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Bergers, Zélotes et collaborateurs

25 DÉCEMBRE 2000

 

En ligne depuis le samedi 19 novembre 2005.
 
 

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Oui, mes frères, en Judée, cette nuit, l’obscurité est profonde, et les ténèbres épaisses. Le Peuple ne sait plus où il va. Car l’envahisseur fait peser sur lui tout le poids de son oppression. D’où viendra la salut ? Jusques à quand, Seigneur ? Jusques à quand des riches toujours plus riches, repus, satisfaits d’eux-mêmes, et des pauvres toujours plus pauvres, ligotés par les dettes, par l’exclusion, par l’indifférence ? Jusques à quand le bruit des armes et de la violence ? Jusques à quand la vie naissante et finissante ainsi persécutée ? Jusques à quand les impies triomphants vont-ils se rengorger, se moquer de ton Peuple, tourner en dérision la sainteté de ta loi ?

Oui, le Peuple marche dans les ténèbres, sous le joug des ténèbres. Et le Peuple se divise. Les uns ont choisi la lutte armée : « Gagnons le maquis ; combattant l’oppresseur ; exterminons-le. » On les appelle « zélotes ». D’autres sont tentés par le compromis : « A quoi bon résister ? Nous n’y pouvons rien. Tout est relatif, d’ailleurs. Adaptons-nous. Pactisons avec les maître du moment. » On les appelle « collaborateurs ». Une chose, au moins, rapproche zélotes et collaborateurs : ils ont trouvé la solution ; ils savent quoi faire. Ils se débrouillent pour s’en sortir.

Mais il y a tous les autres, les gens ordinaires, démunis, désemparés par les ténèbres. Trop conscients de leurs faiblesses, ils ne sont pas de taille à lutter contre le désordre établi. Mais ils n’ont pas le cœur, non plus, à pactiser avec lui. Leur conscience en est trop blessée. Tels sont ces bergers qui veillent, cette nuit-là, aux alentours de Bethléem. Ni résistants ourdissant leurs complots, ni collaborateurs qui faisant la fête sous les lumières du grand monde, mais de braves bergers qui gardent leurs troupeaux dans l’obscurité. Tels nous sommes en cette nuit, braves gens plutôt médiocres.

Et c’est alors que retentit la voix de l’ange : N’ayez pas peur, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui, dans la cité de David, un Sauveur vous est né, le Christ Seigneur. Oui, au cœur de notre nuit, une lumière a brillé. Non pas la lumière présomptueuse de toutes nos technologies. Non pas la lumière de nos paradis artificiels, de nos rêves, de nos phantasmes. Pas non plus la lumière d’une héroïsme brutal et surhumain. Mais la lumière d’un tout petit enfant, qui est Dieu parmi nous, l’Emmanuel.

Dans cette lumière de Noël, il n’y a qu’humilité.

Humilité de Dieu qui, sans rien perdre de sa divinité, nous rejoint dans la faiblesse de notre humanité. Humilité de ceux qu’il vient rejoindre, ces pauvres bergers sans grade ni pouvoir. Car là où l’homme ne peut plus rien, là où il est démuni, c’est là que Dieu vient prendre chair. Quand l’homme se découvre impuissant, c’est alors que Dieu naît pour lui dans sa faiblesse.

C’est bien un feu que l’Emmanuel vient allumer ; c’est bien un combat qu’il vient mener sur notre terre, contre l’empire des ténèbres. Mais ce feu et ce combat ne sont pas à la manière des hommes. Aucune violence, ici, aucune revendication, aucune fierté arrogante, mais le seul chemin de l’abaissement, de la proximité, de l’amour. Et l’homme ne peut accueillir cette lumière qu’en empruntant lui-même ce chemin d’humilité, à la suite de son Dieu, en devenant lui-même enfant avec l’Enfant.

Alors, mes frères, les anges, cette nuit, nous appellent à choisir notre lumière. Car c’est bien en chacun de nous que règne la division.

En chacun de nous se trouve un zélote trop sûr de lui, persuadé de pouvoir mener par lui-même le bon combat. En chacun de nous se trouve un collaborateur, prêt à tous les compromis pour réussir sa vie.

Mais en chacun de nous se trouve aussi un berger, démuni, veillant dans l’obscurité, un berger qui se laisse émerveiller par ce qu’il voit et entend en cette nuit : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.

Bergers craintifs et discrets, nous avons fini par nous dire entre nous : Allons donc à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître. Et nous voici réunis devant la crèche.

Et qu’elle est cette crèche ? Cette crèche, frêle lumière dans la nuit de ce monde, c’est l’Église. Parce qu’il n’y avait plus de place pour lui à l’hôtellerie, Jésus est né dans une crèche. Et il se tient là, au milieu de nous, dans son Église, dans ce modeste local, fragile, battu par les vents et les pluies. Qui aurait idée d’y venir chercher refuge ? Aussi beaucoup préfèrent les hautes forteresses dans lesquelles se barricader, et d’autres les caves louches et clinquantes de la collaboration. Or contre toute attente, Dieu a choisi une crèche, Dieu a choisi l’Église. Personne n’aurait jamais pensé venir là, si Dieu lui-même n’avait choisi d’y faire sa demeure. Dieu a voulu rejoindre notre humanité en ce qu’elle a de plus fragile, de plus démuni, de plus vulnérable. C’est là, dans son Église, qu’il rassemble non pas des sages et des savants, mais de pauvres bergers, des infirmes et des pécheurs.

Et c’est là aussi qu’il nous unit à sa divine faiblesse. C’est là qu’il nous unit à sa sainte humanité, à cette humanité nouvelle qui a remporté la victoire sur la mort et les ténèbres, une fois pour toute, définitivement. C’est dans sa crèche, dans son Église, depuis deux mille ans, que cette lumière de la vie nouvelle, de notre vie nouvelle, resplendit sur le visage de l’Emmanuel. Voilà cette grande joie que l’ange annonce au peuple qui marchait dans les ténèbres, voilà la grande joie qu’il nous annonce en cette nuit :

« Vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, venez adorez celui qui est votre salut. Vous tous dont la vie tombe en ruine et qui êtes incapables de vous sauver par vous-mêmes, venez adorer celui qui est votre vie. Vous tous qu’opprime le Royaume des ténèbres et que blessent les innombrables scandales de la culture de mort, venez adorez celui qui vient mener pour vous le combat de l’amour. « Laissez-vous unir à son humanité nouvelle. Laissez-vous relever par sa douce miséricorde ; laissez-vous instruire par sa loi d’amour ; laissez-vous nourrir par son Corps et par son Sang. »

« Sa crèche, son Église, c’est votre crèche, votre Église, votre humanité nouvelle en train de naître, loin de l’orgueil autant que des trahisons, loin des fanatismes autant que des lâchetés. Le grand mystère est là, sous vos yeux, votre mystère. L’Emmanuel, un jour, vous a aimé et il s’est livré pour vous, une fois pour toutes. Et maintenant, c’est lui qui vous regarde, qui vous prend dans ses bras, qui vous parle. L’enfant, maintenant, c’est vous, son Église, son corps, l’immense famille de tous ceux qui sont venus à lui et qu’il fait grandir, jour après jour, dans sa paix, dans sa joie. »

Heureux tous ces bergers qui marchaient dans les ténèbres et qui ont vu une grande lumière. Heureux tous ceux qui, devant l’Emmanuel, se laissent aimer par lui, pour redevenir enfants, avec lui et en lui.




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