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Lazare joue les prolongations

9 AVRIL 2000

 

En ligne depuis le dimanche 13 novembre 2005.
 
 

Si j’étais dans un pays violent où la mort est partout, j’insisterais sur le risque pris par Jésus. Pour rejoindre son ami, il se jette dans la gueule du loup. Sa victoire lui coûtera la vie. Le Père ne le sauvera pas, lui ! Il mourra comme un proscrit, un esclave révolté. Alors cette injustice absolue se dressera comme un immense signe obsédant, d’une telle absurdité qu’il devra tôt ou tard être démenti. « Etre tué, c’est le contraire de mourir » disait déjà Malraux.

Dans le don de soi se trouve cachée la source de la vie. En Jésus Christ cette intuition se trouve fondée : le don de soi, c’est le cœur de Dieu. Ceux dont la vie est menacée, le comprennent spontanément. Ils perçoivent que Lazare, c’est eux, comme individus échappant à la mort, mais aussi comme peuple, chrétiens du Chiapas, du Soudan ou de l’Irak, peuples niés, écrasés, survivants. Les Juifs, échappant aux camps de la mort, revenant sur la terre d’origine, nous lancent cet appel : « Méditez donc la résurrection de Lazare, vous nous comprendrez mieux ! »

Mais nous, Européens qui vivons paisiblement, nous n’avons pas le même rapport à la mort. Personne ne nous vole notre vie. Nous mourons de maladie, dans notre lit, comme Lazare, banalement. Est-ce pour autant plus naturel ?

« Il n’y a pas de mort naturelle » écrit une athée dont l’intuition rejoint la foi des chrétiens : l’homme est fait pour la vie. Non pas une vie indéfinie car « à la longue, la vie, c’est mortel ! ». Mais une vie de plénitude. Une vie comme on en pressent la promesse par clignotant. Une vie différente de celle que Lazare reprend, au quotidien. Car si Lazare est vraiment mort -il sent déjà !-, Lazare ensuite ne vit que des prolongations. Il est réanimé, pas encore ressuscité définitivement. Il rebondit ! Jésus vole sa proie à la mort mais celle-ci n’est encore pleinement vaincue. La mort n’a pas encore été tuée, vidée, mise à plat. L’histoire continue et Lazare devra mourir de nouveau. « Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s’en allaient et croyaient en Jésus »(Jn 12,10). L’histoire continue avec tout son système de mort (les grands prêtres, les notables, la sacralisation de la Loi et tout le tralala politico-religieux), mais l’ensemble est maintenant démasqué, comme névrosé et malsain, opposé à la vie, à la vérité, à la relation vivifiante que signifie la foi.

A propos de la mort, nos contemporains seraient volontiers preneurs d’explications. Il y a un marché de « la vie après la vie », tout un bric-à-brac de balivernes rassurantes qui parlent de tunnels, de concerts célestes, de revenants. Jadis il y avait un fleuve à passer sur une barque et des Champs Élysées. On voudrait en fait une géographie, un itinéraire balisé, automatique, sécurisé. On voudrait conjurer l’inconnu. Puisque Lazare revient de la mort, qu’il donne son récit ! Mais rien. L’Evangile n’explique rien. Sur ce point, il est frustrant.

Le message de la foi est ailleurs. L’enfer ou le paradis ne sont pas des lieux dits, ce sont des relations avec le Dieu vivant, à penser tout autrement.

Devant le mal, la souffrance et la mort, Jésus ne propose aucune explication. Il est brutal : il est contre, tout simplement ! La seule réponse de Jésus, c’est l’action. « Où l’avez-vous mis ? » Devant l’évidence de la mort, il pleure et il frémit. Il est contre avec tout ce qu’il est, même physiquement. Il affirme l’impossible. Il refuse ce que les prétendus réalistes considèrent comme la réalité. « Ton frère vivra ». « Tout homme qui croit en moi, fut-il mort, vivra ! ».

Comment comprendre ces affirmations quand on est devant un tombeau et que tout est fini ? La foi est confiance, la foi est relation, la foi est un roc. La foi en Jésus est la vie, une vie qui enveloppe et déborde la mort. Car la vie rebondit. « Je t’aime, tu ne mourras pas » ! Marthe a compris la promesse illimitée de cet amour : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour ».

Marthe a la foi pour deux : pour elle, pour son frère aussi. Elle croit que la mort n’aura pas le dernier mot. Marthe espère contre toute espérance, contre toute apparence, à long terme mais aussi dans l’instant. Elle a Jésus devant les yeux et elle en attend plus encore, sans bien savoir quoi. Ce qui permet à Jésus de dévoiler sa pleine vérité : « Je suis la Résurrection... Le crois-tu ? ». « Oui, je crois que tu es le Fils de Dieu ! ». Comme nous-mêmes, elle ne sait pas vraiment tout ce que cela signifie. Son affirmation dit sa foi, sa confiance, de façon ouverte à plus ample révélation. Or Jésus est, en personne, la Résurrection. Il récapitule en lui-même cette géographie que nous voudrions connaître. Il est « le chemin, la vérité et la vie ! ». Il est l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin, la relation au Père, le Dieu des vivants !

« Lazare, viens, dehors ! ». « Déliez-le et laissez-le aller ». Lazare sort du tombeau mais la tension ne fait qu’augmenter. « Ce jour là ils décidèrent de le tuer... Jésus cessa de circuler en public... se replia dans le désert avec ses disciples », dont ce Thomas qui avait dit : « Allons et mourons avec lui ! ». Notre mort, comme vont le vivre bientôt nos jeunes catéchumènes, (notre mort), nous l’anticipons dans le baptême « pour vivre de Jésus, lui qui est mort et ressuscité pour nous ! » Rm 6 ; Col 2, 12...

Frères et sœurs, que nous soyons dans la précarité ou dans la paix, nous sommes tous invités à nous donner. Alors nous pourrons jouer non pas les prolongations d’une vie ancienne, comme Lazare, mais les anticipations d’une vie qui ne finira jamais !




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