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Grands seigneurs, parvenus et bienheureux

10 OCTOBRE 1999

 

En ligne depuis le dimanche 13 novembre 2005.
 
 

Est-il heureux que nous soyons si nombreux ? Faut-il nous réjouir que notre église soit pleine ? A écouter la parabole que nous venons d’entendre, la question vaut la peine d’être posée. Car le Seigneur semble souffler et le chaud et le froid. Pour le chaud, le Seigneur n’a pas de plus grand désir que de voir la salle des noces remplie, Les invités d’honneur, sur invitation, ayant fait défaut, il a fait sonner les cloches à tout vent. Ses serviteurs sont allés ramasser tous ceux qu’ils ont trouvés, bons et mauvais, nous tous. Nous sommes entrés, et la salle des noces est remplie de convives (Mt 22, 10). Mais voilà le froid. Lequel d’entre-nous ne risque-t-il pas de se voir apostrophé ainsi : Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir la tenue de noce ? Jetez-le dehors, pieds et poings liés, dans les ténèbres. Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus (Mt 22, 11-14), Serions-nous donc vraiment trop nombreux ici, dans la salle du festin des noces ? Tâchons donc de mieux comprendre la parabole. Et, pour cela, appelons deux personnages, deux caricatures que le Seigneur voudrait nous dissuader d’imiter : le grand seigneur arrogant et le parvenu qui se croit arrivé. Le grand seigneur arrogant, c’est celui qui a toujours mieux à faire que de fréquenter Jésus et son entourage, ce milieu si mêlé, si médiocre, si peu reluisant. N’est-il pas quelconque ce fils de charpentier ! Ses acolytes ne sont-ils pas bien mal dégrossis, aussi excités qu’ignorants ! Le grand seigneur, lui, sait déjà tout ce qu’il y a à savoir ; il connaît déjà tous les gens à connaître. Nul temps à perdre à rejoindre ces petits bourgeois sans illustration ni bonnes manières, « Pourquoi perdre mon temps à écouter une Église aux discours vieillots, aux prêches étriqués. Je sais mieux qu’elle, moi, ce qu’il faut dire et penser aujourd’hui pour être à la page. Elle ignore tout de ce qu’est le grand monde, le vrai monde, le monde actuel. « Pourquoi perdre son temps à prier Dieu en des formes aussi compassées et désuètes ? J’ai moi-même porte ouverte chez Dieu, sans avoir à passer par ses sacrements et autres obligations pesantes. « Pourquoi perdre son temps à se laisser rassembler par des hommes aussi médiocres, des évêques sans caractère et à la langue de bois, des prêtres toujours fatigués et fatigants, des clercs dépressifs, trop révolutionnaires ou trop conservateurs, trop relâchés ou trop rigides, des assemblées aussi mêlées, où les fous côtoient les médiocres. » Bref, le grand seigneur arrogant dédaigne rejoindre l’Église, Il n’a pas besoin d’elle pour réussir sa vie, présente et future. Il aurait beaucoup trop peur de s’y ennuyer ou de déroger. Et c’est pourquoi, devant son refus hautin, le Seigneur est venu nous chercher, nous braves gens qui ne pouvions guère prétendre à autre chose, petit peuple un peu fou où l’on ne compte pas beaucoup de sages, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens bien nés (1 Co 2, 6). Et voilà justement le parvenu, celui qui se croit arrivé. Celui-là, aussitôt accueilli par pure miséricorde, oublie qu’il n’était rien, que tout lui est venue par grâce du Maître. Aussitôt entré, il se croit chez lui. Il en prend à ses aises, sans façon. Il est heureux d’être là, pour lui, pour son épanouissement, mais se garde bien de chercher à être agréable au Maître de maison, à faire ce qui Lui plaît. En bref, il se croit dispensé de revêtir la tenue de noce. Le serviteur, à l’entrée, l’en avait pourtant averti : Vous donc, les élus de Dieu, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience, supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement. Et puis, par dessus tout, revêtez la charité, en laquelle se noue la perfection (Col 3, 1214).

Non, frères et sœurs, il ne nous est pas demandé d’arriver avec notre propre vêtement de noce. Celui que nous pourrions apporter nous-mêmes serait bien trop vilain, étroit et démodé. Il s’agit, une : fois entrés, de nous laisser revêtir de l’homme nouveau, du Christ lui-même, de ses sentiments et de sa charité. Il s’agit de placer concrètement notre vie sous la loi du Christ, loi ferme et douce, exigeante et libératrice, celle de L’Esprit qui répand la charité dans nos cœurs.

Oui, il ne nous suffit pas d’être entrés, c’est-à-dire de croire, d’avoir la foi, en disant « Seigneur, Seigneur ». Il faut nous laisser transformer, habiller par la charité, c’est-à-dire apprendre à aimer toujours davantage, Certes, on ne peut aimer vraiment que si l’on est d’abord entré, que si l’on croit. Car seule la foi nous découvre la vérité de l’amour, de cet amour que Dieu nous donne pour que nous le donnions en retour. Hors de la foi, point de salut. Mais l’on ne peut croire en vérité que si l’on aime. La foi, sans la charité, est morte ; elle n’est que cymbale qui résonne ; elle ne sert de rien (1 Co 13, 1-3). Voilà pourquoi le parvenu n’a point de part à la table du festin. C’est ainsi que nous pouvons mieux comprendre le sens de cette parole de Jésus : Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.

Jésus, ici, ne parle pas en recenseur qui compte, recompte et décompte. Ni lui ni son Église ne se sont jamais amusés à ce petit jeu sinistre de comptabilité infernale. Jésus nous parle en pédagogue, en maître qui exhorte et avertit chacun d’entre nous avec gravité : « As-tu revêtu le vêtement des noces ? » Non point pour nous effrayer par la hantise de la damnation, mais pour aviver en nous le sérieux de notre salut, le sérieux de la réponse que nous devons donner au Seigneur, par nos actes, en retour du don qu’il nous fait de sa charité.

Non, on ne se moque pas de Dieu (Ga 6, 7). Si vraiment cet homme est le Fils de Dieu qui, un jour, m’a ouvert la porte du Royaume en mourant pour moi sur la croix, alors je ne puis rien faire d’autre que de me donner tout entier à lui, ou plutôt que lui demander la grâce de me laisser toujours davantage revêtir de sa Robe immaculée.

En définitive, serions-nous vraiment trop nombreux ici ? N’y aurait-il pas de place pour tous ? Écoutons le voyant nous donner la réponse : Voici qu’apparût à mes yeux une foule immense, impossible à dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue, debout, devant le trône de l’Agneau, vêtus de robes blanches (Ap 7, 9). C’est la foule immense, innombrable de tous ceux qui, après avoir cru, se sont laissés jour après jour revêtir de la charité du Christ pour produire (les oeuvres de justice. Oui, heureux les invités au festin des noces de l’Agneau (Ap 19, 9), heureux ceux que leurs oeuvres accompagnent (Ap 14, 13), heureux ceux qui ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau (Ap 7, 14).




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