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Le désert où Dieu parle

10 DÉCEMBRE 2000

 

En ligne depuis le samedi 19 novembre 2005.
 
 

10 DÉCEMBRE 2000

« Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère,(...) Dieu guidera Israël dans la joie à la lumière de la gloire de son Dieu », nous chante Baruch (Ba 5,1.9a), le prophète de l’Ancien Testament. C’est la joie des croyants ramenés de l’exil ; c’est aussi la joie de ceux qui attentent le Messie. L’apôtre Paul insiste aussi sur la joie : « Frères, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est toujours avec joie car je me rappelle la part que vous avez prise à l’Évangile » telle est la joie de l’apôtre (Ph 1,4-5), la joie du croyant après la venue du Messie. La joie avant toute chose, au début de toute chose, la joie après toute chose et à la fin de toute chose. Réjouissons-nous : Dieu a agi pour nous, Dieu va agir pour nous. Et entre ces deux moments de joie ? : des ravins dangereux, des montagnes infranchissables, des passages tortueux, des chemins raboteux. Il n’est guère nécessaire d’illustrer, je pense, ce que nos vies ont de dangereux, d’infranchissable, de tortueux et de rude. Où est-elle la joie dans ces situations-là, où est-elle la gloire de Dieu ? Qui ne s’est pas interrogé mille fois sur le sujet ?

Nous buttons sur les mots et les réalités comme nous buttons sur les pierres au milieu du chemin. Nous buttons sur la conversion qui n’est jamais totale, nous buttons sur le regret de nos péchés, sur le repentir qui n’est jamais parfait. Nous buttons sur les chemins du Seigneur dont la préparation est interminable, nous buttons sur la rectitude des sentiers qui est intenable, nous buttons face à la montagne...Nous sommes tellement tombés, abattus, abîmés, nous nous sommes arrêtés tant de fois dans cette fichue course d’obstacles que nous n’avons pas fait une halte quand Isaïe et Jean le Baptiste ont proclamé : « Et toute chair verra le salut de Dieu (Lc 3,6) ». Car c’est là qu’il nous faut nous arrêter : non pas quand l’obstacle se présente, mais nous arrêter quand le Seigneur nous parle ; nous parle de nous « toute chair », nous parle de lui « le salut » Mais où et comment écouter le Seigneur, quand on est coincé entre un ravin et une montagne ? La parole du Seigneur ne vient ni de l’abîme de la détresse ni de la montagne d’épreuve, même si le Seigneur y parle. La Parole du Seigneur ne vient que du désert et ne s’écoute que dans le désert : Jean le Baptiste, le précurseur du Christ, en témoigne.

Ce désert n’est pas le vide d’une vie désolante et affligeante. Ce désert-là attriste le Seigneur et il n’y a aucune raison de s’y complaire. Le désert où Dieu parle à sa créature, où le Père parle à son enfant, c’est le désert du cœur. Là, aucune sinuosité dans laquelle s’attarder, aucun ravin dans lequel se cacher, aucune montagne dans laquelle se réfugier, aucune aspérité à laquelle s’accrocher. Vous êtes au milieu de votre cœur, vous vous croyez perdu mais vous n’êtes pas seul : vous êtes face à votre Seigneur. Rien que la lumière et la chaleur, puisque vous êtes dans le désert ; la brise rafraîchissante aussi : vous entendez et écoutez la Voix.

Le sentier qu’il faut préparer et rendre droit, ce sentier dont parle Jean le Baptiste et qui mène au désert est le désir brûlant de rechercher non d’abord un précepte, un commandement, non d’abord une solution mais une personne : le Christ. Le Christ dont l’intimité devient l’unique consolation. Il est vrai que le sentier qui mène au sanctuaire de notre cœur mérite une attention et un souci extrême : il se prépare et demande à être rectifié, d’être rendu droit afin de laisser couler de plus en plus facilement la grâce ; la grâce du sacrement, la grâce de la parole, de l’écoute, de la prière, mais encore la grâce du silence, des œuvres, de la solitude ; la grâce, somme toute, de la miséricorde que Dieu nous fait de lui être présent. Cette présence-là, demandez-la avec authenticité, avec patience. Elle est là, la joie que nous évoquions : non seulement la joie qui était, non seulement la joie qui sera, mais la joie qui est, la joie d’être avec lui, toujours : Emmanuel, Dieu est maintenant avec nous. Ainsi, salut et conversion n’ont jamais été si proches l’un de l’autre : le salut mendie la conversion et la conversion veut se rassasier du salut ; salut et conversion qui ramènent, réorientent chacune de nos pensées, de nos paroles, chacun de nos actes, toute notre vie et donc tout notre être à la lumière pacifiante et apaisante du Seigneur.

L’œuvre de Justice que le monde attend, cette justice que l’Avent ne cesse d’annoncer peut alors se déployer. Ce n’est pas une justice lointaine dans le temps et dans l’espace et donc inaccessible mais une justice proche et immédiate : celle que Dieu fait dans les cœurs qui se donnent à lui. Notre cœur est en effet le premier lieu de la justice de Dieu, là où se fait la vérité. Car c’est cette même lumière de vérité qui juge ce qui fait obstacle ou pas à sa présence en notre cœur ; c’est cette même lumière de vérité qui fait miséricorde, réconcilie, unifie...C’est de là que procède toute connaissance : « voici ma prière, dit saint Paul (en la 2nde lecture), que votre charité croissant toujours de plus en plus s’épanche en cette vraie science et ce tact affiné qui vous donneront de discerner le meilleur et de vous rendre sans reproche pour le Jour du Christ. ». Ainsi, l’intimité avec le Seigneur et la connaissance qui en procède est l’arme absolue, la force absolue contre les ravins, les montagnes et toute aspérité, tous ces obstacles froids qui ne résisteront pas à la chaleur de la foi intimement préservée dans le cœur. Et quand bien même ces dangers résisteraient, que sont ils vraiment comparés à la douce présence du Christ en nous ? Car ce qui demeure enfin, ce n’est pas le regard effrayé de l’homme sur le ravin, ce qui demeure c’est le regard déjà consolé de l’enfant sur Dieu, son Père. Et puis, de toutes façons, il est vrai, un Jour, ces montages et ces ravins ne seront plus.

J’oubliais de préciser : dans ce désert, il y a aussi une grotte, une seule, un peu austère, un peu étroite ; à l’intérieur, bientôt, très bientôt, la lumière, Dieu, un enfant, la chaleur : ne les quittez jamais. Une douce joie, aussi, qui ne vous quittera jamais. Amen.




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