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Corpus Christi

25 JUIN 2000

 

En ligne depuis le samedi 19 novembre 2005.
 
 

« Le premier jour des Azymes, où l’on immolait la Pâque,[...] tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donna en disant : ceci est mon corps » (Mc 14, 12-22).

Pourtant, l’histoire de l’Eucharistie ne commence pas tout à fait ce jour-là... Je me suis laissé dire que quand Jésus était enfant, à Nazareth, un jour, il vit s’avancer dans la ruelle une vieille femme, courbée, cassée, si vieille et si laide que Marie en eut peur, lorsqu’elle entra dans la maison. Elle posa sur Jésus un regard interrogatif, un peu anxieux, un peu sournois, vide surtout, désabusé, éteint... Puis, de son cabas crasseux, elle sortit un fruit merveilleux, si merveilleux qu’il semblait venir du jar din d’Éden et elle le tendit à Jésus. Celui-ci sourit, le repoussa, et le laissa tomber dans la poussière. Il y eut un silence, puis il dit à sa Mère : « Femme, le pain ». Sa Mère le lui tendit, il le prit, le rompit et le donna à la vieille. Quand Ève eut mangé, elle n’avait pas retrouvé sa première jeunesse, mais son regard avait changé, il était plein de la présence de Dieu.

Oui, c’est cela que nous célébrons aujourd’hui, cette conversion du regard et non seulement du regard, mais de l’être tout entier, que l’Eucharistie appelle et provoque. En mangeant le fruit de l’arbre du jardin, l’homme et la femme des commencements voulaient mieux voir ; mais ils ne virent que leur nudité, leur fragile humanité. En mangeant le pain que Jésus donne, nos yeux s’ouvrent enfin sur celui qui s’ y cache, s’y dissimule, mais qu’importe : « Le monde ne me verra plus, mais vous vous me verrez » (Jn 14, 19). Oui, l’Eucharistie répond essentiellement à ce désir si ancien de voir Dieu... De ma chair, semblable à moi, je verrai Dieu, disait le vieux Job. Rappelez-vous l’ostensoir, nouvelle arche d’alliance, qui porte la complétude du monde et la totalité du divin...Voir Dieu, c’est le « désir naturel » de tous les mystiques, de tous les croyants quelle que soit leur chapelle ; c’est donc, je suppose, votre désir le plus profond, le désir dont le Christ se fait le Grand Prêtre -le Serviteur-. Mais comment l’exauce-t-il ce désir ? En se donnant lui-même en nourriture puisque celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour (Jn 6, 54).Voir Dieu et non seulement le voir mais le manger, manger la chair de Dieu, boire son sang ! Communier à sa vie et se l’incorporer ! Voilà bien la chose la plus étrange dans notre monde ! Car l’Eucharistie, c ’est l’étrangeté même, l’étrangeté chrétienne : nous sommes-nous vraiment un jour arrêtés là-dessus ? Avons-nous réfléchi un instant à ce que nous faisons ou bien avons-nous à ce point raboté l’Eucharistie, banalisé la communion, pour ne plus y voir qu’un symbole ambigu. Peut-être êtes-vous de ceux qui glosent, qui ergotent sur ce que Jésus voulait dire, « tout ça n’est que façon de parler » : « Quand je donne mon corps à manger et mon sang à boire, c’est façon de parler. [...] Imprégnez-vous de mes idées et vous trouverez du goût à la vie ! » (M. Bellet). Mais non ! l’Eucharistie, c’est plus que ça, c’est plus que l’enseignement de la fraternité, c’est plus que le partage du pain « de la vie ». Moi, je m’en tiens à l’étrangeté qui fait choc ; c’est, paradoxalement, le choix de la raison devant la pensée contemporaine, le prêt-à-penser culturel, le politiquement correct qui atténuent, qui diluent tout ce qu’il y a de particulier dans nos existences. Et l’Eucharistie c’est précisément le mode particulier de l’existence chrétienne, une existence eucharistique ! Qu’est-ce qu’une existence eucharistique ? C’est quelque chose de très étrange, c’est une existence qui se veut offrande, sacrifice parfois, rayonnement, communion, lumière, réconfort. « Charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Gal 5) tels sont les fruits de l’Esprit mais tels aussi les fruits de l’Eucharistie dans la vie des croyants. Toutes choses étranges dans ce monde mais, en même temps, ne trouvez-vous pas qu’en ces thèmes eucharistiques il y a quelque chose qui rejoint profondément nos vies, la vie de tout homme ? Que se sont là des dimensions de l’exister de l’homme ? Et tout cela à partir d’un pain, ou d’une hostie. Mais qu’est-ce qu’il a ce pain pour être si fort, si puissant ?

Et bien c’est le lieu où Dieu aboutit puisque l’Eucharistie se situe dans le prolongement, dans la continuité de l’Incarnation : « et le Verbe s’est fait chair / ceci est mon corps » ; c’est le lieu où l’amour de Dieu aboutit puisque l’Eucharistie est don total de son être et « qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » ; et, en même temps, c’est le lieu où l’homme renaît à une existence transformée comme celle de la vieille femme de tout à l’heure, soudain habitée par la présence de Dieu, notre jeunesse éternelle ; c’est le lieu où l’homme refait ses forces, où s’apaisent ses passions et ses angoisses, où il trouve sa véritable identité : « Vous êtes le corps du Christ et ses membres. Si donc vous êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre propre symbole qui repose sur la table du Seigneur. C’est votre propre symbole que vous recevez. À ce que vous êtes, vous répondez ‘amen’ et cette réponse est votre adhésion » (saint Augustin). Oui, notre vie apparaît liée à l’Eucharistie et, pour le meilleur et le plus profond, inspirée par elle.

Nous qui sommes des habitués de l’Eucharistie, regardons avec un regard neuf, avec un regard de premier communiant, ce grand mystère qui appartient à une tradition théologique et liturgique immense qui est celle de l’Eglise. Encore une fois, en célébrant cette eucharistie, nous allons choisir l’étrangeté. Nous verrons bien où cela nous mène.




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