Accueil
Présentation Avent Noël Ordinaire Carême Pâques Sanctoral Divers        


Accueil >> Ordinaire >> Semaine 26 >>   Avant qu’il ne soit trop tard

TOP 5 :

textes  les plus lus :
 
par fr. HF Rovarino o.p.
La Mère de Dieu a quelque chose à nous dire
8484 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Au désert, je parlerai à ton cœur
7573 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Dieu nous fait le cadeau de sa présence
7465 visites

par fr. ST Bonino o.p.
Notre attente : la vie éternelle
6761 visites

par fr. BM Simon o.p.
Le jeune homme riche
6385 visites

Avant qu’il ne soit trop tard

30 septembre 2001

 

En ligne depuis le vendredi 16 décembre 2005.
 
 

Trop tard ! Quand c’est trop tard, c’est trop tard ! Tel est l’enseignement de la parabole du riche et du pauvre Lazare (Lc 16,19-30). Il y a entre eux une distance telle que le riche ne voit pas la condition du pauvre qui gît à sa porte de sa maison où il mène une vie prospère. Quand il prend conscience de cette distance, c’est trop tard. Abraham lui dit : « Entre nous et vous, il y a un abîme, une distance infranchissable » (v. 26). Oui, c’est trop tard ! Nous le savons bien, il est des situations irréversibles. Ainsi dans la vie de couple : une parole de trop, une attitude de mépris, un acte de violence ou un mensonge et la relation se brise. Après c’est trop tard ; quoi que l’on fasse, on va vers la séparation. Dans la vie de famille, il est des colères, des injustices ou des silences tels qu’une plaie est ouverte que rien ne peut cicatriser. Dans la communauté chrétienne, il est des calomnies, des dénonciations ou des ruptures telles que c’est trop tard pour que l’on puisse naître à la confiance. La distance ne cesse de se creuser et c’est une rupture définitive - un schisme !

Il en va de même dans la société. Permettez-moi d’évoquer un souvenir. Quand j’étais jeune frère ici je m’occupais des jeunes, de ce qui n’était pas encore la paroisse. Pour me former, j’allais à des réunions avec des éducateurs. C’était l’époque où l’on construisait des grandes cités qui ceinturent nos villes.

J’entendais les gens d’expérience en la matière dire que ces cités seraient criminogènes, puisque leur structure et leur architecture seraient un facteur aggravant des difficultés sociales. Les responsables politiques répondaient que la présence de force de police suffirait à conjurer toute délinquance. Or dans nombre de ces cités, la délinquance n’a cessé de croître ; on en parle quand il y a des meurtres ou des émeutes. Quoi qu’on fasse, c’est trop tard pour une génération perdue. Plus encore, ces quartiers ont été construits auprès de sites industriels que l’on savait dangereux et quand ça explose, c’est trop tard.

Au plan du monde, il en va de même. Lorsque la population du monde a atteint les cinq milliards d’êtres humains, on a proposé cette comparaison pour dire l’inégale répartition des biens. Comparaison n’est pas raison, mais l’image dit quelque chose : l’humanité est comme cinq enfants autour d’une même table ; on leur apporte un gâteau ; on le divise en cinq parts égales, mais l’on donne quatre de ces parts à un seul. C’est sur ce terreau que naît le ressentiment et la haine. Quand la folie de la mort frappe au cœur du système économique mondial, on réalise que c’est trop tard, puisque la guerre est là !

La parabole qui oppose le riche au pauvre Lazare est sans doute la page la plus désespérée de l’Évangile. En effet, quand le riche demande à Abraham que Lazare aille dans la maison de son père pour avertir ses frères inconscients et insouciants, Abraham répond : « Même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne l’écouteront pas » (v. 30). Or, nous le savons, quelqu’un est ressuscité d’entre les morts - c’est le plus élémentaire de la foi chrétienne. La face du monde a-t-elle vraiment changé ? Qui oserait dire oui sans réserve ? Abraham n’en reste pas à ce triste constat ; il rappelle aux riches qu’ils ont la Loi et les prophètes (v. 29). La parabole nous invite donc à mettre en pratique la Loi et les prophètes. Cet enseignement ne saurait être une lecture littérale de la Bible ; il demande à être adapté et actualisé. L’Église le fait dans ce qu’il est convenu d’appeler « la doctrine sociale de l’Église ». Elle est exposée dans les grandes encycliques comme celle de Paul VI sur le développement des peuples (Populorum progressio) ou de Jean-Paul II sur l’importance de la justice sociale (Sollicitatio rei socialis) et dans bien d’autres textes du Magistère. Je n’entrerai pas ici dans l’exposé de cette doctrine - ce n’est ni le moment, ni dans ma compétence. Mais pour nous ici qui avons le souci de briser avec cette distance, je préfère aller au fondement de ce que demande Abraham : écouter Moïse et les prophètes. Ceux-ci ne se contentent pas de donner un enseignement de morale sociale, ils nous disent qui est Dieu.

Moïse a rencontré Dieu qui lui a donné son nom propre et lui a dit : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. J’ai vu la misère de mon peuple. J’ai entendu le cri qu’il pousse dans l’oppression qu’il subit et je t’envoie pour le libérer » (Ex 3, 7). Le Dieu de Moïse est un Dieu qui prend le parti des victimes. Dans le cantique du Magnificat, avec Marie, ne chantons-nous pas : « Il disperse les superbes, élève les humbles et renvoie les riches les mains vides » ?

Notre Dieu n’est pas un Dieu indifférent ni absent. Il a du cœur ; Il aime ses enfants. Or le propre d’un cœur qui aime, c’est de ressentir la détresse et de partager la peine de ceux que l’on aime quand ils sont dans le malheur. Moïse et les prophètes ne cessent de dire que, comme une mère aimante, Dieu a des entrailles qui se déchirent devant la misère de ses enfants.

Notre Dieu est bien différent de ce que disent les déistes, les philosophes et les savants (pour reprendre une formule bien connue de Pascal) qui se plaisent à dire que Dieu est l’immuable, le tout-puissant, l’indifférent, siégeant là-haut dans les hauteurs avec les puissances célestes. Non ! Moïse et les prophètes nous disent qu’il est là où l’on souffre. Il est le très aimant ; il est le très souffrant. Il est Jésus-Christ. Écouter Moïse et les prophètes, c’est regarder un Dieu en croix : Dieu en sa chair crucifiée, Dieu en communion avec la douleur du monde. Un Dieu qui est allée, comme le dit le Symbole des apôtres, dans les Enfers pour chercher ceux qui étaient perdus.

Le Dieu de Moïse et des prophètes, le Dieu qui est Jésus-Christ n’est pas le Dieu des ayatollah ou des inquisiteurs ; il n’est pas le Dieu qui spécule sur les passions humaines ou qui ruse avec nos illusions. Il est le Dieu qui accueille Lazare et lui rend justice. Le Dieu de Moïse et des prophètes, le Dieu de Jésus-Christ, n’est pas celui de la guerre sainte, du djihad ou des croisades, mais celui qui prend la condition du serviteur. Avant de mourir, Jésus a donné comme seul héritage un commandement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34).




2711 affichages
 

 Avant qu’il ne soit trop tard



Untitled Document