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L’héritage indivisible en partage

3 OCTOBRE 1999

 

En ligne depuis le dimanche 13 novembre 2005.
 
 

Tout au long de sa prédication, Jésus nous le dit, le propriétaire dans la parabole dont nous venons d’écouter la proclamation, c’est aussi lui qui fait embaucher des ouvriers pour les faire travailler dans ses champs (Mt 20,1-16) ; il est aussi celui qui a deux fils, leur demandant d’aller travailler à sa vigne (Mt 21,28-32) ; c’est encore lui qui est le maître de maison invitant les riches et les mendiants à un festin de noce (Mt 22,1-14) ; c’est toujours lui qui, en sa miséricorde , est conduit à sortir par deux fois, de sa maison, pour accueillir le fils prodigue, et pour convaincre le frère aîné jaloux (Lc 15,11-32). Ce propriétaire, employeur, qui est maître de maison et père, ne ressemble pas vraiment à ce que notre monde nous présente la plupart du temps en la matière. Ce propriétaire a commencé par mettre lui-même la main à l’ouvrage. Il n’est pas celui qui arrive pour jouir d’un patrimoine qu’il ne connaît pas. Il planta une vigne. Il en est l’auteur, il est l’ami de la vigne qu’il a plantée, qui a tout fait pour elle avec grande sollicitude (Is 5,1-2). Cette vigne c’est son peuple, c’est chacun d’entre nous, qu’il s’est choisi et taillé avec amour : c’est son œuvre du premier jour (Gn 1, 26-27), car créer, donner la vie, c’est choisir celui qui est créé, à qui elle est donnée ; c’est son œuvre de chaque jour donnant « le mouvement et l’être » (Ac17,28), par l’eau de son pardon et le soleil de l’Esprit ; c’est l’œuvre du dernier jour, venant nous recréer, ne donnant plus simplement la vie, mais sa vie, en plantant à l’extérieur de sa vigne, à sa porte, l’arbre de la Croix qui portera le plus beau fruit : celui du Salut. Il entoure sa vigne, son œuvre, d’une clôture, comme l’enclos pour les brebis (Jn 10,16) : celle de sa sainteté, « pour la garder de tout mal, au départ et au retour » (Ps 121, 7-8). Il veille sur sa vigne : il était une vigne, tu l’arraches d’Égypte, de la terre d’esclavage, du péché, tu chasses des nations pour la planter, devant elle tu fais place nette, elle prend racine et remplit le pays (Ps 80,9-10). Il y creuse un pressoir, réceptacle des fruits qu’elle devrait donner mais qui ne recueillera que le sang de ses serviteurs malmenés par les vignerons homicides. Il y construit une tour, celle de la Loi d’Amour, édifice de la vigilance, permettant de voir plus haut, plus loin, plus large, dans la Vérité et face à l’ennemi qui la menace.

Il choisit et embauche des ouvriers pour qu’ils aillent travailler à sa vigne, comme il l’avait fait un jour à la première, troisième, sixième, neuvième et onzième heure. Et il les rétribuera à la fin du jour, c’est-à-dire à la fin de leur vie, au moment de la récolte, selon leurs œuvres et selon sa miséricorde. Les ouvriers ici ont un rang proche de celui de locataire. Et voilà qu’ils veulent s’emparer de l’héritage : ils deviennent des voleurs, et plus que cela, des usurpateurs, sans reconnaissance pour ce qu’est et a déjà fait pour eux le propriétaire. Car il a beau être loin, il est toujours propriétaire : car Dieu est Dieu autant de loin que de près (Jr 23,23). Ces vignerons croient que l’héritage du propriétaire est comme une part d’un gâteau à laquelle on a droit ou que l’on peut même voler. Mais cet héritage n’est pas une parcelle de la vigne ou une tranche d’un « cake » divisible par le nombre de tous les prétendants : cet héritage c’est tout l’héritage pour chacun : c’est le jardin, la vigne, l’amour entier et infini pour chacun, et non divisé par le nombre de destinataires, comme des parents aiment du même amour entier chacun de leurs enfants, qu’ils en aient 2 ou 10. L’héritage de l’enfant n’est-il pas avant tout et après tout, l’amour de ses parents ? L’héritage, ce n’est pas une parcelle de champ que Dieu promet aux doux dans les Béatitudes, mais la terre entière (Mt 5,4), ce n’est pas une partie du Royaume qui est promise aux bénis du Père, au Jugement dernier, mais le Royaume lui-même (Mt 25, 34). L’amour de Dieu, l’héritage de Dieu ne se divise pas, il se partage : il se donne tout entier à chacun. C’est le propre de l’Amour de Dieu : c’est son mystère même : il est indivisible, mais partageable. L’héritage, c’est l’Amour infini du Père, pour chacun, manifesté dans le fait qu’en ces temps qui sont les derniers, Dieu nous a parlé (He 1,2), nous a visités par son Fils, nous a donné son Fils (Jn 3,16-17), qu’il a établi héritier de toutes choses (He 1,2). L’héritage, c’est notre filiation divine adoptive, par pure grâce de Dieu, c’est la promesse tenue de son Amour (He 11,9), sa justice (He 11, 7), qui ne peut être reçue que dans la foi et la persévérance (He 6,12). L’héritage, c’est sa bénédiction (1Pi 3,9), la vie éternelle en espérance (Tt 3,7). C’est un héritage qui n’est pas biodégradable, mais éternel (He 9,15). Notre héritage, c’est le Salut (He 1,14) que nous apporte le Fils. Plus que cela encore, notre héritage c’est le Fils unique lui-même : car il est à la fois celui par qui nous vient l’héritage lui-même. Notre héritage, c’est être fils d’un tel Père et frère d’un tel Fils (Ap 21,7). Par lui et en lui, nous ne sommes plus des ouvriers, des serviteurs, mais des fils et des amis du Fils, plus des étrangers, locataires ou hôtes de passage, mais des habitants de la vigne, de la maison de Dieu, concitoyens des saints (Ep 2,19) : plus esclaves mais fils, fils et donc héritiers (Ga 4,7), héritiers de Dieu et cohéritiers du Fils (Rm 8,17). Cet héritage, nous en avons les arrhes par l’Esprit Saint (Ep 1,14), car le Royaume est tout proche (Mt 3,2), il est déjà parmi nous (Lc 17,21). Cet héritage est destiné à tous : aux juifs comme aux païens, à tous ceux qui accueilleront le Christ (Ep 3,6).

En se trompant d’héritage, les vignerons ont tué celui qui leur apportait l’héritage qui dépassait tout ce qu’il pouvait imaginer, concevoir, espérer (1Co 2,9) : ils ont tué Celui qui était leur héritage même.

Qu’avons-nous fait alors, que faisons-nous de la sollicitude du propriétaire, de cet héritage de Dieu transmis par l’Eglise, qui nous est proposé chaque jour, quel que soit notre âge, à travers tous ceux qui nous aident à grandir, même si c’ est parfois bien maladroitement : de la vie reçue, de notre corps, temple de l’Esprit, du sanctuaire de notre cœur, du tabernacle de notre âme, de la grâce de notre baptême, du trésor de la Foi, de l’Espérance, de la Charité, de la Parole et de la Présence de Jésus reçues en chaque Eucharistie, des dons de l’Esprit, de nos talents, de nos limites, de nos fragilités, de sa miséricorde ... Nous avons mis à mort le Fils, en dehors de la vigne, de Jérusalem, le boutant de notre vie de chaque jour, de notre cœur, notre vue, nos priorités ...Mais il est devenu, en son pardon, la pierre angulaire qui réunit les murs de l’enclos de notre cœur séparés par le péché, les frères divisés, appelés à l’édification de l’Eglise.

Oui, attention, un héritage peut en cacher un autre ! Cet héritage, comme son propriétaire, n’est pas comme les autres. Son héritage n’est vraiment pas de ce monde, comme sa paix (Jn 14,27), son Royaume (Jn 18,36) ne sont pas de ce monde. Il est vrai que pour recevoir cet héritage, il faut commencer par rendre des comptes, et surtout tout quitter, tout perdre : ses biens, et jusqu’à ses liens les plus chers (Mt 19,29), ses présomptions et prétentions, c’est-à-dire être pauvre (Jc 2,5)

Alors place sera faite en notre cœur pour accueillir son héritage à nul autre pareil. Il fait pâlir les percepteurs : il n’y a pas de droit de succession à payer par l’héritier. C’est Celui dont nous héritons, qui a payé le plus cher : de sa vie pour nous. En Lui nous ne serons plus imposables sur nos signes extérieurs de richesse, qui sont fruits de l’orgueil, car alors, toute notre richesse sera intérieure, sera celle de la seule humilité de l’amour. En effet, Celui dont nous sommes héritiers s’est fait pauvre de riche qu’il était, afin de nous enrichir de sa pauvreté (2Co 8,9). Par cette Eucharistie, accueillons dans l’Esprit cet héritage du Père qui nous vient par le Fils, et qui n’est pas moins que le Fils unique lui-même, Seigneur et Sauveur, qui offre sa vie en sacrifice pour nous pécheurs, afin de nous faire héritiers de sa grâce.




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