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Une si longue attente

JEUDI SAINT

 

En ligne depuis le dimanche 13 novembre 2005.
 
 

Ce soir, frères et sœurs, Dieu est à vos pieds ! du plus profond de son éternité, ce soir l’Éternel sait que l’heure est venue ! Ce soir, le Très-Haut, le Tout Puissant Maître et Seigneur se prosterne devant ses créatures !

Homme raisonnable, tu vas me dire : « Dieu à nos pieds ? Mais c’est absurde ! Comment le Transcendant, le pur Esprit que les cieux et les cieux des cieux ne peuvent contenir se tiendrait-il quelque part, en un lieu, et à nos pieds s’il vous plaît ? Pour être quelque part, il faut avoir un corps ! Dieu est bien au-delà de tout çà ! » Et bien justement, non. C’est cela le grand mystère du Jeudi Saint : notre Dieu a un corps. Quand l’heure fut venue il a pris chair d’une Vierge d’Israël et s’est fait homme. En se faisant proche des hommes par le corps, il a pu leur parler comme un ami parle à son ami, il a pu les toucher, il leur a donné l’exemple.

Ainsi, laver les pieds des apôtres, c’est leur donner un enseignement en chair et en os, qui ne touche pas seulement l’esprit et on l’oublie, mais qui se fixe dans la chair : les apôtres l’entendent de leurs oreilles, ils le voient de leurs yeux agenouillé sur le dallage, leur chair vibre au contact de ses mains, leur cœur se réchauffe à la chaleur de son baiser ! leur mémoire retient, leur intelligence comprend la leçon, et leur volonté les soulève à la suite du Christ !

Chrétien qui m’écoutes, tu es peut-être tenté de te dire avec regret : « Quel bonheur les apôtres ont-ils eu ! Ils ont touché le Seigneur et le Seigneur les a touchés de ses mains ! moi je n’ai pas cette chance... Oh bien sûr chaque année on refait le rite du lavement des pieds dans les églises, mais c’est surtout un symbole, un peu étrange, d’ailleurs, dans notre civilisation trop chaussée. Et puis, ceux qui accomplissent ce rite n’en ont pas toujours tiré les conséquences : les “Serviteurs des serviteurs” ont parfois été plus proches des maîtres de ce monde que du Dieu en tenue d’esclave ! »

Or, dans l’immense compassion de ce soir-là, notre Seigneur le savait bien : des Judas, il y en aurait tout au long de l’histoire de l’Église. Jésus savait très bien que les péchés des chrétiens ne tarderaient guère à éteindre le feu qu’il a allumé dans le monde s’il ne laissait à ses apôtres qu’un enseignement, même très élevé, même accompagné d’exemples, si édifiants soient-ils !

Devant un tel risque quelle est son attitude ? Cherche-t-il à se protéger contre les futurs attentateurs à sa mémoire ? Réserve-t-il son amour à ceux-là seulement qui lui seront fidèles ? Non, avec une logique souverainement divine, Il dissipe la nuée des mesquineries et des ingratitudes humaines par l’absolu du don : « les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout ». Il ne retient rien, Il donne tout, Il SE donne. Jusqu’au dernier Souffle, jusqu’à la dernière goutte de sang. Oui, frères et sœurs, Dieu n’a pas pris un corps seulement pour nous servir, mais aussi pour nous le servir ! Le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain et dit, Ceci est mon corps : prenez mangez-en tous ; Il prit la coupe et dit Ceci est mon sang, buvez-en tous ! Faites cela en mémoire de moi ! Il avait déjà enseigné la générosité par des paroles : quelqu’un te gifle-t-il sur une joue, tends lui aussi l’autre ! Veut-il te faire un procès et prendre ta tunique ? laisse-lui même ton manteau ! Ce soir, il va jusqu’au bout du don : pour laver les pieds de ses apôtres il dépouille son corps de son manteau de dessus, mais pour se faire eucharistie, il habille sa substance des haillons du pain et du vin ! Il ne se contente même pas d’appliquer son enseignement en donnant l’exemple d’une générosité plus grande : en se donnant, il donne la source de toute générosité ! Sa réponse à l’infidélité des hommes, c’est la Fidélité absolue, sa réponse à l’indignité de ses ministres, c’est la disponibilité permanente, l’inépuisable fécondité de sa présence réelle au Saint-Sacrement, sur les autels de nos liturgies, dans le secret des tabernacles et dans la gloire des soleils vermeils !

Oui, frères et sœurs, c’est la grande merveille de l’Église en ce monde : Dieu avec nous, dans l’écrin de nos lèvres entrouvertes ! Dieu avec nous, sur le trône de nos mains tendues ! Et tout à l’heure, au moment où vous allez communier, Dieu ne sera pas seulement à vos pieds, il viendra en votre corps en vous donnant le sien, en vous prenant dans le sien. Au lavement des pieds, le contact avec Lui se fit par le dehors, mais dans la communion eucharistique, il se fait par le dedans ! Plus profondément qu’aucun contact sensible, dans l’invisible du sacrement, Il établit avec nous une relation de substance à substance !

Et pourtant ! « - Pourtant », pourriez-vous me dire, « l’eucharistie nous laisse souvent sur notre faim ! Nous voulons bien croire que dans ce sacrement Dieu est beaucoup plus intime que lorsqu’on le voyait homme parmi les hommes, mais enfin, quand Jésus se mit à genoux sur le dallage aux pieds de ses disciples, Il ne put effacer la noblesse de son front, étouffer la chaleur de sa voix ni éclipser l’éclat de son regard ou la grâce de ses gestes ! Il voilait sa divinité, mais il ne pouvait pas dissimuler la transcendance de son humanité ! Au lieu que dans l’eucharistie, il efface non seulement sa divinité, mais jusqu’à son humanité. Il n’y a plus rien qui frappe les sens ! Vous nous dites : “Dieu est réellement présent”, mais nous nous ne le voyons pas. Nous ne voyons même personne ! »

A cela je vais vous répondre dans quelques minutes, depuis l’autel, juste après que le prêtre aura proféré les divines paroles : Il est grand le mystère de la Foi ! Pour voir Dieu dans l’eucharistie, il faut Le croire...

« - Mais », allez-vous me rétorquer, « nous allons répondre, nous aussi :“ nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire”. “Nous attendons ta venue dans la gloire” : cela fait vingt siècles que nous attendons et que nous languissons. Ne croyez-vous pas, mon frère, qu’il y a dans l’eucharistie non seulement un mystère de présence mais aussi un mystère d’absence ? »

Frères et sœurs, si, je le crois avec vous : depuis près de deux mille ans, à la suite des Hébreux transportant l’Arche d’Alliance de campements en campements, les générations de la Nouvelle Alliance traversent les déserts de ce monde et des siècles en portant le mémorial précieux de la mort et de la résurrection du Seigneur ! L’Église en pèlerinage porte elle aussi dans ses sacrements et ses institutions la figure du siècle qui passe... Pour cette raison, nous prions, surtout dans l’Eucharistie pour hâter le retour du Christ : « Viens, Seigneur ! »

Frères et sœurs, cette Pâques-ci n’est pas comme les autres : c’est la Pâque du grand Jubilé ! Ce soir, durant la Messe et cette nuit au Reposoir, demain au pied de la Croix et après-demain dans l’inanité du Tombeau, du fond de notre exil, exhalons tous nos désirs de beauté, de bonté, de vérité, exhalons notre désir de Dieu ! Disons-lui « je crois mais cela ne me suffit pas, je veux Vous voir mon Dieu car c’est pour cela que Vous m’avez créé ! » Frères et sœurs, en cette pâque jubilaire, laissons-nous assoiffer par Dieu !

Ce soir, et demain soir, et après-demain soir, quelque chose va changer !




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