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L’homme de Lumière

6 FÉVRIER 2000

 

En ligne depuis le dimanche 13 novembre 2005.
 
 

Extrait du livre Nicéphore le clairvoyant, Contes du P. Quilici, aux Editions Saint-Paul

« Il était une fois un peuple qui vivait tout au nord du monde, là où la nuit dure presque tout le jour. Ce peuple vivait sur un haut plateau assez vaste, avec des champs, des prés, des forêts, des rivières et des villes. Un jour, ou plutôt une nuit, puisqu’il faisait toujours nuit, un violent tremblement de terre se produisit. Ce fut un épouvantable cataclysme, si puissant que tout le plateau où vivait ce peuple se détacha du continent et partit à la dérive sur l’océan. De hautes montagnes s’élevèrent tout autour de ce qui était devenu une île terrifiante entourée des flots les plus sauvages et les plus infranchissables.

Le roi de ce peuple, qu’on appelait son Excellence Monseigneur Ezéchias, fit battre tambour. Il promettait une immense fortune et sa plus jeune fille en mariage à celui qui rétablirait des liaisons avec le monde extérieur. Car en ce temps-là, il n’y avait ni satellite dans le ciel, ni avion, ni téléphone, ni radio.

Beaucoup de jeunes gens se portèrent volontaires. Ils gravirent les montagnes. Certains firent même des routes. D’autres construisirent des bateaux, pour s’en aller sur la mer. Ils espéraient qu’il y aurait un jour de calme qui leur permettrait de prendre la mer. Mais cette île était dépourvue de plages. Il n’y avait ni criques ni ports naturels. Quand ils escaladaient courageusement les hautes montagnes qui entouraient cette île, ils étaient arrêtés par la violence du vent et par la hauteur des falaises. Ils revenaient terrifiés par la fureur des vagues et par l’épaisseur de la nuit sur l’océan. Quant à ceux qui finalement, et avec quel mal, réussirent à s’embarquer, on ne les revit jamais. On ne sait donc pas ce qu’ils sont devenus.

Son Excellence, Monseigneur Ezéchias, était un roi très bon. Les jeunes gens voyaient leurs ressources diminuer, leurs forces faiblir, leur courage se dissiper. Ils se rendaient bien compte qu’ils ne pourraient pas s’en sortir tout seuls. Il fallait que quelqu’un vienne à leur secours. Mais qui serait assez fou, ou audacieux, ou généreux, pour se préoccuper d’eux ?

Et voilà qu’un jour, ou plutôt une nuit ( !), un jeune garçon qui s’appelait Isaïe, comme le Prophète, profita de ce qu’il était en vacances pour faire une excursion en montagne, avec quelques bons camarades de son âge. Leurs parents n’étaient pas trop rassurés, mais ils donnèrent l’autorisation, à la seule condition qu’ils soient revenus dans trois jours, pas un de plus. Il faut dire que les parents du jeune Isaïe, Monsieur et Madame Amoç, savaient que leur fils avait un don très utile : non seulement il était nyctalope, c’est-à-dire qu’il voyait dans la nuit, tels les chats, mais il était doté d’une vue exceptionnelle. Il voyait aussi loin, à l’œil nu, que s’il avait utilisé des jumelles.

Les parents avaient raison de se faire du souci. Au bout de trois jours, personne ne revint. Ils attendirent un jour, puis un autre. Le troisième jour, munis de solides lampes-tempêtes, ils partirent à la recherche de leurs enfants. Et presque tout le village les accompagnait.

Ils n’eurent pas à aller bien loin. A quelques kilomètres de chez eux, ils tombèrent sur une foule en marche qui venait vers eux. C’était Son Excellence Monseigneur Ezéchias, le Roi lui-même et toute sa cour avec lui !

Le roi dit :

-  Monsieur et Madame Amoç, les parents du jeune Isaïe, sont-ils parmi vous ?

-  Oui, Sire, dirent-ils. Nous sommes là ! C’est nous !

Eh bien, figurez-vous, continua le Roi, que votre fils, grâce à sa double faculté de voir dans la nuit et d’y voir au loin, comme s’il avait des jumelles, a découvert avec ses camarades, une chose si importante, qu’il a préféré courir vers moi, pour m’en informer, au lieu de revenir à la maison dans les délais, comme il l’avait promis. J’ai gardé votre fils à la cour et je l’ai chargé d’une mission spéciale. Mais venez donc, vous aussi. Il vous dira lui-même ce qu’il a trouvé !

Arrivé à la cour, le Roi fit venir le jeune Isaïe, qu’une fois arrivés sur la montagne, nous avons regardé vers l’océan. Et là, qu’est-ce je vois, au loin, et qui vient vers nous ? Une grande lumière. Oui ! Sur la mer, il y a une grande lumière. Mes compagnons aussi voyaient la lumière, vaguement, sans pouvoir distinguer de quoi il s’agissait. Grâce à mes bons yeux, je vois qu’il s’agit d’une multitude de bateaux illuminés. Pas des bateaux de guerre, mais au contraire des bateaux de paix, avec beaucoup de monde, ans une ambiance de grande joie et d’allégresse. Et ils venaient droit sur nous, sans craindre ni la tempête, ni les vagues, tant leurs bateaux sont stables et bien équipés.

Oui , dit le Roi, et moi aussi je les ai vus, bien que moins nettement. Une lumière a resplendi. Elle vient vers nous, pour illuminer notre peuple qui vivait dans les ténèbres et à l’ombre de la mort.

Tout le monde se mit à parler en même temps.

Le Roi demanda le silence.

Maintenant, dit le Roi, nous devons tous nous préparer à recevoir ceux qui viennent vers nous pour nous sauver. Nous devons leur montrer que nous les attendons et que nous désirons être sauvés.

Il faut que chacun prépare ses bagages, car nous allons enfin pouvoir aller vers un pays où brille la lumière. Que chacun se débarrasse de tout ce qui l’encombre, tout ce qu’il a accumulé, qui lui est finalement inutile et qui l’embarrasse et le préoccupe. Que chacun se purifie et nettoie sa maison, car la lumière éclaire tout ! Et ce qu’on peut cacher dans l’ombre devient visible à la lumière !

Ainsi parla le Roi. Inutile de dire qu’il y eut quelques larmes. Les sentiments étaient mêlés, mais le plus profond était cette joie sereine de savoir qu’on venait les tirer de la nuit et qu’on allait les conduire vers la lumière. Tout le monde s’en revint, chacun chez soi. La vie ne fut plus comme avant. Ce fut partout une grande fête et une joie extraordinaire. Tout le monde s’embrassait. Chacun partageait avec son voisin. Les ennemis se réconciliaient, et chacun pardonnait à ceux qui les avaient offensés.

Et le peuple se mit à attendre !

Mais la suite amena bien des déceptions.

Cette grande lumière ne vint pas aussi vite que les gens l’avaient d’abord espéré. On la voyait bien, au loin, plus ou moins selon les jours et selon les yeux. Mais elle semblait ne pas avancer. La distance qui les séparait d’elle ne semblait pas diminuer. Et l’océan était toujours tellement déchaîné !

Au début, tout le monde était enthousiaste pour recevoir cette lumière, mais peu à peu les gens se lassèrent. Au bout d’un mois, il n’y avait plus que la moitié du peuple qui attendait encore cette lumière ; au bout de six mois, seulement un quart de cette moitié y croyait encore, et au bout d’un an, il n’en restait plus qu’un tout petit nombre.

Ainsi le temps passa, lentement, longuement, interminablement.

Un jour, il n’y eut plus que six personnes qui croyaient encore que cette lumière viendrait (enfin ! disons six personnes connues, car il y en avait peut-être d’autres dont ne parle pas cette histoire). Il y avait deux vieillards qui vendaient des bougies aux portes des églises, en attendant la grande lumière. Car ils attendaient de tout leur cœur cette grande lumière. Leurs yeux se fatiguaient, avec l’âge, mais pas leur cœur. L’un s’appelait Syméon, et l’autre Anne. Elle avait 84 ans. Et lui n’était pas loin du même âge.

Il y avait aussi deux jeunes femmes, deux cousines. L’une s’appelait Elisabeth, et l’autre Marie. Mais elles n’habitaient pas dans la même ville et se voyaient rarement. Et enfin, le mari de la première et le fiancé de la seconde. L’un s’appelait Zacharie, et l’autre Joseph. Tout cela ne faisait pas grand monde !

Tout le reste du peuple s’occupait de ses affaires. Beaucoup partaient du principe que ce qui est concret et palpable vaut bien mieux que ce qu’on espère, et qui n’est donc pas sûr. La nuit leur faisait toujours bien peur. Mais ils préféraient la profondeur de la nuit, à la promesse incertaine de la lumière.

Et voilà qu’un beau matin, à la saison où la nuit est un peu plus courte et le jour un peu plus long, la jeune Marie reçut une visite inattendue. Un mystérieux voyageur se présenta chez elle. Il ne dit pas comment il était arrivé, mais il dit qu’il venait justement du pays de la lumière, et il proposait à Marie de recevoir cette lumière chez elle. C’est elle qui avait été choisie pour donner au peuple la lumière que plus personne ou presque n’attendait !

Elle fut très étonnée. Elle voulait bien, mais elle se demandait comment ce visiteur pouvait connaître cette lumière, comment il pouvait savoir le secret de son cœur et son attente fidèle. Et elle se demandait aussi, bien sûr, comme cela allait se passer, car elle ne connaissait personne.

Le voyageur la rassura. On s’occuperait de tout, mais il fallait qu’elle donne son accord, en toute confiance. Il lui dit :

La lumière elle-même donnera la lumière ! Ce n’est pas toi, ni personne, qui peut l’inventer ! Toi, tu ne peux que la recevoir... si tu veux. Et après toi, tous ceux qui le voudront. Mais toi tu seras la première. Tu as été spécialement et mystérieusement préparée pour recevoir la lumière.

Alors elle n’insista pas et donna son accord.

Du temps passa encore. Et vint le jour où Marie attendit son enfant premier-né, qui vint au monde au cœur de l’hiver. Dès qu’il naquit, il sembla à Marie en l’observant que de la lumière filtrait de cet enfant ! Plus elle le regardait et plus elle le trouvait lumineux.

Mais Marie n’en parlait pas. Elle se disait : Après tout, toutes les mamans trouvent que leur enfant est le plus beau du monde. Elles le trouvent lumineux et elles pensent sincèrement qu’il suffit de le regarder pour que tout le monde l’aime ! Marie méditait ces choses dans son cœur et ne disait rien à personne.

Un jour, elle rencontre les deux vieillards, Syméon et Anne, ceux qui vendaient des bougies aux portes des églises, ceux qui attendaient la grande lumière, promise jadis et qui jamais n’était arrivée. Quand ils virent l’enfant, ils le prirent dans leurs bras et se mirent à danser, comme s’ils avaient vingt ans, eux qui, à tous les deux, n’avaient pas loin de cent-soixante-huit ans. Ils se mirent à chanter au grand étonnement un peu choqué de ceux qui les voyaient :

Voici la lumière ! C’est lui l’homme de lumière ! Voici la lumière que nous attendions ! Maintenant nous pouvons mourir tranquilles : nous avons vu la grande lumière ! »

Tout le monde s’étonnait , car personne ne voyait rien. Seule Marie, la jeune mère de l’enfant ne disait rien, mais se réjouissait secrètement. Elle ne s’était donc pas trompée ! Et elle méditait de plus belle tout cela dans son cœur !

Bien du temps passa. Cet enfant grandit. Il devint un beau jeune homme. Pendant longtemps il travailla à la maison, avec son père et sa mère. Un jour comme tout le monde, il quitta la maison paternelle. Il se mit à parcourir le pays qui n’était pas grand. Et dans ce pays, dont il ne faut pas oublier qu’il vivait dans la nuit la plus noire, quel ne fut pas l’étonnement de tous ceux qui vivaient depuis si longtemps dans l’obscurité, de s’apercevoir que, lorsque ce jeune homme ouvrait la bouche pour parler, une lumière en jaillissait, une douce lumière dorée, qu’on avait plaisir à voir. Une lumière chaleureuse qui vous chauffait le cœur, si bien que des foules de gens aux yeux atrophiés par la nuit se mirent à le suivre pour goûter cette lumière. En leur parlant, il éclairait toute chose. Il illuminait leur vie. Ils le quittaient en emportant avec eux comme des étincelles de ce soleil dont certains disaient qu’il existait mais que personne n’avait jamais vu.

Cet homme de lumière parcourait donc le pays et faisait beaucoup de bien. Des foules le suivirent. Mais cet homme de lumière fit davantage : Un jour il prit avec lui quelques uns de ceux qui le suivaient, il étendit sur eux ses mains d’où jaillissaient comme des traits de lumière. Il souffla sur eux comme un souffle de feu. Son pouvoir passa en eux. Une douce lumière se mit à émaner de leur bouche, de leurs yeux, de leurs mains. Il leur dit : Vos yeux sont la lampe de votre corps. Il est une lumière en vous. Si elle ne brille pas, quelles ténèbres ! Vous serez la lumière du monde ! De vos langues, de vos cœurs, de vos mains jaillira la lumière, si vous restez attachés à moi.

Il leur confia la mission de répandre cette lumière dans tout l’univers.

Peu à peu, le pays tout entier se mit à briller de cette mystérieuse lumière qui venait d’ailleurs, mais que chacun portait en soi. La lumière se répandait ou au contraire se raréfiait selon que le plus grand nombre ouvrait les yeux, la bouche et les mains. Quand ils aimaient, parlaient, partageaient, la lumière devenait puissante. Quand ils n’ouvraient plus les yeux, se taisaient, ou fermaient les mains, la nuit reprenait son pouvoir.

Le Roi Ezéchias, le jeune Isaïe devenu le vieil Isaïe, et tous leurs contemporains, moururent sans avoir vu se réaliser ce qu’ils avaient espéré. Syméon et Anne, eux aussi, moururent sans avoir vu se réaliser ce qu’ils avaient annoncé en nommant « homme de lumière » le petit enfant conduit par ses parents. Mais jamais ni les uns ni les autres ne doutèrent que devait arriver ce qui avait été annoncé. Et en effet, le peuple qui marchait dans les ténèbres vit une grande lumière !

Jamais ils ne doutèrent que cette lumière viendrait chez eux et les libérerait de la nuit. Comme l’écrivit un journaliste particulièrement bien inspiré : C’est dans la foi qu’ils moururent tous, sans avoir vu s’accomplir les promesses, mais après les avoir aperçues et saluées de loin et s’être qualifiés d’étrangers et de voyageurs sur la terre.




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