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La nuit transfigurée

SAMEDI 14 AVRIL 2001

 

En ligne depuis le vendredi 16 décembre 2005.
 
 

Nombre d’entre vous, sans doute, ont été surpris, heureusement ou désagréablement, d’une aussi copieuse aspersion d’eau baptismale. D’autres auront regretté de n’en avoir pas assez reçu, - et ils ont raison. Certains auront également remarqué le lien direct qui unit cette aspersion à la confession de foi par laquelle, quelques minutes auparavant, nous avons renouvelé les promesses de notre baptême, nos cierges allumés à la main. Les plus avertis, enfin, auront été attentifs au fait que cette aspersion et cette confession, comme toute notre vigile, se déroulent en pleine nuit. L’eau, la nuit et la lumière : les trois signes les plus caractéristiques de cette sainte nuit de Pâques, avant qu’ils ne culminent dans la liturgie eucharistique ; les trois signes par excellence qui nous introduisent dans le mystère de la foi.

Car l’eau dont nous avons été aspergés, avant d’être purificatrice, signifie d’abord notre ensevelissement nocturne avec le Christ dans les eaux du baptême, notre descente avec lui dans les eaux de la mort du vieil homme. Cette immersion, c’est par la foi que nous la réalisons. Plus encore, notre foi au Christ est elle-même cet ensevelissement avec lui dans la nuit de sa mort vivifiante. Par la foi, en croyant en lui, nous acceptons de nous laisser engloutir en sa mort ; nous renonçons à vivre par nous-mêmes, à voir et savoir par nous-mêmes, à nous sauver ou nous débrouiller par nous-mêmes. Nous nous abandonnons à son mystère pascal. Et nos cierges dressés au cœur de la nuit deviennent le signe de cette lumière que nous recevons de lui, et de lui seul, lumière qui seule peut déchirer la nuit de notre vieille humanité, blessée et promise à la mort.

Avez-vous remarqué, dans le récit de l’Évangile selon S. Luc, ce climat très gris, très morose, très peu joyeux, qui entoure l’événement de la résurrection, au matin de Pâques ? Jésus est vraiment ressuscité, dans la nuit. Mais les saintes femmes, au matin, ne virent que la pierre roulée devant le tombeau. Elles ne savaient que penser. Les anges leur apparaissent : les voici saisies d’effroi. Ce qu’elles apprennent, elles courent le dire aux Apôtres, mais ces propos leur semblèrent pur radotage, et ils ne les crurent pas. Pierre courut alors au tombeau, mais il ne vit que des bandelettes. Et il s’en retourna chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. Il faisait jour, grand jour, mais les disciples ne voyaient rien, ne comprenaient rien. Ils ne croyaient pas encore. Ils n’avaient pas encore accepté de se laisser immerger dans les eaux profondes de la foi, d’entrer dans la sainte et lumineuse nuit de la foi.

Et bien, frères et sœurs, qui d’entre nous a vu plus qu’eux ? Nous n’avons même pas vu la pierre roulée, ni les bandelettes. Nous n’avons rien vu du tout. Et aucun historien ne pourra jamais nous donner la preuve que le Fils éternel de Dieu est bien mort et ressuscité pour que nous ressuscitions avec lui. Non, nous n’avons ni vu ni compris la résurrection. Seule l’obscurité de cette sainte nuit en a été témoin, comme nous l’a chanté le diacre dans la grande exultation : O nuit qui seule a pu connaître le temps et l’heure où le Christ est sorti vivant du séjour des morts. Mais, par la grâce de Dieu et pour notre joie, nous croyons. Que serait, en effet, la résurrection de Jésus sans la foi, sans notre foi ? Le plus réel, certes, le plus vrai de tous les événements de l’histoire humaine, mais aussi le plus obscur, le plus caché, le plus inaccessible. Celui que nul œil humain n’a jamais vu ni ne verra jamais.

C’est donc pour entrer nous-même en plénitude dans la résurrection du Christ que nous nous sommes laissés plonger dans la nuit et avons accueilli la lumière de la foi du Christ, lumen Christi.

Certes, nous avons d’abord contemplé le feu pascal, image de la résurrection du Christ qui vient déchirer la grande nuit cosmique. Mais lorsque nous sommes entrés dans l’église, dans l’assemblée des hommes, l’obscurité était redevenue totale. Le Christ était bien ressuscité. Mais nous n’en voyions rien, nous n’en savions rien ; nous restions dans les ténèbres. Et c’est alors qu’a retenti l’appel de la foi, le cri de la foi : Lumière du Christ. Malgré l’obscurité, nous avons reconnu l’invisible, nous y avons cru et, en un irrépressible frémissement de joie qui a parcouru toute notre assemblée, nous avons exulté : Le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité. Parce que nous avons cru, parce que nous avons exulté, parce que nous l’avons reconnu et confessé, le Christ est devenu présent pour nous. Et c’est bien notre foi qui a peu à peu illuminé l’Église, qui l’a embrasée. Oui, le Christ est vraiment ressuscité ; il est là présent au milieu de nous. Mais tant que durera ce monde, c’est sous la forme du cierge pascal qu’il est là, du cierge auquel s’allument toutes nos lampes, du cierge qui soutient et entretient notre foi. Pourquoi donc le cœur de notre vie chrétienne se célèbre-t-il au cœur de la nuit, dans un océan de lumière qui n’est autre que le feu de la foi, le feu de l’Église, le feu de l’assemblée des fidèles confessant le Christ par toute la terre ? Parce que jusqu’à la fin du monde, c’est dans la foi que le Christ vit en nous et que nous vivons en lui. Parce que jusqu’à la fin du monde, la vie de l’humanité nouvelle ne sera pas autre chose qu’une immense veille dans la foi, une immense vigile dans l’attente de son retour. Et pourquoi, en cette nuit, nos chants et notre joie vont résonner sans fin ? Pourquoi ce cierge pascal va-t-il brûler sans déclin en cette nuit ? Afin qu’il brûle encore quand se lèvera l’astre du matin, celui qui ne connaît pas de couchant : le Christ ressuscité revenu des enfers.

Tant que nous sommes sur cette terre, nous ne voyons pas le Christ, nous ne voyons pas vraiment la vie nouvelle qu’il a déposée en nous. Mais nous veillons dans la foi, dans la foi de l’Église qui ne s’éteindra jamais plus jusqu’au retour du Christ, jusqu’à ce que notre humanité soit pleinement manifestée dans la gloire éternelle de Dieu.

Mais si la foi, en son abandon nocturne, est notre manière de nous unir à la mort du Christ, cette même foi nous assure que nous sommes déjà ressuscités avec le Christ. L’apôtre Paul vient de nous le proclamer : Nous avons été ensevelis avec le Christ par le baptême dans sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle (Rm 6, 4). Voilà sans doute l’un des éléments de notre foi le plus difficile à admettre ; non pas à accepter intellectuellement, mais à accueillir en plénitude. C’est pourtant là le motif premier de notre joie, de notre adhésion à lui. Si nous croyons que le Christ est ressuscité des morts, c’est parce que nous l’avons lui-même entendu nous dire, dans son Évangile, qu’il est notre résurrection, notre vie, que quiconque meurt en lui revivra et revit déjà en lui, que la vie éternelle est déjà commencée en nous.

En cette sainte nuit, il nous est bon de revenir chacun aux sources de notre foi, aux sources de notre adhésion au Christ. Pourquoi avons-nous foi en lui ? Pourquoi croyons-nous ceux qui nous ont annoncé sa résurrection ? Pourquoi acceptons-nous de tout perdre pour lui ? Pourquoi, sinon parce que le désir de la vie éternelle, le désir de la plénitude de la vie nous propulse dans ses bras étendus en croix, bras dans lesquels nous reconnaissons mystérieusement la plénitude de l’amour de Dieu offert pour notre salut, pour notre propre vie.

Et par une merveille qui gît au cœur même du mystère de la foi, le premier signe de cette vie nouvelle que le Christ ressuscité répand en nous par son esprit, c’est précisément notre foi. Si nous pouvons croire, si nous pouvons reconnaître la parole de vérité du Christ ressuscité, si nous pouvons laisser se rejoindre en nous l’Évangile entendu et le désir de la vie plénière qui nous habite, c’est parce que la grâce de la vie nouvelle nous éclaire intérieurement, en brûlant notre cœur, comme d’abord celui des disciples d’Emmaüs. Ensevelis avec le Christ lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts. Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconsise, il vous a fait revivre avec lui (Col. 2, 12). C’est par la foi que le Christ nous fait revivre, et la foi est le premier don de cette vie nouvelle. Tels nos petits cierges de cette nuit, allumés au grand cierge du Christ reconnu dans la foi, la lumière de notre foi provient d’abord et avant tout de la grâce du Christ ressuscité. C’est lui qui, secrètement, nous a conduit à le reconnaître intérieurement et à la confesser avec jubilation comme notre vie, notre salut, notre joie. Cette lumière de notre foi, tant que dure ce monde, reste nocturne : Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ sera manifesté, lui qui est votre vie, alors vous aussi vous serez manifestés avec lui pleins de gloire (Col 3, 1-2). Cette vie cachée en Dieu, cette vie nocturne qui devient lumière au coeur de notre nuit, c’est, ici-bas, la vie de la foi, la vie dans la foi. Mais si elle ne dissipe pas toute la nuit, cette lumière de la foi la transperce d’un immense et irrépressible rayon d’espérance. Et ce rayon, destiné à briller aux yeux des hommes, c’est notre joie.

Plus notre joie sera grande, forte, solide, plus la lumière de la foi se révélera aux yeux aveuglés de ceux qui ne croient pas. Tel doit être le défi majeur de notre Église, au seuil du nouveau millénaire : pour que les hommes puissent trouver ou retrouver le chemin de la vraie vie, de la vie dans le Christ, il faut certes que l’Évangile soit annoncé explicitement, au coeur de la nuit de ce monde, mais il faut aussi qu’il soit montré, manifesté, comme transfiguré de l’intérieur par la joie de ceux qui en vivent déjà. Aussi, la même joie que nous avons mis à répondre à la proclamation du diacre (Lumière du Christ) et qui s’est répandue dans toute l’Église par nos chants et nos cierges (Le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité), doit-elle désormais se répandre comme un feu dans tout l’univers. Si nos contemporains ne voient pas cette joie, de leurs yeux, ils auront beau entendre l’Évangile, ils n’y croiront pas.

N’ayons donc pas peur d’entrer plus entièrement dans le mystère nocturne de notre foi, de nous laisser renouveler, recréer par lui, de nous laisser conduire plus profondément dans la joie qui en est le cœur brûlant. Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi (1 Cor 15, 17). Mais puisqu’il est vraiment ressuscité, pleine et débordante soit notre joie, dès maintenant et pour les siècle sans fin !




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