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La force de l’amour vulnérable

18 FÉVRIER 2001

 

En ligne depuis le jeudi 8 décembre 2005.
 
 

Dans sa prédication, Jésus n’a de cesse de décliner l’unique loi d’amour à tout ce qui constitue notre vie, de nous révéler tous les traits du visage de sa charité. Il nous explique le sens de ce « comme » je vous ai aimés (Jn 13,34) . Aujourd’hui il nous en dévoile trois aspects essentiels.

L’amour a un aspect intensif, d’une qualité sans mesure qu’est sa gratuité sans faille en Dieu. Par notre péché nous nous sommes placés en ennemis de Dieu, de nos frères, de nous mêmes : faisant mal à notre entourage, jusqu’à nous-mêmes. Dieu nous a créés aimables dans la gratuité de son amour : par notre péché nous avons perdu cette amabilité. Dieu nous pardonne, nous recrée, nous aime dans cette même gratuité de son amour. Il nous aime, non d’abord parce que nous serions aimables : nous n’existions pas, ou, existant, nous sommes devenus pécheurs . Mais c’est parce qu’il continue à nous aimer malgré notre péché, que nous pouvons redevenir aimable : c’est l’ « agapè », l’amour gratuit, créateur et re-créateur, qui ne s’appuie pas d’abord sur une attente en retour (Lc 6,34). C’est cet amour qui n’attend pas que l’autre soit aimable pour l’aimer : mais qui est premier, qui prend l’initiative en aimant celui qui n’est pas aimable afin qu’il puisse le redevenir, qui révèle à l’autre ce qu’il est en vérité dans le dessein de Dieu.

Aimer l’autre car il est aimable, cela est bien : mais les païens le font (Lc 6,32). La vocation chrétienne va plus loin, plus haut, plus profond sur le chemin de l’amour véritable. Jésus nous le dit : « Aimez vos ennemis » (Lc 6,27) Pour cela, Jésus nous invitera à prier pour celui qui est réellement notre ennemi, ou le plus souvent que l’on considère comme tel (Mt 5,44), afin de changer son cœur et le mien, pour préparer la rencontre et la communion à retrouver : c’est-à-dire prendre comme médiateur, Dieu, qui en son Fils nous fait frère de mon ennemi, sauvé comme moi, par Lui. Tu es aimé de Dieu gratuitement, aime comme Lui, gratuitement (Mt 10,8). Seul l’amour gratuit est vraiment sauveur. Aimer ainsi, comme Dieu, dépasse nos propres forces : c’est une grâce à demander pour l’accueillir. Pierre en fera l’expérience en sa consolation (Jn 21,15-18).

Alors l’amour a un aspect extensif, sans limite, découlant de son intensité infinie que nous venons d’évoquer. Jésus nous invite à aimer nos ennemis, c’est-à-dire aussi, à n’exclure personne de notre champ d’amour, comme lui-même ne rejette personne du sein de sa charité infinie pour chacun. Il aime les pécheurs, les appelle à la vie : Matthieu (Mt 9,9), Marie-Madeleine (Lc 7,48), Zachée (Lc 19,5), la femme adultère (Jn 8,11), le jeune homme riche (Mc 10,21), le Bon Larron (Lc 23,43) ; au dernier soir, il lavera les pieds (Jn 13,1-17) de Pierre qui le reniera, de Judas qui le trahira. Il aime chacun de nous : la brebis perdue (Lc 15,4-7). Il ne compte pas pour savoir s’il en manque une : il connaît , aime chacune par son nom (Jn 10,3), et éprouve l’absence de celle qui manque. Cette intensité et cette extension sans mesure de l’amour ne se révèlent pas dans la toute puissance de ce monde. Le 4 juin 1989, un étudiant chinois a exposé la vérité de son visage, la fragilité de son être appelé à l’amour, à la puissance déferlante des chars d’acier venant écraser dans le sang la révolte de l’esprit, place Tien-An-Men, à Pékin. L’étudiant a livré le dépouillement de son visage à celui du conducteur du premier char. Il y a peut-être eu un dialogue. Il y a surtout eu un face à face où l’irréductibilité de la Vérité de ce qu’est l’homme créé à l’image de Dieu a été manifestée à ce soldat dans le dénuement de ce qui est faiblesse aux yeux du monde. La file des chars s’est arrêtée, et après quelques instants, a contourné l’étudiant immobile. Cela restera l’une des images les plus saisissantes du siècle passé.

L’amour manifeste sa force au lieu même de sa vulnérabilité, déploie sa puissance dans la faiblesse (2 Co 12,9). Jésus nous parlera une fois de son cœur exposé à la lance du soldat, de la force intérieure de l’amour vulnérable : « je suis doux et humble de cœur »(Mt 11,29), deux qualités de l’amour promis à la béatitude (Mt 5,3-4), où il ne dit pas « heureux les mous » mais « heureux les doux », où il ne dit pas « heureux les misérables » mais « heureux les pauvres ». Le Seigneur ne fait jamais l’éloge de la vulnérabilité, de la faiblesse, de la fragilité pour elles-mêmes, mais de la douce et forte charité qui se donne à des êtres fragiles, qui se déploie à travers nos faiblesses, qui, de sa blessure, se répand en nos cœurs aussi vulnérables qu’un vase d’argile (2 Co 4,7). L’amour est désarmant : il est désarmé : il n’a que les armes d’un enfant sans défense qui conquiert tout son entourage, de la vérité nue d’un visage (Lc 6,29), du visage visible du Dieu invisible (Col 1,15), bafoué en sa Passion d’amour (Lc 22,63-65). L’amour s’expose, il s’ouvre à l’autre, pour se donner et pour recevoir, pour se laisser atteindre : amour de l’époux et de l’épouse. Il nous appelle à nous exposer à Celui qui est la source de l’amour, comme le fruit qui doit, pour mûrir, être dans la lumière du soleil. C’est aussi pour cela que la prière est le lieu par excellence de l’apprentissage de l’amour, du mûrissement de la grâce en nous. L’amour est dépouillé de ce qu’il a, est pauvre, pour pouvoir se livrer lui-même, car il lui est en propre, pas tant de donner, que de se donner. A la suite de son Fils, la Vierge Marie, la Mère, nous apprend que la victoire de l’amour ne se remporte pas l’épée à la main comme Pierre voulait le faire à Gethsémani (Jn 18,10), mais l’épée dans le cœur (Lc 2,34). (Gertrud von Le Fort)

Dieu s’est exposé aux ténèbres du péché des hommes, afin que l’homme puisse s’exposer à la lumière de son amour : afin de nous apprendre à aimer comme il nous aime. Compter, exclure, en aimant, ce n’est plus aimer : l’amour demande d’aimer en aimant. L’amour ne fait pas bien deux choses à la fois. Il nécessite une mémoire, une intelligence, une volonté, mais sans calcul, qui aiment. Quand il se donne pleinement, à l’heure de sa passion, il se tait : « il n’ouvrait pas la bouche » (Is 53,7) exposant son visage « qui n’avait plus figure humaine » (Is 52,14) aux outrages des pécheurs. Chez les hommes « l’amour » est un mot qui a fait couler beaucoup d’encre, en Dieu, il est le Verbe qui a versé son sang pour nous dans le silence du don-par-fait : le par-don. Le Verbe s’est dépouillé des mots mêmes de la parole afin de nous révéler le visage de son Amour. Le Verbe nous a aimés par delà toute parole : il nous appelle à aimer plus que nos mots. Modifié le 11 mai 2001




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 La force de l’amour vulnérable



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