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Notre Dame de la Victoire

7 octobre 2001

 

En ligne depuis le vendredi 16 décembre 2005.
 
 

Dans la vie de l’Église, les rapprochements historiques peuvent être dangereux ; ils sont toujours féconds lorsque c’est la liturgie de l’Église qui les porte. Le 7 octobre 1571, les galères chrétiennes défaisaient la flotte turque, à Lépante. Pour la première fois, l’avancée ottomane vers l’Occident était arrêtée. Le Pape Pie V avait placé cette croisade sous le patronage de Notre Dame du Rosaire, et c’est à Elle que fut aussitôt imputée cette victoire inattendue : « Ce n’est pas notre puissance et nos armes, mais Notre Dame du Rosaire qui nous a valu la victoire ». D’où son nom de Notre Dame de la Victoire. Deux ans plus tard, le 7 octobre 1573, Grégoire XIII instituait la fête liturgique de Notre Dame du Rosaire, afin de stimuler dans toute l’Église le culte du Rosaire.

430 années plus tard, en octobre 2001, Jean-Paul II invite de nouveau les chrétiens, de façon particulièrement pressante à prier le Rosaire durant le mois d’octobre. Alors que se déchaîne la violence la plus diabolique et que montent les rumeurs de guerre, il nous invite tous à une supplication instante en faveur de la Paix, par l’intercession de Notre Dame du Rosaire, Notre Dame de la Paix.

Notre Dame de la Victoire, Notre Dame de la Paix : ne nous y trompons pas ; derrière la diversité des contextes historiques, c’est un seul et même but vers lequel tend la prière chrétienne, la Victoire de la Paix. Lorsque la guerre, la haine, la violence menacent de tout emporter, les chrétiens, à l’école de l’Évangile, pressentent que le salut ne peut pas venir de la force des armes. Certes, il est légitime de se défendre, de tout faire pour mettre hors d’état de nuire envahisseurs et terroristes ; c’est même un devoir. Mais le risque est grand, alors, d’ouvrir le cycle infernal de la vengeance ; de mettre notre confiance dans nos chars et nos chevaux, dans nos avions et nos missiles, alors que de telles armes humaines sont incapables de produire une victoire qui soit une vraie paix, n’engendrant que plus de frustrations chez les vaincus. Si les chrétiens se tournent vers Marie, c’est qu’ils savent, dans la foi, qu’un tel combat et une telle victoire ne peuvent être que spirituels. Ce vrai combat n’est pas entre des bons et des méchants, entre des pays, des cultures , des religions dont les unes seraient bons et les autres mauvais. Le combat véritable se déroule dans les cœurs, au plus intime de chaque homme. Aujourd’hui, plus encore qu’au XVIe siècle, nous percevons combien les enjeux politiques sont complexes, imbriqués, mêlés de bien et de mal, et que les meilleures causes sont souvent gâtées par les égoïsmes les plus douteux et cyniques. Ainsi du mythe si dangereux d’une supériorité de l’Occident menacé par la sauvagerie des autres parties du monde restées primitives. La violence, la haine et la guerre trouvent leur origine dans le cœur de chaque homme lorsque le Christ n’y est pas présent pour mener lui-même le combat de l’amour et de la paix. Il n’y a de paix véritable que dans le Christ et par Lui, Lui qui a offert sa vie, une fois pour toute, afin d’extirper du cœur de l’homme les forces du péché et de la mort. C’est une illusion vaine et idolâtre, pour l’homme, de se croire capable de remporter par lui-même, par sa force, son intelligence et sa pugnacité, le combat de la paix. Seule la grâce du Christ, en qui tous les hommes sont réconciliés avec Dieu et entre eux, peut remporter la victoire de la paix. Cette paix ne se trouve nulle part ailleurs que dans le Règne du Christ, Prince de la paix qui doit régner sur les cœurs comme sur les nations.

Voilà pourquoi il est si urgent pour nous, chrétiens qui connaissons l’Évangile de la Paix et en sommes les serviteurs pour toute l’humanité, de déployer avec ardeur cette arme privilégiée de la Paix qu’est, dans la tradition de l’Église, la prière mariale du Rosaire. Permettez-moi d’en souligner trois aspects principaux. Le Rosaire, par sa nature répétitive et litanique, est d’abord une prière de pauvreté, la prière des pauvres. Point n’est besoin d’être très avancé sur les chemins de la mystique, de la théologie ou de charismes particuliers pour la pratiquer. Des mots simples et faciles, inlassablement répétés car reçus de la Parole de Dieu elle-même : voilà son secret de pauvreté. Tout comme la victoire de la paix ne dépend pas de nos avions et de nos missiles sophistiqués, mais de la grâce du Christ agissant dans les cœurs, de même, l’efficacité de cette prière pour la paix n’est pas suspendue à des techniques ésotériques ou initiatiques réservées à quelqu’uns, mais à l’humilité aussi démunie que confiante d’un cœur qui s’abandonne à la seule force de Dieu. Voilà la supplication des enfants de Dieu, incapables de gagner la paix par eux-mêmes, mais certains que Dieu entend la prière de ceux qui crient vers lui du fond de leur détresse : Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous pécheurs.

Le Rosaire, par la succession des trois mystères, joyeux, douloureux et glorieux, est aussi, et plus encore, une prière contemplative, une prière qui nous plonge dans les mystères de la vie de Jésus ; une prière qui, en retour, nous configure à eux, nous transforme peu à peu à l’image de Jésus. Les mystères joyeux, remplis de la joyeuse proximité de Dieu qui se fait homme, façonnent en nous le même esprit de proximité, de rencontre, d’amitié. Tout comme Jésus n’a pas retenu jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais s’est abaissé à prendre notre chair, à devenir l’un de nous par amour pour nous, ainsi apprenons-nous à entrer à notre tour dans ce mouvement d’attention aux autres, si loin et différents qu’ils soient de nous, par delà toutes les frontières, les différences et les divisions. Pas de paix sans ce rapprochement concret des cœurs à la suite de Jésus et en Lui. Les mystères douloureux, saturés de l’offrande infinie que Jésus, l’Agneau sans tâche, a faite de lui-même sur la croix pour les pécheurs que nous sommes, nous apprennent à entrer à notre tour dans le mystère du don de soi sans limite. La vie chrétienne n’est rien, ou coquille vide, si elle n’est pas portée par l’appel à nous offrir sans cesse davantage en sacrifice d’agréable odeur, en sacrifice d’amour. Face à la logique revendicatrice du vieil homme qui veut se saisir des autres pour lui-même, pas de paix sans ce don de moi-même, sans ce sacrifice de ce que je suis pour que grandisse l’homme nouveau dans le Christ et à sa suite. Les mystères glorieux, rayonnants de la vie nouvelle de Jésus ressuscité et glorifié, dilatent peu à peu, sur nos propres visages et en toute notre vie, le mystère de cette vie nouvelle dont nous sommes déjà les héritiers et les témoins. Alors que la mort semble gagner du terrain dans le monde, l’annonce de la résurrection du Christ et de la nôtre, en lui, dès maintenant, manifeste concrètement, à travers nous, la victoire de la Paix dont rien ne pourra jamais nous séparer. Pas de paix véritable sans cette ferme assurance, manifestée en nos paroles, nos gestes et nos regards, que le Christ a déjà remporté pour nous la victoire totale et définitive. Le Rosaire est enfin une prière maternelle, une prière qui s’en remet tout entière à l’intercession de la Mère de Jésus, devenue mère de l’Église et de tous les hommes. Nous n’avons que trop tendance à négliger cette place unique de Marie dans l’histoire de notre salut, dans notre histoire personnelle et collective. Tout comme, par sa foi, elle est devenue mère de Jésus, mère de Dieu devenu homme en elle, ainsi, depuis la mort et la résurrection de son Fils, elle devient mère de tous ceux qui renaissent à la vie nouvelle, de tous ceux qui entrent dans le corps de son Fils. Mère de Jésus en son humanité, elle est du même coup mère de son Corps qui est l’Église. Elle coopère maintenant, par sa prière, à la croissance de l’humanité nouvelle, de la même manière qu’elle a coopéré par sa foi et son amour à la naissance du Verbe en notre chair. Voilà pourquoi aucune grâce de vie nouvelle, aucune grâce de paix et de réconciliation ne découle de la Croix glorieuse du Sauveur sans passer par la médiation maternelle de sa mère. La maternité de Marie, toute subordonnée à l’œuvre de recréation que Dieu opère en son Fils, en possède exactement la même extension, de sorte que partout où le règne du Christ doit grandir, son intercession agit pour nous de la manière la plus sûre et la plus féconde.

Il n’est aucun cœur d’homme, aucun de ces cœurs pour lequel le Christ est mort et ressuscité, qui ne puisse être atteint par la maternité de Marie. Et cela tout particulièrement en dehors des frontières visibles de l’Église, là où l’Évangile n’est pas entendu explicitement et où les sacrements ne peuvent pénétrer. Quand l’Église de la terre reste démunie pour atteindre les hommes, la grâce de Dieu se sert inlassablement de la médiation de Marie pour toucher les cœurs, les convertir intérieurement et faire ainsi avancer le règne de la paix.

La menace d’un embrasement général de la planète, aujourd’hui, pèse autant sinon plus que la menace ottomane au XVIe siècle, toujours sous le même décor de guerre religieuse masquant des rivalités de puissance. Il nous revient, à nous chrétiens, disciples du Christ renés d’eau et d’Esprit, de recourir aux seules armes de paix vraiment efficaces : la conversion et la prière. Nous convertir, c’est laisser la grâce de Dieu imprimer en nous, toujours davantage, l’image de Jésus, l’Agneau de Dieu qui nous offre la paix par le sacrifice de lui-même sur la croix. Prier, c’est laisser la supplication envahir nos cœurs, dans la certitude que la paix est un don de Dieu, non pas une conquête du génie de l’homme. Qui nous donnera le salut ? Sûrement pas la force de nos armées ; encore moins notre indifférence sceptique ou nos peurs primitives. Que Notre Dame du Rosaire, Reine de la Victoire et de la Paix, nous aide à entrer résolument, par notre conversion et notre prière, dans le grand combat de la paix, celui que le Christ a inauguré, mené et remporté pour toute l’humanité.




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