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Votre vie, passionnante et éprouvante

29 JANVIER 2001

 

En ligne depuis le jeudi 8 décembre 2005.
 
 

Il aura suffi d’un mot, frères et sœurs, d’une phrase de Lui pour déclencher la catastrophe ! alors que tout le monde, dans la synagogue, était béat d’admiration devant sa lecture d’Isaïe, il a suffi que Jésus commence son sermon pour que l’auditoire révulsé cherche à le lyncher ! Ça me fait froid dans le dos, au début de mon propre sermon... Ce mot, le voici : « nul n’est prophète en son pays ». Depuis des siècles, on a réduit cette phrase de Jésus à un proverbe usé du style : « le cordonnier est toujours le plus mal chaussé » ! Mais Dieu merci, ce n’est pas cette morale à courte vue que le Saint Esprit nous enseigne aujourd’hui. C’est quelque chose de bien plus profond : il nous introduit au cœur de la Révélation, qui est ce fait incroyable : Dieu parle, - et l’homme ne veut pas comprendre ! Dieu parle, avant tout, en se choisissant des porte-voix, des prophètes. Il parle, finalement, par la bouche de son propre Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Qu’est-ce qu’un prophète ? De l’extérieur, c’est un homme comme un autre, de chez nous. On le connaît bien, tenez, par exemple, c’est le fils du charpentier ! Et Dieu a vraiment intérêt à le choisir très proche de nous, s’Il veut qu’on le comprenne et qu’il puisse remplir sa mission ! Mais en même temps le prophète, vu de l’extérieur, est vraiment un être singulier ! Avouez qu’il est bizarre, Jérémie : un jour il a acheté une cruche toute neuve chez le potier, pour la briser sous nos yeux en nous faisant des menaces incroyables (Jer 18) ! Et cet Élie dont Jésus vient de parler, qui est allé dévorer les dernières provisions d’une pauvre veuve (1 Ro 17, 11) ! Je ne vous parle pas d’Isaïe qui s’est promené nu comme un vers dans Jérusalem pendant trois ans dans les années 710 (Is 20, 2-3) ! Tout cela est très choquant ! Mais savez-vous ce qu’il y a de plus choquant encore ? C’est qu’il nous dit nos quatre vérités pour aujourd’hui ! Mais - bon sang ! - qu’il nous parle du futur ! Un prophète c’est fait pour ça, non ? Nostradamus, au moins, il ne nous embête pas, il nous fait rêver ! alors que Jean-Paul, par exemple, il nous parle du présent, lorsqu’il appelle égoïsme le rapport de nos pays riches avec les plus pauvres, meurtre, l’euthanasie, crime, l’avortement, ou récupération indigne la violence politique qui se drape dans des prétextes religieux ! « Qu’on le fasse taire ! », hurlent alors les scribes et les pharisiens d’aujourd’hui !

Mais assez parlé du prophète vu de l’extérieur. Vu de l’intérieur, ce n’est pas mieux : c’est un il-lu-mi-né ! Il se dit appelé sans avoir rien demandé : vous avez entendu comme moi Jérémie, tout à l’heure : avant même d’être formé dans le sein de ta mère, avant de venir au jour ! Mais comment veut-il qu’on le prenne au sérieux, avec des prétentions pareilles ? Pas étonnant qu’il finisse abandonné de tous, et même de Dieu, à en croire ce qu’il dit. Écoutez plutôt ce même Jérémie, au bout du rouleau : « tu m’as maîtrisé, tu as été le plus fort. [à cause de ta Parole] je suis prétexte continuel à la moquerie, la fable de tout le monde. » (Jer 20,8-9). Et Jésus qui se prétend aujourd’hui consacré par l’Esprit finira par dire « mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! » Isaïe finit scié par ses compatriotes, et Iéshoua` crucifié par ses admirateurs ! Tout ça pour ça... Mais trêve de mauvais esprit. Venons-en au fond de la question : pourquoi diable Dieu a-t-il besoin de tels hurluberlus pour nous parler ? Surtout pour finir par les plonger dans une telle angoisse ! A tout instant de son existence, le prophète avance appuyé sans aucun appui (saint Jean de la Croix, Glose “A lo Divino”) : Dieu lui donne tout juste la force de dire ce qu’il a à dire ; sa lampe, en ce qui le concerne, éclaire à peine l’endroit où il se trouve. Tous les prophètes sont faibles, et l’on est tenté de dire à Dieu ce qui lui dit un jour une mystique désolée : si c’est ainsi que vous traitez vos amis, ce n’est pas étonnant que vous en ayez si peu ! Mais c’est justement à ce moment-là que tout se joue, frères et sœurs : la faiblesse du prophète reflète l’inimaginable : Dieu aimerait que l’homme l’adopte. Il souhaite que nous l’aimions comme un ami (Jn 15, 15) Et cela suppose nécessairement qu’il ne s’impose pas de force : seuls les tyrans ou les paranoïaques veulent vous forcer à les aimer !
-  Voilà pourquoi il commence par nous séduire : comme il le fit avec Jérémie, « Tu m’as séduit, Adonaï, et je me suis laissé séduire » (Jer 20, 8) ; comme Jésus le fit par sa lecture pleine de grâce à la synagogue. Nous avons tous vécu de ces moments privilégiés, au début de notre propre vie spirituelle !... Mais vient un moment où Dieu ne peut plus nous dire qu’une chose : « Je suis Dieu, croyez moi » !
-  Nous voudrions qu’Il argumente, qu’Il prouve ce qu’Il dit, qu’Il le démontre, pour que nous puissions en juger et éventuellement y croire !
-  Mais non : s’Il est vraiment le Dieu qu’Il dit, un Dieu qui nous veut pour ami(e)s, il entrera dans la seule mesure où nous lui ouvrirons : il ne va pas multiplier des prodiges qui nous forceraient à le croire - et d’ailleurs, Jésus sait très bien, par expérience, que les miracles ne suffisent pas, si ceux qui les voient ne sont pas déjà de bonne volonté ! Et pour débloquer notre volonté, Dieu sait que c’est par notre intelligence qu’il faut passer : voilà pourquoi Il s’obstine à nous parler, à nous parler jusqu’à en mourir !

-  Jusqu’à en mourir parce depuis la chute originelle, que le langage humain n’est plus fait pour dire Dieu : il s’est développé pour dire des choses matérielles du monde coupé de Dieu. Si bien que si Dieu est Dieu, frères et sœurs, vient un jour où il est à bout de mots, et il ne peut plus nous dire que ce qu’il dit à Moïse dans le Buisson : « Je Suis Qui Je Suis » (Ex 3, 14), crois-moi ! Ce que Jésus le dit à ses coreligionnaires incrédules : « Avant qu’Abraham fût Je Suis » (Jn 8, 58).

-  Jusqu’à en mourir parce que parler, c’est entrer dans les conventions du langage, qui font partie de la conscience de la mort ; « aussitôt que Dieu parle » et se donne dans sa Parole, « il s’est condamné à mort » (N. Frye, Le grand code).
-  Mais, allez-vous me dire, Dieu n’est-il pas le Tout-Puissant ? N’a-t-il pas réalisé toutes ses prophéties pour nous en montrer la vérité ? Dans le Deutéronome (cf. Dt 18, 21-22), n’a-t-il pas dit que le critère de la vraie prophétie, c’est qu’elle se réalise ?
-  Oui, mais précisément, toutes les prophéties sont réalisées... en Jésus : Dieu a dit ses sept dernières paroles... sur la croix ! Frères et sœurs, ce qui se reflète dans la faiblesse des prophètes, qui culmine dans celle du Fils unique, c’est la divinité de Dieu ! « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Lc 16, 17) : si faible qu’elle puisse sembler, cette parole transcende l’espace et le temps depuis la Résurrection, jusqu’au jour où elle jugera les vivants et les morts ! « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin »... Frères et sœurs, les prophètes n’appartiennent pas à un passé révolu ! vous êtes tous, depuis votre baptême, prêtres, prophètes et rois ! Votre âme de chrétien(ne)s est « sans appui et pourtant appuyée, en Dieu seulement appuyée » (saint Jean de la Croix, op. cit.). Car la vie chrétienne est une vie essentiellement prophétique : c’est donc une passion, et une épreuve ! Frères et sœurs, qu’avons-nous fait du talent de prophétie ?




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