui dit NON, un qui dit OUI ; un qui va à la vigne, l’autre qui n’y va pas !

En effet, il y a deux types de chrétiens : les chrétiens « Astérix » et les chrétiens « Obélix » : les chrétiens Astérix ont besoin, pour aller au combat, d’une bonne dose de potion, les chrétiens Obélix sont tombés dedans quand ils étaient petits. Les chrétiens Astérix savent comment ils sont faibles, livrés à eux-mêmes, ils savent qu’ils doivent leur force à un autre, les chrétiens Obélix, eux, risquent de s’habituer à cette force qu’ils ont eue dès l’enfance. Il y a deux types de chrétiens comme il y a deux fils dans la parabole... Mais avez-vous remarqué qu’il y a un seul Père et une seule vigne ?... et surtout, il y a un seul appel : « va travailler aujourd’hui à ma vigne ». Cet appel, il est pour le fils qui dit non, il est pour le fils qui dit oui, il est pour Astérix, comme pour Obélix, il est pour les prostitués comme pour les dominicains... il est même pour les anges (la Bible nous révèle que lorsque les anges furent créés, Dieu leur proposa de renoncer à leur propre beauté pour entrer dans sa beauté, dans sa vie divine... les plus beaux n’ont pas voulu, ils sont devenus des démons, les autres sont entrés dans une vie plus haute, celle de Dieu, et ils chantent désormais sa gloire !). Cet appel, il est pour toutes les créatures libres, il est aussi bien pour le bon larron à sa dernière heure que pour la Vierge Marie à l’Annonciation, pour Jésus à Getsémani et même bien avant : « Lui qui était de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais il s’anéantit lui-même (...) et se fit semblable aux hommes (...) obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une croix » (cf. Phil 2,1-11).

Cet appel est pour toi, mon ami(e), jeune encore, qui hésite à tout donner à Celui qui t’a tout donné, à tout Lui consacrer : la famille que tu aurais pu fonder, la carrière que tu aurais pu mener ; le Maître t’appelle : « va travailler aujourd’hui à ma vigne ». Il est pour toi amoureux qui n’ose pas encore remettre ta vie à un autre sans condition, pour toujours et pour le Christ ; le Maître te le demande : « Va... ». Pour toi aussi, maman, papa : ta famille, c’est Dieu qui l’a formée ! Il t’appelle encore aujourd’hui, à chaque événement familial, il renouvelle son appel : « Va.... ». Cet appel est pour toi, Dominicain, aujourd’hui encore il te guide loin de ton pays, de tes projets... loin de toi-même ; aujourd’hui, il t’appelle : « Va.... », renonce à ton œuvre propre et entre dans ma volonté...

Dans la rue de Bordeaux, il y avait un Dominicain et une prostituée. Mais il y avait un seul Père et un seul appel : l’appel à recevoir la vie même de Dieu.... Aujourd’hui aussi il n’y a qu’un seul appel : l’appel à répondre Amen... Amen à la communion avec ses frères et avec Dieu ! Alors que notre Oui soit Oui, que notre Amen soit Amen !




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 La prostituée et le dominicain



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