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Les tentations au désert

17 février 2002

 

En ligne depuis le vendredi 16 décembre 2005.
 
 

« Poussé par l’Esprit, Jésus s’en fut au désert pour y être tenté ». Jésus a été tenté !

Après tout, il le savait en s’incarnant, en devenant homme. Être tenté, on en est tous là. En même temps que l’humanité, tous ici, nous avons la tentation en commun. La tentation n’est pas en option, on naît avec, on meurt avec, même les plus grands saints. Nous vivons tous et toujours avec l’oreille prête à écouter une petite langue de serpent qui nous susurre une petite saleté, une petite médiocrité, bien attirante, bien savoureuse, et dont l’amertume se révèle après coup, comme une morsure cuisante et mortifère. On en est tous là, d’être faibles face au mal. Et quand le tentateur nous voit arriver de son œil torve, pleins de nos belles résolutions de Carême, il se frotte les mains : « toi mon gars, tu ne perds rien pour attendre ». Le diable est comme le croque-mort dans Lucky-Luke, toujours derrière vous, à prendre vos mesures. Et nous sommes de bons clients, avec nos habitudes, et, de temps en temps, un petit extra. Nous en sommes tous là, pécheurs de la commune espèce.

Or voici qu’avec Jésus, les manigances du diable ne prennent pas. Y a un truc ! ou plutôt il y en a quatre : Le Christ va au désert : la première condition pour vaincre la tentation, c’est d’imposer au démon un combat à la loyale. Pour échapper aux embuscades, il faut dégager le terrain de tout ce qui l’encombre en cultivant la solitude.

Le Christ prie et jeûne : il n’y a pas de pilule magique contre la tentation. Pour avancer, il faut se lever. Pour vaincre le démon, il faut prier, jeûner et pratiquer la charité.

Le diable tente trois fois. Il attaque les trois grands points faibles de l’homme : le pouvoir, la possession, la faiblesse de la chair. En tout cela, c’est l’orgueil qui fait notre faiblesse, la tentation de nous croire indépendants de Dieu.

Le Christ s’arme de la Parole de Dieu parce que seul Dieu a pouvoir sur le diable. La Parole de Dieu a créé l’ange de Lumière. La même Parole de Dieu l’enchaîne, maintenant qu’il a choisi les ténèbres. Le désert, la prière et le jeûne, l’humilité, la Parole de Dieu, voici donc notre manuel pratique de carême. Bon. Mais qu’est-ce que ça a de neuf ? Tout cela on le connaissait bien avant le Christ. On a toujours fait comme ça. S’il ne s’agissait que de nous rappeler notre petit manuel de Carême, Le Christ n’avait pas besoin d’en passer par les tentations. Il n’avait même pas besoin de s’incarner. Un prophète aurait suffi pour la piqûre de rappel. On aurait tout de suite compris . Or le Verbe s’est fait chair. Et, poussé par l’Esprit, il alla au désert pour y être tenté. Il doit bien y avoir une raison.

Cette raison, c’est, si l’on peut dire, que le diable s’est cassé les dents. Là où Adam avait failli, là où Israël avait failli, lui n’a pas failli. Lui a eu la force de résister. C’est une première consolation : il y en a au moins un parmi nous contre qui le diable n’aura pas eu le dernier mot. Bon. Mais pour nous. Qu’est-ce que cela change, pour nous ? Car nous ne sommes pas Dieu. C’est facile de résister à la tentation quand on est Dieu. Mais nous, nous n’avons pas la force de Dieu. Nous restons faibles face au mal. La tentation est trop profonde, trop puissante pour que notre petit manuel de Carême nous délivre du mal. C’est ce que saint Paul avait bien compris : la Loi de Moïse change les habitudes, elle redresse le cœur, mais elle ne parvient pas à le transformer. Elle ne supprime pas ce foyer du péché qui rend la tentation si dangereuse. Ce qu’il nous faut, ça n’est pas seulement un exemple, c’est un sauveur, pas seulement un saint, mais un sanctificateur. N’est-ce pas justement ce que le Christ est pour nous ? N’avons-nous pas, par le baptême, été greffés sur lui, de sorte que sa force coule en nous désormais comme une sève vivifiante ? Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi, dit saint Paul. Tout ce qu’il a reçu de son Père, il me le donne. Ma faiblesse est pleine de sa force. Mes tentations, il les combat avec moi, en moi.

Je ne suis pas seul dans les tentations, je ne suis pas seul face au mal, je ne suis pas seul face à la mort. Je suis dans le Christ qui les a vécues pour moi, qui a combattu pour moi, qui est mort pour moi. Sa victoire, c’est pour ma victoire. Ainsi, dans le Christ, nous sommes vainqueurs. Mais alors, si le Christ a vaincu en moi le diable, pourquoi suis-je encore si souvent vaincu ? Car j’ai beau être baptisé, j’ai beau vivre de la vie du Christ, me nourrir de ses sacrements, je reste un pécheur. Pourquoi le diable conserve-t-il encore son empire sur le monde ? Pourquoi le Christ, après avoir résisté au Tentateur, le laisse-t-il se retirer ? Il aurait mieux fait de l’enchaîner tout de suite, de ne pas attendre la Passion. Ca nous aurait simplifié la vie, de ne plus avoir cette présence constante du péché, qui nous colle comme une poisse.

Mais Dieu a voulu autre chose. Il y a une raison pour que le Christ laisse partir le diable. C’est qu’il n’a pas vaincu les tentations seulement pour moi, mais pour tous les hommes. Et qu’il m’appelle à le rejoindre. Ce qui est important, ce n’est pas seulement comment le Christ combat en moi le diable, mais plus encore, comment, dans ce combat lui-même, il m’associe à son œuvre. Ce qui est important pour Dieu, ce n’est pas seulement que je sois sauvé, mais que, par ma vie, je contribue au Salut du monde. Je complète en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ parce que, vivant du Christ, je veux que cette vie parvienne à tous les hommes pour lesquels le Christ est mort. C’est le cri de l’Église que nous entendons là, c’est le cri des saints qui ne se souciaient pas seulement de leur salut, mais de celui de leurs frères. « Que vont devenir les pécheurs ? » pleurait saint Dominique, la nuit, devant la Croix. Si nous sommes encore aujourd’hui plongés dans les tribulations de notre monde, si nous éprouvons jusqu’en notre chair le drame de l’humanité offerte aux assauts de la volonté de puissance, de l’appétit des richesses, de la frénésie des jouissances, c’est que nous vivons de la miséricorde de Dieu pour nos frères.

Voilà la leçon des tentations : l’horizon du Carême, ce n’est pas mon gros péché dans mon petit moi ; l’horizon du Carême, c’est le Salut du monde, qui passe par mon combat contre le péché. Le Carême, c’est l’entrée dans le combat de Dieu. Le Carême, c’est Jésus qui sauve, dans et par l’Église. L’Esprit conduit le Christ au désert. Au quarantième jour, le diable, vaincu, se retire, attendant son heure. Le Christ commence sa Passion. Les baptisés s’unissent à son combat. Les anges le servent. L’Esprit, le Christ, le mal vaincu, les baptisés, les anges : c’est l’Église. Elle se prépare aux noces de l’Agneau. L’Esprit et l’Epouse disent : viens ! Entrons dans le combat de Dieu pour le Salut du monde. Amen.




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