Accueil
Présentation Avent Noël Ordinaire Carême Pâques Sanctoral Divers        


Accueil >> Ordinaire >> Semaine 33 >>   La leçon du figuier

TOP 5 :

textes  les plus lus :
 
par fr. HF Rovarino o.p.
La Mère de Dieu a quelque chose à nous dire
8330 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Au désert, je parlerai à ton cœur
7479 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Dieu nous fait le cadeau de sa présence
7380 visites

par fr. ST Bonino o.p.
Notre attente : la vie éternelle
6662 visites

par fr. BM Simon o.p.
Le jeune homme riche
6276 visites

La leçon du figuier

19 NOVEMBRE 2000

 

En ligne depuis le samedi 19 novembre 2005.
 
 

« Il me fera sortir dans la lumière et je serai dans la joie de sa justice » (Mi 7, 9). Cette parole du prophète, a été réalisée pour le Messie lors de sa résurrection. Aujourd’hui le prophète Daniel l’étend à tous en disant : « Les saints seront comme la lumière du firmament et les justes resplendiront comme des étoiles pour les siècles des siècles » (Dn12, 3) .

Telle est la bonne nouvelle que j’ai à vous annoncer : ce monde finira (Mc 13, 24-32). Il finira bientôt. C’est là une bonne nouvelle, car il faut bien le reconnaître, les choses ne vont pas bien et il serait plus que triste qu’elles continuent à aller ainsi, ce serait désespérant.

1. Oui, Bonne nouvelle ! Ce monde où des millions d’enfants ne sont ni acceptés ni accueillis, ce monde, notre monde, finira. Ce monde où des millions de familles n’ont pas les ressources suffisantes pour vivre dignement, ce monde, notre monde finira. Ce monde où la guerre multiplie ses ravages et condamne à l’exil des millions de pauvres, ce monde, notre monde finira. Il ne s’agit pas que de la violence économique ou politique, il s’agit de la détresse où meurt l’espérance et le goût de vivre. C’est ainsi que l’on devrait attendre des religions qui se réfèrent au Dieu unique, à sa justice et à sa miséricorde, arracheraient l’humanité à cette source de malheur. Hélas, il faut constater que non. Au contraire, la référence à Dieu porte à l’absolu les différents et les conflits. Pour cette raison, le sang coule à Jérusalem depuis des siècles.

Oui, dans le monde une mauvaise puissance est à l’œuvre ; elle pervertit toute la vie. Elle se dissimule même dans les oeuvres les plus nobles et les plus généreuses. Aussi c’est une vraie bonne nouvelle que nous annonce Jésus. Ce monde finira. Dieu y mettra fin - ce sera définitif et sans retour. Les images de l’effondrement du ciel sur la terre (Mc 13, 24-25) - selon une antique vision du monde - nous le disent.

Cette bonne nouvelle n’est pas une invitation à renoncer à vivre ou à laisser faire passivement ; car personne ne sait ni le jour, ni l’heure. Pas même Jésus (Mc 13, 32) ! Cette ignorance est une invitation à vivre le présent qui seul nous est donné de manière assurée. Car l’annonce de la fin du monde n’a pas pour but de nous inviter à ne rien faire, ni à attendre que tout arrive tout seul. Il importe de veiller et d’agir pour que cesse le malheur de notre temps. Comment vivre le présent ?

2. Jésus nous donne une image : celle du bourgeonnement du figuier (Mc 13, 28-29). Telle est la manière dont le monde blessé et déchu finira. La fin des temps a pour figure celle du bourgeon qui apparaît au printemps : quoi de plus fragile ? Quoi de plus vulnérable ? Pourtant c’est là que se tient le plus précieux et à quoi tend l’arbre tout entier. Tout dans le figuier, des racines, du tronc et des branches, tout s’oriente et se mobilise pour que le bourgeon paraisse et que la vie se développe.

L’image employée par Jésus est celle de la tendresse n’est pas sentimentalité complaisante ; elle est de force. Elle dit la bonne puissance. Elle dit la force infinie de l’enfant qui vient de naître, le plus démuni de tous, mais paradoxalement le plus important, car c’est celui qui donne sens à ce qui a été accompli par les générations antérieures. La figure du bourgeon dit la bonne puissance, celle de l’infime tendresse qui perce la vieille écorce du vieil arbre et lui apporte comme un sourire. La force du bourgeon qui fait mentir les apparences ; la branche morte et figée à l’hiver s’avère porteuse de vie. La figure du bourgeon prend un sens encore plus important pour ceux dont la foi repose sur les Écritures, car ce terme est le nom que les prophètes donnent au Messie. Il est le Germe, le bourgeon ou le surgeon (Isaïe 4, 2 ; 6, 13 ; Jérémie 23, 5 ; 33, 15 ; et surtout Zacharie 3, 8 ; 6, 12). Il est ce qui s’élève de l’immense arbre de la vie et de la sagesse, comme le plus beau, parce que le plus neuf. Il est le plus fragile et le plus timide, mais en lui paraissent les forces de la vie. En lui paraissent les forces de la vérité et les forces de l’amour.

Ceux qui ont lu les évangiles savent que le titre sur la croix n’est pas Jésus de Nazareth - comme on a trop dit - mais Jésus le Nazôréen (Jn 19, 19) ; ce dernier mot s’interprète (interprétation proposée avec sérieux par les hommes de science, même si elle n’est pas absolument sûre) à partir de la racine qui signifie le germe, le surgeon, le rameau. Sur l’arbre de la croix, voici le fruit d’un amour infini qui détruit le mal, l’amour de Dieu sauveur.

3. Je me suis souvent demandé et me demande encore pourquoi l’amour qui est source de bonheur est si peu aimé. Plus j’avance dans la vie, et plus je perçois que l’amour dont il est question dans l’Évangile est source d’une très cruelle d’une immense souffrance. L’image du figuier est source de lumière. Car l’image du bourgeon ne dit pas seulement la nouveauté et la tendresse. Elle ne dit pas seulement la force. Elle dit un mouvement. Car le bourgeon est tout entier tendu vers la production du fruit. Il se développe et ne reste pas figé aux premiers moments de son apparition. Il se déchire pour donner le fruit. Ainsi le bourgeonnement de l’arbre nous est donné en exemple et l’amour, à l’image de la croissance de la vie, est toujours une déchirure. Aussi la figure de la fin des temps est celle du bourgeon qui se transforme en fruit.

Ce fruit est la parole qui dit à l’autre : « Il est heureux que tu sois, et que tu existes tel que tu es, pour toi-même, avec ce que tu es, ta liberté, ta manière de voir le monde, d’y habiter, d’aller à Dieu,... ta vie est occasion de joie pour moi ! » Cette parole renverse à la racine la présence du mal, de l’injustice et de la violence fondées sur le fait que chacun juge qu’autrui est de trop, juste bon à servir ses intérêts.

Le bourgeon est tout entier tendu vers le fruit, oublieux de soi pour porter une vie plus abondante. Tout entier arraché à la complicité avec la mort. Il dit le mouvement de la vie de Jésus et le mouvement de notre vie. C’est ainsi que le monde déchu commence de finir : par la lente éclosion d’un fruit, le bourgeonnement présent des cœurs qui aiment qui prendra forme définitive dans la lumière de Dieu.

Oui, mes amis, il est heureux que nous soyons ici dans la vive conscience de notre responsabilité de faire reculer le pouvoir du mal. Nos forces sont sans doute bien faibles, mais nous avons la chance de mettre nos forces au service de la paix et de la justice. Nous renouvelons notre espérance dans le travail pour que paraisse un monde nouveau et nous appelons l’Esprit Saint.




3230 affichages
 

 La leçon du figuier



Untitled Document