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Enfouir sa conscience en Dieu, pour entrer dans le Royaume

14 NOVEMBRE 1999

 

En ligne depuis le dimanche 13 novembre 2005.
 
 

Parmi vous, frères et sœurs, ceux qui sont père et mère, connaissent sans doute cette inquiétude qui consiste à être séparé de son enfant, ne serait-ce que l’espace d’une semaine, voire seulement d’un week-end. Laisser son enfant, que l’on aime, à un environnement quelque peu étranger, c’est toujours le laisser à lui-même... abandonner même pour un temps assez court sa protection sur lui. quel risque ! Sera-t-il obéissant ? Suivra-t-il les recommandations répétées cent fois ? Saura-t-il s’organiser ? À qui, à quoi, va-t-il se confier ? De cette absence résultera forcément une distance : il faudra se ré-apprivoiser... Si une telle inquiétude pèse au sujet des petits enfants, que dire des adolescents, des jeunes gens et jeunes filles, qui, suivant le cours normal des choses, peu à peu prennent de la distance ?

Sans même parler des pièges nombreux qui se présentent toujours trop vite à ceux que l’on sait fragiles, la simple séparation du terreau familiale que l’entrée dans la vie adulte commande, est une source de douleur et d’inquiétude. Le métier de parents est beau, gratifiant et enviable ; il est également rude : « Vos enfants ne sont pas vos enfants », ne cesse-t-on d’entendre aux messes de mariage. Aux jeunes mariés cette phrase ne pèse pas car ils quittent tout juste le statut d’enfants. Oui, l’homme quitte son père et sa mère, et s’attache à sa femme. L’entrée dans la vie adulte est une certaine rupture, une prise d’indépendance vis-à-vis de ceux qui nous ont donné cette vie. Cap délicat à franchir pour les jeunes adultes ; mais aussi rude apprentissage de l’abandon et de la confiance pour les parents...

Si la peur panique de voir son enfant s’égarer n’est sans doute pas louable, toutefois la crainte ici n’est pas anormale. Au fond, cette crainte est liée au grand mystère de l’éducation qui est la vocation même des parents : comment témoigner d’un bonheur tel que les enfants désireront et suivront ce modèle de bonheur ?

À bien des égards, cette situation des parents ressemble à cet homme qui part au loin : qui appelle ses serviteurs et leur livre ses biens... Jusqu’à présent, je me suis adressé à vous de telle sorte que les parents et les enfants ont écouté chacun selon leur condition. les uns se situant par rapport aux autres. Mais maintenant je vous invite à tous vous considérer comme des enfants : de Dieu. Le Seigneur est parti au loin ; à chacun il a confié des talents. C’est vrai qu’en cette fin d’année liturgique, il peut nous sembler que le Seigneur est parti au loin. depuis l’Ascension qui nous a laissés pleins de joie, comblés des biens que le Christ nous avait livrés, le temps a passé. L’urgence d’un nouveau cycle liturgique se fait d’ailleurs sentir : il nous sera bon de refaire la démarche d’une attente du Sauveur, d’un émerveillement de sa venue dans notre chair, d’un passage au creuset des dépouillements de la Passion pour retrouver la victoire du Christ sur toutes nos ténèbres et entrer dans la joie de la Résurrection... En attendant, le Seigneur est parti ; et il nous a livré son héritage ! À chacun selon sa possibilité : 5, 2 ou 1 talent. C’est tout le sens de la vie chrétienne : au fil du temps, demeurer fidèle aux promesses du Christ. Cela n’est pas simple : car il y a en chaque homme un désir inné d’indépendance, qui peut l’entraîner loin, très loin de Dieu.

On ne peut pas exclure l’idée qu’un homme agisse à la manière de ce serviteur mauvais et fainéant qui n’avait reçu qu’un talent. Il nous est possible d’enterrer la cause de Dieu en alléguant qu’elle est trop exigeante, en décrétant que Dieu est dur, qu’il moissonne où il n’a pas semé, et rassemble d’où il n’a pas dispersé. C’est vrai. Préceptes chrétiens, style de vie, talents à faire produire, tout cela peut donner l’impression d’un carcan que notre esprit d’indépendance supporte mal. Pourtant, l’homme sait-il si bien rester libre et indépendant ? N’en vient-il pas toujours à s’inféoder à quelqu’un, ou à quelque chose ? « Là où est ton trésor, là sera ton cœur », dit Jésus. Le cœur de l’homme est toujours quelque part : là où est son trésor, là où est sa joie... Avant de s’entendre dire un jour : « Entre dans la joie de ton Seigneur » - ou de ne pas se l’entendre dire -, le fils d’Adam se détermine pour un trésor, pour une joie, que sais-je ? un bonheur qu’il entrevoit et qu’il poursuit. Hugues de Saint-Victor, dénommé « le nouvel Augustin » du XIIe siècle, explique qu’il y a 3 types de bonheur auxquels l’homme est susceptible de se confier, 3 sortes de joies qui peuvent l’occuper en attendant le retour de son Seigneur : la joie du monde, ta propre joie, et la joie de ton Seigneur.

La première joie, explique Hugues de Saint-Victor, vient de l’opulence terrestre. C’est la joie dont on profite en ce monde. En elle-même, elle n’est pas mauvaise : bien des bonheurs de ce genre nous sont donnés qu’il faut non seulement souhaiter mais encore chercher, pour soi-même et pour les autres. Mais cette joie, si nous lui sommes soumis sans réserve, risque de nous perdre, de nous avaler tout crus. Cette première joie est extérieure, dit le « nouvel Augustin », pour elle on sort. Cherchée pour elle seule, elle ressemble à la mauvaise joie de l’enfant prodigue qui s’en est allé dilapider l’héritage familial en terre étrangère. Elle fait de l’homme sa propre providence, et le coupe de toutes ses racines divines ; elle le vole à lui-même et le laisse aussi malheureux que l’enfant prodigue au milieu de ses cochons. La seconde joie, vient d’une bonne conscience... Voilà ce qui précisément faisait défaut au malheureux fils prodigue. Voilà la joie plus profonde qui vient équilibrer la première. Avoir bonne conscience est un trésor infini. Celui qui écoute sa conscience, voilà l’homme qui met en œuvre le talent qui lui a été confié. Cette conscience, qui est la règle prochaine de l’agir moral, est l’écho le plus intime en chacun de sa naissance divine. La joie d’une bonne conscience est au milieu, c’est le centuple promis dès cette vie à ceux qui croient en la Providence de Dieu ; c’est la joie des vrais serviteurs, des fils de Dieu. La perspective de cette joie pousse l’enfant prodigue à revenir chez son père.

Frères et sœurs, il est évident que la liturgie de ce jour, en cette fin d’année liturgique, nous invite à la vigilance. Tout comme les dix vierges de la semaine passée ont dû veiller à leur huile, il convient que les serviteurs veillent à ne pas laisser perdre les talents reçus du Seigneur.

Le Seigneur connaît notre faiblesse, plus que les parents connaissent les faiblesses de leurs enfants. Et, toujours plus que les parents humains, Dieu fait le pari de notre indépendance. Mais sans jamais lâcher sa Providence... La joie que Dieu veut pour ses enfants ne se réalise pas ici-bas « malgré » les talents qu’il nous donne. Voilà la grande merveille, de l’amour de Dieu : c’est au sein même de nos talents que se trouve le germe de notre bonheur. Le talent qu’il est si important de ne pas enterrer, c’est la grâce même de Dieu : non pas un motif de condamnation ni de tristesse pour nos vies (Dieu n’est pas un voleur), mais la garantie de la troisième joie, celle du Royaume, à l’œuvre dès à présent au sein de la deuxième joie, celle de la bonne conscience. Car la foi ne consiste pas en la satisfaction bien pensante de ceux que leur conscience n’accuse pas ; elle consiste bien plutôt en la certitude que nos joies vraies en ce monde, ce « peu » que le Seigneur nous a confié, font de nous des « serviteurs bons et fidèles ». À la troisième joie, on tient le but.




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 Enfouir sa conscience en Dieu, pour entrer dans le Royaume



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