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fête de saint Thomas d’Aquin

28 janvier 2002

 

En ligne depuis le vendredi 16 décembre 2005.
 
 

Qui es-tu Seigneur ? Je ne t’ai jamais vu. Depuis des siècles, tout le monde parle de toi. Discours contradictoires qui me laissent dans le brouillard. Qui es-tu Seigneur ? Où es-tu ? A quoi tu penses ?

Enfant, Thomas a demandé à ses maîtres bénédictins du Mont Cassin : « Qu’est-ce que Dieu ? » Les questions des enfants sont souvent passionnantes. Einstein, le grand physicien, aimait s’entretenir avec les enfants de cinq ans. Cet âge lui paraissait propice à la fraîcheur dans l’expression et à la pertinence des questions qui désarçonnent parfois les adultes. L’enfant veut apprendre. Il vous est sûrement arrivé de prendre un enfant sur vos genoux pour lui lire un conte ou des passages de la Bible : qui est celui ? Pourquoi cela ? Les questions sont accompagnées de commentaires inattendus, savoureux. Nous comprenons pourquoi Jésus nous dit : « Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous ne comprendrez pas le mystère de Dieu ».

Tout au long de sa vie, Thomas aimera les questions. Chaque article de la Somme théologique commence par une question. Les questions éveillent et l’intelligence et la liberté. Elles donnent le goût de s’engager personnellement dans une réflexion. La foi suscite la question. La Parole de Dieu donne à penser. Plus on aime Dieu plus on veut le connaître, plus on le connaît plus on l’aime. Assoiffé de sagesse, Thomas découvre à Naples l’Ordre de saint Dominique qui vient de naître à Toulouse en 1215. Il a le coup de foudre pour l’idéal évangélique des Prêcheurs. Sa famille ne dit pas : « Thomas est un gentil garçon ». Thomas n’est ni mou ni lâche. Combatif, il s’oppose aux projets de réussite sociale prévus par ses proches. La vie de château, la carrière ecclésiastique, les honneurs et les mondanités, tout cela ne l’intéresse pas. Son cœur est déjà pris. Thomas sait ce qu’il veut. A Naples, à la fin de ses études à la Faculté des Arts, il reçoit l’habit de lumière au seuil de ses vingt ans.

Homme de paix et de prière silencieuse, surnommé « le bœuf muet de Sicile », Thomas ressemble plutôt à un volcan. C’est du feu. Il va accomplir une œuvre titanesque. Son écriture en zigzag révèle un esprit bouillonnant et rapide. Initié aux sciences, à la philosophie et à la théologie par Albert le Grand, Thomas va s’épanouir dans l’enseignement et dans la prédication à Paris, à Milan, à Naples. L’enseignement de Thomas se caractérise par l’innovation. Il fait du neuf en introduisant la philosophie d’Aristote dans la réflexion théologique. Aristote et sa philosophie réaliste vont marquer l’aventure intellectuelle de l’université de Paris. Ce philosophie grec répondait à ceux qui lui demandaient où il avait tant appris : « Dans les choses qui ne peuvent mentir ». Thomas d’Aquin reçoit la pensée d’Aristote à travers les études d’Averroès, arabe d’Espagne, et de l’iranien Avicenne, deux grands intellectuels musulmans. Pour Thomas, la raison est une participation à la lumière divine. Par la raison, l’homme devient sa propre providence. La raison et la liberté de l’homme sont à prendre au sérieux. Ni le sentimentalisme ni la pensée molle n’ont ici de place. Et celui qui renonce à prendre en main sa vie au nom de sa foi dans les horoscopes commet un péché grave.

Par ailleurs, Thomas sait que la vérité vient toujours du Saint Esprit et que l’Esprit de Dieu ignore les frontières. Esprit libre et universel, il conseille aux étudiants de « graver dans leur mémoire tout ce qu’ils pouvaient entendre de bon, quel que soit d’ailleurs celui qui le leur apprenne ». Innovateur audacieux, il réplique à ceux qui lui reprochent d’affaiblir le contenu de la foi avec des commentaires des philosophes non chrétiens : « Je ne mets pas de l’eau dans le vin de la révélation mais l’eau des philosophes devient du vin au contact de la Parole de Dieu ». L’œuvre intellectuelle immense de Thomas comprend les sciences profanes, la philosophie, les commentaires bibliques, la théologie, la composition de textes liturgiques poétiques comme l’Office du Saint Sacrement avec ses prières toujours jeunes comme le « Tantum ergo » ou le « Pange lingua », sans oublier le but et le sommet de l’oeuvre théologique : la prédication pour le salut des âmes. Thomas s’est évertué à mettre en lumière la volonté divine de libération et de divinisation de tout homme. Ses sentiments, ses pensées et ses paroles, expriment l’Évangile de Jésus-Christ. En lui Amour et Vérité se rencontrent. Pour aimer, il faut être bien dans sa tête. En Thomas, l’amour de l’intelligence et l’intelligence de l’amour ne font qu’un. En lui, les lèvres, le cœur et la tête s’épanouissent harmonieusement. A Naples, en 1273, une année avant sa mort, Thomas a prêché le Carême en dialecte napolitain. « Père, sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité » (Jn 17). Pédagogue, Thomas commente les commandements de Dieu d’une manière simple, imagée, accessible à tous. Le cœur de l’homme, dit-il, est comme un lit étroit qui ne peut pas contenir plusieurs personnes. Nous ne pouvons pas aimer Dieu et l’argent. Encore une autre image, celui qui réussit dans la vie mais qui ne réussit pas à donner sa vie par amour ressemble à un cadavre recouvert de pierres précieuses. Il est mort. Théologien de la loi nouvelle, Thomas se laisse conduire par l’Esprit Saint. Il sait que l’Esprit Saint descend sur l’assemblée chrétienne au moment de la prédication. Le croyant fait alors l’expérience de l’Amour de Dieu répandu dans les cœurs (Rm 5,5). L’Esprit de Dieu se met à aimer en l’homme : « Dieu est Amour. Celui qui aime demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » (I Jn 4,16).

Thomas est un saint, un mystique. L’essentiel, pour lui, c’est d’aimer comme le montre la scène bouleversante, rapportée par un témoin, où l’on voit, de nuit, Thomas offrir au pied du Crucifix de Jésus-Christ son traité sur l’Eucharistie, avec la question du Crucifié : « Tu as bien parlé de moi, Thomas. Que veux-tu en récompense ? ». Et la réponse qui vient sublime : « Toi-même, Seigneur ».

A 50 ans, Thomas approche de la mort. Vidé, Thomas ouvre son cœur au frère Reginald de Piperno, son secrétaire, son confesseur, son ami fidèle. Son œuvre lui semble peu de choses par rapport au mystère de Dieu : « Ce que j’ai écrit est de la paille ». Thomas meurt au monastère cistercien de Fossa Nova, près de Rome, le 7 mars 1274, en route vers le Concile de Lyon. Le pape Jean XXII l’a canonisé en 1323 à Avignon. Pie V l’a proclamé docteur de l’Église en 1567. En 1880, Léon XIII l’a proposé comme patron des universités, des collèges et des écoles catholiques.

La pensée du « Docteur Angélique » continue de façonner sur les cinq continents l’esprit de ceux qui cherchent à mieux comprendre leur foi chrétienne mais la présence de saint Thomas se fait plus intense auprès de ses reliques que la ville de Toulouse a l’honneur de garder aux Jacobins depuis le XIVe siècle. Demandons au Seigneur de nous accorder la sagesse dont nous avons besoin. Louons Dieu pour le don fait à l’Église de saint Thomas d’Aquin notre frère.




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