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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 31 >>   Aimer c’est tout donner et se donner soi-même

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Aimer c’est tout donner et se donner soi-même

5 NOVEMBRE 2000

 

En ligne depuis le samedi 19 novembre 2005.
 
 

Chlomo est un scribe honnête. Pour ne pas être ce que l’on appelle communément « un mystique », il n’en est pas moins un fidèle de la loi de ses Pères, fidèle aux commandements de Dieu, les fameux 613 commandements : 248 comme les 248 membres du corps (sic !) et 365 comme les 365 jours de l’année, en somme de quoi vivre en totalité dans l’obéissance au Créateur.

Au lendemain d’un dîner mondain où il a pu rencontrer Jésus, Chlomo (autrement dit, Salomon) décide - à vrai dire un peu poussé par son épouse Avital, plus « mystique » que lui - d’aller plus avant dans la connaissance de Jésus. 1re surprise : Jésus est difficile d’accès, la foule le presse. 2e surprise (plus pénible) : quelques scribes, pharisiens, anciens - de ses collègues - sont là qui cherchent à piéger Jésus.

Chlomo attend son tour avec une belle, grosse, vraie question qu’il a eu le temps de préparer : Quel commandement est le premier de tous ?

C’est une question qui ressemble un peu à celle du jeune homme riche : Que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle ? Question qui rejoint celle de tout homme préoccupé par son salut ; question qui appelle une réponse nous concernant tous.

La réponse de Jésus n’est pas révolutionnaire. Citer le Shema Israel, prière quotidienne de tout juif pieux, pour dire que le 1er commandement c’est d’aimer Dieu, citer ensuite un des passages les plus connus du Lévitique pour dire que le 2nd commandement est l’amour du prochain, voilà qui n’a pas de quoi bouleverser ni les catégories d’un scribe ni les nôtres.

Pourtant Chlomo semble content, et même enthousiaste. Il surenchérit à la manière des targums : oui l’aimer de tout son cœur... et aimer le prochain c’est bien mieux que tous les holocaustes et sacrifices. Et bien, frères et sœurs, laissons-nous gagner par cet enthousiasme : certes, l’amour c’est du déjà-vu, mais l’amour de préférence au sacrifice, çà mérite d’être examiné de plus près.

Arrêtons-nous d’abord sur ce commandement de l’amour ; nous parlerons ensuite de la question du sacrifice. Nous pourrions ergoter au sujet d’un commandement qui édicte l’amour (l’amour çà se commande ? etc.) ; en réalité, c’est libérant : car combien de religions, combien de voies de salut, sont fondées sur l’amour ? Et n’est-ce pas là le motif profond de la jubilation de notre scribe ? Que parmi la forêt des préceptes et des rites de sa tradition religieuse, le plus important ce soit l’amour ? En outre, en citant le Shema Israel, Jésus désigne le sens profond de cet amour de Dieu : « Écoute » signifie que la religion véritable est fondée sur le dialogue avec Dieu. Aimer Dieu c’est l’avoir écouté, c’est avoir compris qu’il nous aime, et enfin c’est choisir de l’aimer. La grandeur de la révélation judéo-chrétienne c’est aussi l’ordo caritatis, la hiérarchie de nos amours, ou, si vous préférez, le « Dieu premier servi » de Jeanne d’Arc. L’amour de Dieu est premier car au fond de son cœur l’homme aspire à ce qu’il y a de plus grand, et c’est d’aimer ; il aspire à avoir le plus bel ami qui soit, et c’est Dieu. Alors, que Dieu nous demande de l’aimer, c’est l’improbable, c’est l’inespéré qui s’offre à nous, et cela est irrésistible (le trésor de notre foi).

Vient ensuite l’amour du prochain. Plus exactement l’amour de nous-mêmes comme exemplaire de l’amour du prochain : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

On n’aime pas vraiment autrui, du moins de l’amour dont Dieu l’aime, si l’on ne reconnaît pas d’abord l’amour que Dieu nous porte personnellement. S’aimer soi-même de la sorte, ce n’est pas de l’égoïsme, mais c’est accepter de se regarder comme Dieu regarde ceux qu’il aime. Ici, ce que l’on aime est l’amitié dans laquelle Dieu nous entretient. Venons-en au sacrifice. Le sacrifice consiste à offrir toutes sortes de biens et finalement nous-mêmes à Dieu pour signifier notre désir de nous offrir à sa majesté. D’emblée, il semble que Jésus condamne les offrandes et les sacrifices puisqu’il cautionne la remarque du scribe qui va dans ce sens.

Mais il est évident que ce que condamnent tout un mouvement spirituel du judaïsme, et ce scribe et Jésus, ce sont les sacrifices seulement extérieurs, actes d’une religion toute fondée sur l’apparence, séparés de l’hommage intérieur fait à Dieu.

La preuve ultime que Jésus ne condamne pas le sacrifice, c’est qu’il offre sa propre vie en sacrifice, en hommage à Dieu son père.

Remarquez aussi que Jésus dit au scribe : Tu n’es pas loin du royaume ; mais au bon larron qui sera à ses côtés au Golgotha, et qui offrira ses souffrances en les joignant à celles de son sacrifice, Jésus dira : Aujourd’hui-même tu seras avec moi en Paradis.

Et c’est là que le sacrifice rejoint l’amour. En effet, la charité ne se paye ni de mots ni de targums jubilants et triomphants. La logique de l’amour divin comporte une dimension consécratoire : Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et toute sa force, cela ne peut rester au plan des maximes de sagesse : c’est au-delà de tout discours, c’est de l’ordre de l’action. Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis, dira Jésus (et il le fera). Ce n’est pas que Jésus n’aimait pas la vie : Mon Père s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi. Donc il aimait sa propre vie. Mais il aimait aussi et avant tout - et de tout son cœur, âme, esprit, force - Dieu, et selon Dieu il s’aimait lui-même et aimait le prochain. C’est pourquoi tout le reste, et même son propre corps, sa propre vie, il l’estima moins importante que le bien que constitue l’amitié avec Dieu - son amitié avec Dieu, et l’amitié du prochain avec Dieu, c’est-à-dire dans le cas du Christ notre salut. Il était encore trop tôt pour que l’honnête Chlomo comprenne cela.

Pour nous, baptisés dans ce mystère de l’amour sacrificiel de Jésus, notre combat reste celui de l’ordonnancement entre nos amours : Dieu premier servi, puis nous-mêmes et le prochain selon cet amour de Dieu. Notre choix de Dieu nous amène à toujours rechercher ce qui fortifie cette amitié. Et il se peut que cela passe parfois par des choix concrets difficiles où nous avons à suivre notre Seigneur dans certains renoncements.

Le martyre sanglant n’attend probablement pas chacun de nous, mais notre temps ne manque pas d’occasions de martyres non sanglants : celui de la fidélité au conjoint, celui de l’honnêteté préférée aux avantages sociaux, celui du témoignage courageux devant la dérision... Cela est souvent douloureux, sacrificiel, mais peut être traversé appuyé sur l’amour.

Frères et sœurs, nous ne nous maintiendrons qu’en nous nourrissant du sacrement de l’amour, à cette table où le Christ nous invite à lui offrir tout notre cœur, toute notre âme, toute notre intelligence et notre force, et notre bonne volonté à aimer le prochain. Là nous célébrons la mémoire de son sacrifice ; là nous recueillons la grâce de le mieux servir et aimer ; là nous recevons le gage de l’éternité, pleine entrée dans l’amitié divine.




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