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La nourriture cachée du Pain vivant

18 MARS 2001

 

En ligne depuis le jeudi 8 décembre 2005.
 
 

Au pain et à l’eau ! Je répète : au pain et à l’eau. Mais, rassurez-vous, ce n’est pas là consigne diététique pour Carême de choc, mais simple invitation à être attentifs, dans cet évangile de la Samaritaine, non seulement au thème de l’eau mais aussi à celui du pain, de la nourriture. Il y a dans cette histoire à boire et à manger. D’un côté, une femme de Samarie vient puiser de l’eau. De l’autre, les disciples vont à la ville acheter de quoi manger. Puis, même malentendu de part et d’autre. Jésus et ses interlocuteurs ne parlent ni de la même eau ni du même pain. Ce n’est pas d’une eau ordinaire que Jésus, en dernière analyse, a soif. C’est du salut de cette femme, de son bonheur, de son retour à Dieu. Il a soif de l’abreuver, de la combler du don de son Esprit. De même, ce n’est pas d’un pain ordinaire que Jésus, en dernière analyse, se nourrit. « Rabbi, mange », insistent les disciples. Le Tentateur serait-il de retour ? Mais Jésus ne mange pas de ce pain là. « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8, 3). Or, par cette équivoque, tout à fait intentionnelle, Jésus veut amener ses disciples, ses amis - et nous en sommes ! - à entrevoir quelque chose du grand secret de sa vie intérieure. Il nous révèle une nourriture que nous ne connaissions pas. Une nourriture qui vient d’en-haut. Semblable à cette manne dont Moïse disait au peuple hébreu « que ni toi ni tes pères ne l’aviez connu » (Dt 8, 3). Cette nourriture - vous l’avez entendu -, c’est « de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé ». « Car, dira-t-il bientôt, je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 6, 38). Voilà sa raison d’être, voilà ce qui l’occupe, ce qui le préoccupe. Jésus épouse, fait sienne, d’une adhésion d’amour sans faille, la volonté du Père, son projet d’amour sur nous. Il s’en imprègne, il se l’assimile, il s’en nourrit.

Or, quelle est cette volonté du Père ? « Dieu, dit saint Paul, veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent - dans le Christ, par la foi au Christ - à la connaissance de la vérité » (1 Ti 2, 4). Oui, « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi le seul vrai Dieu » (Jn 17, 3).

C’est pourquoi Jésus, par amour pour le Père et par amour pour nous - c’est tout un - n’a de cesse de nous communiquer cette vie éternelle, de nous faire partager cette communion avec le Père qui est toute sa vie et toute sa joie. À tous ceux qui lui sont unis par la foi, il donne non plus de vivoter, ni de survivre, mais de vivre enfin, d’avoir part à la plénitude d’une Vie dense, intense, débordante, qui comble les désirs vrais de l’homme. Aussi son désir à lui est de mener à bien l’Oeuvre pour laquelle il est venu, l’Oeuvre par laquelle il nous rendra la Vie, le chef d’Oeuvre de notre Rédemption par la Croix. « Ma nourriture, dit-il, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé », c’est-à-dire « d’accomplir l’Oeuvre » que le Père m’a confiée. Le Fils est donc sorti pour semer à profusion cette vie nouvelle... mais il sème dans les larmes, car c’est à la sueur de son front que l’homme tire du sol sa nourriture (Gn 3, 19). Pas de moisson sans, auparavant, un dur labeur, une si grande peine. Sans cette immense fatigue qui accable Jésus à la sixième heure, l’heure de midi, l’heure de la Croix. Car Jésus fait de sa propre personne « le grain de blé tombé en terre » (Jn 12, 24).

Voilà pourquoi, nous voyons Jésus tout tendu vers sa Passion, vers ce qu’il appelle son Heure (Jn 2, 4 ; 12, 23...). « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous » (Lc 22, 15), accomplir ce passage pour vous. Il sait qu’à cette Oeuvre du plus grand amour sont suspendus et le salut du monde et la gloire du Père. « Je dois être baptisé d’un baptême - plongé dans les eaux de la mort - et comme je voudrais qu’il soit accompli » (Lc 12, 50). « J’ai soif » (Jn 19, 28), crie Jésus en croix, soif de votre salut, soif de répandre sur vous mon Esprit. Puis il ajoute « Tout est accompli » (Jn 19, 30). « Père, je t’ai glorifié sur terre en accomplissant l’oeuvre que tu m’as donnée à faire » (Jn 17, 4). J’ai livré ma vie, j’ai rendu la vie à ceux que tu m’as donnés. Enfin, Jésus est rassasié. Sur la Croix, il mange et boit, il apaise sa faim et sa soif de se donner, puis il s’endort dans la paix.

Désormais, par son Sang, par la grâce que nous a méritée l’Oeuvre du Christ, les champs sont mûrs pour la moisson, les hommes reviennent à Dieu. « Élevé de terre, Jésus attire tout à Lui » (Jn 12, 32), « il rassemble dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 52). Et ces schismatiques de Samaritains, eux qui s’épuisaient à « creuser des citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau » (Jr 2, 13), les voilà qui, prémices des nations, viennent vers Jésus, « puiser dans l’allégresse aux sources du salut » (Is 12, 3).

Oui, « lève les yeux, Jérusalem, et regarde : tous sont rassemblés, ils viennent à toi. Tes fils viennent de loin et tes filles sont portées sur la hanche » (Is 60, 4). Jésus a semé dans les larmes et l’Église moissonne en chantant (Ps 126, 5). Elle « se réjouit comme on se réjouit à la moisson, comme on exulte au partage du butin » (Is 9, 2). Elle qui n’a pas peiné, elle qui n’a pas « porté le poids du jour et de sa chaleur » (Mt 20, 12), elle moissonne où d’autres - les prophètes, Jean-Baptiste et surtout Jésus lui-même - se sont fatigués.

Pourtant, frères et soeurs, si l’Église est bien cette communauté des moissonneurs, elle est aussi, dans le Christ, une communauté de semeurs. Car le vrai disciple ne peut pas ne pas avoir faim de la faim même de Jésus, soif de sa soif. Notre pain quotidien, à nous aussi, c’est de faire la volonté de Celui qui nous envoie. C’est d’entrer dans ses projets à lui, de vouloir ce que Dieu veut et comme il le veut. C’est de nous dépenser sans attendre d’autre récompense que celle de savoir que nous faisons sa sainte volonté.

Communier ainsi au quotidien à la volonté de Dieu, voilà « le pain des forts » (Ps 78, 25), la nourriture substantielle. Elle ne trompe pas la faim, elle l’apaise. Mais, pour nous qui sommes faibles, la Sagesse a préparé un pain plus adapté (Pr 9, 5) : l’eucharistie. En recevant Jésus, « le Pain vivant descendu du Ciel » (Jn 6, 51), réellement présent et agissant sous les espèces du pain et du vin, nous sommes façonnés par lui à son image et nous apprenons peu à peu à goûter, à savourer la nourriture cachée dont lui-même se rassasie : « Faire la volonté de Celui qui l’a envoyé ».




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 La nourriture cachée du Pain vivant



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