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Affaire de goût

29 mars 1997

 

En ligne depuis le mardi 21 juin 2005.
 
 

Incomparable nuit de Pâques ! Nuit à nulle autre pareille !

Comment exprimer ce que nous vivons en cette sainte nuit ?

Comment décrire l’expérience que nous faisons à ceux qui ne l’ont pas faite ? Comment partager cette joie vraiment divine qui nous envahit au terme de ce long carême, même si nous l’avons moins bien vécu que nous n’aurions voulu ?

On comprend que les saintes femmes n’aient rien pu dire au retour du tombeau. Comment auraient-elles pu trouver les mots pour exprimer l’expérience qu’elles venaient de faire ? Quelle expérience ? Celle de la manifeste présence de Dieu dans le vide du tombeau !

Oui, il y a de ces joies, de ces certitudes dont on ne peut dire la réalité sans se faire moquer. L’absence même de preuve dissuade de parler. Et pourtant ! L’expérience est si forte qu’elle est indéniable. Ce n’est pas de l’ordre de l’évidence brutale qui frappe et qui assomme, de ces évidences qu’ont peut asséner au tout venant.

Cette expérience des saintes femmes, la nôtre en cette sainte nuit, est plutôt de l’ordre du goût !

Celui qui a goûté au vin délicieux de Cana, celui qui a bu à la coupe amère de Gethsémani, celui qui mangé le corps et bu le sang du Sauveur le Jeudi saint, celui-là a fait une expérience infiniment personnelle. Il aura bien du mal à la traduire. Et c’est pour cela que les saintes femmes se taisent.

C’est qu’il ne s’agit pas de sentir ou de ressentir. L’odeur, qu’elle soit bonne ou mauvaise, est une expérience collective. La bonne odeur de l’encens crée entre nous une sorte de communion. Nous sommes dans une église, nous célébrons une liturgie. C’est la fête, c’est la joie ! Çà se sent ! On n’oubliera pas cette senteur, elle sera à jamais pour nous attachée à cette fête. Les saintes femmes craignaient des odeurs de mort et elles avaient prévu des aromates. Elles ont sans doute senti dans le tombeau la bonne odeur du Christ vivant.

Mais le goût ! C’est tellement personnel !

C’est qu’il ne s’agit pas seulement d’entendre. Les saintes femmes ont entendu le message de l’ange et la parole a retenti jusqu’aux limites du monde. De bouche à oreille par des mots ou par des signes la parole se répand et crée une communion.

Mais le goût ! C’est tellement personnel !

C’est qu’il ne s’agit pas seulement de voir. Les saintes femmes voulaient voir et elles n’ont rien vu : le tombeau est vide ! A d’autres, demain, il sera donné de voir le ressuscité. Et rien ne nous donne le sentiment de certitude comme de voir. " Si je ne vois,... non je ne croirai pas ! " dit Thomas à ceux qui l’ont vu ensemble.

Mais le goût ! C’est tellement personnel !

C’est qu’il ne s’agit pas seulement de toucher. Les saintes femmes voulaient toucher ce corps mort pour l’embaumer. Mais il n’y avait rien à saisir. D’autres, demain, toucheront le corps du ressuscité. Ils mettront leur doigt dans ses plaies. Ils s’assureront de sa réalité. Toucher c’est faire un constat. C’est une expérience qu’on peut vivre ensemble !

Mais goûter ! C’est tellement personnel !

On raconte dans la Bible, que Dieu donna un rendez-vous au prophète Élie sur le mont Sinaï pour se révéler à lui. Élie, le plus grand des prophètes, s’imaginait que Dieu allait se révéler à lui dans un grand coup de tonnerre à réveiller un sourd, ou dans une gerbe d’éclairs à illuminer un aveugle, ou dans un grand courant électrique à galvaniser un insensible, bref dans quelque manifestation à la hauteur de Dieu. Mais Dieu, dit la Bible, se manifesta à Élie dans une saveur légère, un goût délicat et subtil. Elie en fit l’expérience et il sut ! Il sut que Dieu était là. La saveur lui donna le savoir. Il avait goûté à la présence de Dieu. Expérience éminemment personnelle et indubitable.

Ainsi en est-il de nous, en cette nuit. Nous n’avons pas vu Dieu, mais nous avons entendu son message. Nous n’avons pas touché le corps du Ressuscité, mais nous avons senti la bonne odeur de sa présence dans notre communion liturgique, fraternelle.

Mais par dessus tout, nous avons fait une expérience semblable à celle des saintes femmes. Une expérience infiniment personnelle, adaptée à chacun, comme le goût. A chacun selon ce qu’il est, selon ce qu’il a vécu cette année, à chacun selon ses besoins, à chacun selon ses souffrances et ses espérances. A chacun selon son amour et le degré de sa foi.

Cette expérience de la présence invisible mais réelle du Christ ressuscité s’est imprimée dans notre chair et nul ne nous la ravira. Et c’est cela qui rendra toujours le chrétien étranger à ce monde qui passe. C’est qu’il a au palais, au cœur, au corps, le goût du ciel, le goût de Dieu, le goût de la Vie !

Amen




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