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Les trois étoiles des trois mages

2 JANVIER 2000

 

En ligne depuis le dimanche 13 novembre 2005.
 
 

Fut un temps où les chrétiens célébraient l’Épiphanie avec une ferveur candide, une ferveur immédiate, tangible, presque naïve. Ils voyaient se réaliser pleinement sous leurs yeux ce dont l’adoration des mages avait marqué les prémices : toutes les nations viennent adorer le Roi du Ciel incarné dans l’enfant de Bethléem. Le salut n’est plus limité à un peuple parmi d’autres ; il est offert à tous et reçu par tous. Après la fin des persécutions romaines, et alors que les peuples barbares rejoignaient peu à peu la chrétienté, les chrétiens purent croire que Jésus était effectivement devenu la lumière de toutes les nations. Aujourd’hui, nous célébrons l’Épiphanie avec plus de modestie. Non seulement nous savons qu’à peine un quart de l’humanité porte le nom de chrétien, et voyons l’Évangélisation comme bloquée par d’anciennes et puissantes traditions religieuses, profondément imperméables au message de l’ Évangile. Mais nous assistons, au cœur même de l’occident chrétien, à un vaste mouvement d’effritement de la chrétienté, d’effacement de la foi dans les cœurs, de désertion des fidèles. Ostensiblement ou discrètement, les foules quittent l’Église et ne vivent plus selon l’Évangile de Jésus-Christ.

Qu’en est-il alors de cette lumière dont nous proclamons aujourd’hui qu’elle brille pour tous les peuples ? Une lumière s’est levée, illuminant ceux qui marchaient dans les ténèbres : pourquoi alors nos contemporains choisissent-ils si facilement de rester dans les ténèbres ? Jésus lumière des nations a resplendi dans notre nuit : pourquoi alors les trois quart de l’humanité restent-ils étrangers à cette lumière ?

Belle invitation, pour nous, à scruter plus profondément la lumière de l’Épiphanie, le mystère de la vraie lumière du Christ. Revenons pour cela à nos mages de l ’Évangile.

Ce n’est pas une étoile, mais deux étoiles qui se lèvent devant eux, et même trois. La première étoile c’est celle que le Seigneur a placée au bout de leur télescope, celle qu’ils ont découverte, étrange, ignorée des traités d’astronomie, bien visible pourtant à leurs yeux d’homme. Chercheurs du ciel, épris de vérité, d’une vérité qu’ils cherchaient en tâtonnant, ils se laissent aussitôt saisir. Mais saisir par une autre étoile, intérieure, celle-là, l’étoile de la foi. C’est Dieu lui-même, par sa grâce, qui frappe au fond de leur cœur, qui les stimule, les appellent, les met en route. Bien d’autres mages, sans doute, ont vu la nouvelle étoile du ciel, mais ils n’ont pas cru bon de s’y attarder, ni de la suivre. Cette étoile, selon eux, c’est un songe, une illusion, une supercherie ; elle ne rentre pas dans les catégories ordinaires de leurs sciences, de leurs désirs, de leurs mœurs.

Seuls trois mages acceptent de se mettre en route, vers l’inconnu. Pour les guider, ils n’ont que ces deux étoiles : celle du ciel, qui ne brille que par intermittence, qui disparaît même lorsqu’ils arrivent à Jérusalem ; et celle du cœur, celle de la foi, qui les pousse à chercher, à interroger, à scruter les écritures, pour mieux comprendre. Et c’est alors qu’ils arrivent devant la troisième étoile, devant l’étoile véritable, devant l’astre du matin qui se lève sur le monde entier, mais dans l’obscurité et l’humilité d’une crèche. Cette étoile véritable, c’est un enfant, l’enfant Jésus. En apparence, tout le contraire d’une lumière brillante, tout le contraire d’une parole de sagesse et de raison, tout le contraire d’une force de vie, tout le contraire de ce qui peut attirer un regard humain. C’est pourtant cette étoile qu’ils adorent en se prosternant : de quoi provoquer l’hilarité de leurs confrères, les mages de Perse. Mais de quoi les introduire mystérieusement dans la plénitude de la vérité. Car cette lumière véritable, cette étoile qui se lève pour le monde, c’est un mystère : ce qui en apparaît dévoile et cache à la fois la vérité profonde qui s’y donne.

Et bien, il en va de même pour nous tous, disciples de Jésus au seuil de son troisième millénaire. Ces trois étoiles continuent de briller pour nous. La première étoile, celle que nos yeux d’homme ont vu et décidé de suivre, c’est toute la visibilité de l ’Église : son Évangile, sa parole, ses sacrements, sa communauté rassemblée, ses oeuvres de charité et de justice. Tout ce par quoi la vérité de Dieu vient à nous, se dévoile à nous, et nous attire. Mais cette offre visible, extérieure, ne suffit pas. Combien de nos contemporains voient ce que nous voyons de l’Église et entendent ce que nous entendons de l’Évangile ! Mais cela les dérange plus qu’autre chose. Tant d’autres étoiles brillent dans notre ciel, plus attirantes, plus séduisantes. De sorte que la grâce intérieure de Dieu reste étouffée. L’étoile intérieure de la foi ne s’allume pas ; elle s’éteint même peu à peu. Nul ne se met plus en route, ou si peu de monde !

Quant à nous, qui avons décidé librement, intérieurement, de nous mettre en route, nous arrivons devant la crèche, devant le mystère de la plénitude du don de Dieu, le don de sa vie divine communiquée dans l’humanité de son Fils, dans le corps de son Fils, dans son Eglise : plénitude qui est bel et bien offerte à nos yeux, et dont ne voyons pas grand chose à vue humaine, et que pourtant nous adorons silencieusement, secrètement, ardemment. Car là est le cœur de notre vie chrétienne : nous rassembler non seulement devant Dieu, mais en son cœur d’amour, en son Fils venu parmi nous pour vivre en nous et nous en lui. Cette lumière ne brille pas à la façon des hommes. Seule la foi, portée par un immense désir et surtout par notre amour, nous la fait reconnaître pour ce qu’elle est : la lumière véritable, la seule lumière véritable, la seule lumière capable de sauver tout homme, la seule lumière qui donne l’homme à lui-même en le donnant à Dieu, la seule lumière qui révèle le vrai Dieu en nous révélant qui nous sommes. Tel est le grand mystère de la lumière de l ’Épiphanie : la plénitude unique du don de Dieu, telle qu’elle n’a jamais été et ne sera jamais donnée ailleurs, plénitude voilée, exigeante comme l’absolu, et pourtant toute de douceur, d’humilité, d’abaissement, qui ne s’impose pas, mais s’offre à notre foi, à notre amour.

A la suite des mages, apprenons alors à cultiver les trois attitudes qui nous permettront vraiment de suivre l’étoile et de parvenir à la vérité de la crèche. Un choix libre et courageux. Aujourd’hui, on ne peut plus être chrétien par culture, coutume ou tradition locale. Il ne suffit pas de rester chez soi, ni de croire un peu, à certains moments, quand l’occasion se présente. Pour être chrétien, il faut prendre la route, comme les mages ; il faut se mettre en pèlerinage, résolument, et renoncer à tous les conformismes tièdes. Mettre le Christ, et lui seul, au centre de sa vie, au centre de tout, sans demi-mesure. Une vérité universelle. Aujourd’hui, s’impose aux esprits une sorte de provincialisme ou de tribalisme individualiste : « Que chacun reste chez lui, là où il en est ! Que chacun garde sa religion, ses idées, ses vérités ! Tout cela se vaut, du moment que l’on est bien avec soi-même. » A la suite des mages, nous pressentons au contraire et proclamons l’universalité et l’unicité du salut que Dieu nous donne en Jésus. Bonne nouvelle que nous ne devons pas garder jalousement et frileusement pour nous, comme un magot inerte, mais au contraire aider tout homme à connaître et reconnaître.

L’humilité de l’absolu. De cette lumière, nous ne sommes ni maîtres ni possesseurs, mais seulement disciples et enfants. Loin de tout triomphalisme hautain et étriqué, nous devons porter sur le mystère de Jésus un regard contemplatif, un regard de douceur et d’humilité qui rejaillit sur tout homme, toute culture. Renonçant à tout moyen humain de conquête, nous accompagnons de l’intérieur le mystère de la dispensation de l’Évangile, de la naissance de l’humanité à la vie nouvelle.

Aussi, l’appel qui nous est lancé aujourd’hui, c’est celui de la sainteté, pour tous et chacun d’entre nous. Car quelle étoile sera vraiment capable de briller dans la nuit de ce monde et de mettre les hommes en route, sinon celle de la sainteté de l’Église, celle de la sainteté de nos vies ? Seule cette étoile visiblement divine, manifestation tangible de l’amour de Dieu, peut allumer l’étoile intérieure de la foi dans le cœur de nos contemporains, de toutes races, langues, peuples et nations, pour la gloire de Dieu et le salut de tous.




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