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Un appel pour vivre

27 janvier 2002

 

En ligne depuis le vendredi 16 décembre 2005.
 
 

Deux regards traversent notre récit évangélique ce matin. Le regard du pécheur, de l’artisan à son ouvrage, regard attentif, geste précis et sûr. Il s’y exprime un savoir faire, un savoir être, un savoir vivre transmis et reçu, reçu et transmis de père en fils, d’une génération à l’autre et qui plonge ses racines dans une mémoire insaisissable, un originaire indisponible. Ainsi va notre vie dans son labeur d’humanité quels que soient les liens, paisibles ou conflictuels, que la mémoire tisse avec notre histoire. Rien qui ne soit reçu et quelque chose d’étranger façonne à chaque instant notre espace le plus familier. L’autre regard, c’est celui de Jésus au bord de la mer, dans cette Galilée natale et Galilée des nations, ouverte sur des horizons infinis, des lieux d’inconnaissance, des domaines étrangers ; là-bas, la lumière perce la ténèbre. Quelque chose de familier semble vouloir m’entraîner vers ces espaces les plus étrangers que contemple Jésus, le voyant de l’invisible.

Ces deux regards se rencontrent dans notre évangile et ils ne font plus qu’un.

J’aime à imaginer le regard de Jésus qui s’est arrêté sur le geste du pécheur. Il répare ou jette les filets ; père, fils et frères sont côte à côte. Dans ce lisible, ce visible de nos vies, trop visible à nos yeux pour y voir quelque chose, Jésus voit l’invisible et il le rend visible. Il nous enseigne à voir l’invisible à même les choses, à même les personnes, à même cette vie que je vis, pas une autre, quels qu’en soient la réalité, le cours et les circonstances. Et il nous enseigne à même les choses, à même les personnes, à même cette vie que je vis, pas une autre, à entrer dans l’invisible.

Quand ces deux regards se rencontrent, quand ils ne font plus qu’un, alors notre humanité est donnée à elle-même, un trésor caché, une perle rare, le royaume de Dieu ôte quelque peu son voile et, stupeur, voici qu’il est à l’intérieur de nous.

Quand ces deux regards se rencontrent, quand ils ne font plus qu’un, alors surgit un appel, un appel qui nous rappelle à notre vocation originelle et qui nous presse pour un changement, une metanoia, c’est-à-dire, un retournement au tréfonds de soi qui détourne de moi et me tourne vers Lui, vers l’autre ; il faut se laisser là soi-même, ouvrir les yeux sur le frère, voir l’invisible, un trésor caché, une perle rare, le royaume de Dieu ; il nous faut devenir pêcheur d’hommes. Voilà qu’un appel m’éveille et me lève pour partir sans plus tarder en quête de ce royaume, devenant ainsi, avec le frère, pèlerins de notre propre cœur : suivre Jésus, c’est cela. Suivre le Christ est aux antipodes de la façon dont nous concevons bien souvent aujourd’hui le fait de choisir, et de choisir sa vie en premier lieu. Les hommes et les femmes de ce monde, dans leur très grande majorité, ne choisissent d’ailleurs pas leur vie ni leur religion. La réalité de leur vie leur est donnée ou imposée par les faits et les événements, par les représentations d’une culture, par les règles reçues d’une société donnée. A vrai dire, personne n’est étranger à ces conditionnements. Tout choix posé librement s’inscrit dans un faisceau de facteurs dont on n’en maîtrise et n’en connaît qu’une infime partie. Et ces déterminismes pèsent d’autant plus sur nos choix que l’on s’imagine échapper à leur influence. Il y a également tous ceux qui, pour quelque raison que ce soit, n’ont pas choisi une vie qu’ils auraient voulu autrement. Il y a les choix que l’on regrette mais aussi les milles choix que l’on croit pouvoir faire et qui ne font pas un seul choix véritable. Et puis il y a les coups durs, les blessures de la vie. Il y a les malades et les handicapés, toutes les situations de dépendance comme la vieillesse ou la marginalisation. Il y a aussi tous ceux dont on dit qu’ils ont perdu la raison.

Il y a enfin l’innombrable communauté humaine de tous ceux qui ne peuvent même pas choisir le Christ pour ne le connaître pas et nous savons bien aujourd’hui, contrairement aux siècles antérieurs, qu’il en sera ainsi jusqu’à ce que ce monde passe. La mission chrétienne n’est nullement en cause dans ce constat mais ce constat bouleverse par contre toute une conception de la mission. Nous-même qui connaissons le Christ et parce que nous le connaissons, nous n’avons de cesse de poser cette question que la rencontre des religions ne saurait qu’approfondir : qui est-il ? Et ceux qui le refusent, que refusent-ils ? Ces questions, il faut bien se les poser et surtout ne pas y répondre trop précipitamment, mais ce n’est pas là qu’est à chercher d’abord le lieu où l’on joue sa vie en vérité, où l’on joue sa vie sur la Vérité. Ce lieu est à chercher avant tout dans un « oui » inconditionnel, premier absolument, indéfinissable et incontestable. Il est, Il veut être l’écho en nous d’un appel qui appelle, de l’appel de Jésus. Qui prononce ce « oui » suit le Christ. L’appel de Jésus à le suivre tient moins à un choix de vie qu’à un certain regard sur sa vie quels qu’en soient les choix ou les non choix, les raisons ou les déraisons, les réussites ou les échecs, les accomplissements ou les errements et même, les acquiescements ou les refus . Jésus nous le laisse entendre qui se sert de la réalité de vie des hommes qu’il rencontre pour qualifier leur vocation : « vous serez pêcheurs d’hommes ». Mais il y a aussi l’inouï de la réponse des disciples, sa spontanéité, son immédiateté. Pas de place pour le temps de la délibération, pas de conditions à remplir, et, chose étrange, pas de choix ni d’alternative possibles. Suivre le Christ s’impose à eux avec la même évidence que la réalité de leur vie, une vie révélée à elle-même par un appel dont l’autorité est indiscutable. Vivre, devenir libre, c’est obéir à cet appel. C’est apprendre à laisser là, jour après jour, toute forme de possession que l’on a sur sa propre vie, c’est se laisser soi-même.

Cet appel est toujours offert et sa réponse n’est jamais acquise. Il n’est jamais ni trop tôt ni trop tard pour lui prêter attention. Il laisse entendre sa voix au cœur de tout homme mais ce qu’il dit est intimement personnel. Il nous unit et il nous rend unique.

Je laisse à votre méditation pour terminer, ces quelques mots d’un témoignage d’une jeune vie au destin tragique et bouleversé et dont le terme s’appela Auschwitz. Nombreux sont les hommes et les femmes de notre temps, chercheurs de vérité, qui, dans ce témoignage d’Etty Hillesum, peuvent y trouver lumière, paix et réconfort. Et comment, nous chrétiens, n’entendrions-nous pas résonner dans ces mots l’appel d’un Galiléen que cette fille d’Israël n’a pourtant jamais confessé : « Les quelques grandes choses qui importent dans la vie, on doit garder les yeux fixés sur elles, on peut laisser tomber sans crainte tout le reste. Et ces quelques grandes choses, on les retrouve partout, il faut apprendre à les redécouvrir sans cesse en soi pour s’en renouveler ».




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