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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 24 >>   Les entrailles de Dieu et les nôtres

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Les entrailles de Dieu et les nôtres

15 septembre 1996

 

En ligne depuis le mercredi 22 juin 2005.
 
 

Drôle de justice que nous présente Jésus dans cette parabole. Il est curieux que nous soyons punis pour avoir demandé à l’autre ce qu’il nous doit. Si notre créancier nous fait remise de notre dette, il le fait par libéralité c’est-à-dire par générosité. Cette libéralité n’annule pas la dette de celui dont je suis le créancier. Je n’ai pas de comptes à rendre ; c’est mon argent, je l’ai prêté et maintenant j’en ai besoin. D’ailleurs, où irait le monde, si plus personne ne se sentait obligé de rembourser ses dettes ? Drôle de justice.

Dans une première approche, cette interprétation de la justice est vraie, en effet, la justice se trouve dans les choses : dans l’argent que j’ai prêté ou que je dois rendre, dans l’honneur de l’autre que je ne dois pas léser, etc. La libéralité est une autre affaire : je peux ne pas demander l’argent que j’ai prêté, et cela dépend de moi. Le roi ne commet pas d’injustice quand il revendique le remboursement de la dette. La punition du débiteur n’est pas une punition supplémentaire, c’est simplement le retour à la simple justice. Retour, mais d’où ?

Nous avons entendu que le roi a été apitoyé par la supplication de son serviteur. Le mot "apitoyer" nous rappelle la pitié, qui n’a pas un sens très positif dans le langage courant : avoir pitié de quelqu’un est un sentiment à la fois de tristesse et de supériorité. Le verbe grec peut nous éclairer sur ce point. La traduction littérale de ce verbe est "avoir des entrailles". Quelle image charnelle ! La pitié se joue donc profondément, dans les entrailles, il n’est pas simplement un sentiment superficiel et fugace, mais plus : nous voyons la détresse de l’autre comme si elle était la nôtre, nous souffrons avec l’autre. C’est cela que le roi a vécu en face de son débiteur. Le débiteur lui doit de l’argent : c’est l’ordre de la justice. Mais la détresse du débiteur n’est pas de l’ordre de la justice, elle n’est pas dans la chose, elle est dans la personne : et le roi ne voit plus l’argent, il voit son serviteur avec sa souffrance. Et il lui fait remise de sa dette.

Dieu aussi a des entrailles. En face de nous, il voit notre péché qui est réel, palpable, on ne l’oublie pas, mais au-delà du péché, il nous voit, nous, qui sommes en détresse à cause de notre péché, nous qui en souffrons ; il nous voit et il ne peut pas supporter que sa créature soit dans une impasse - et la souffrance est une impasse -, car il aime tellement cette créature. Et il fait remise de notre dette, il nous pardonne notre péché.

Dieu nous pardonne, si nous nous pardonnons les uns aux autres. Mais pourquoi nous impose-t-il des conditions si rudes ? Il y a deux raisons. D’abord, il veut nous apprendre que nous ne sommes pas seuls dans le monde. Il veut que nous aussi, nous développions nos entrailles, que nous vivions une vraie communion avec nos semblables. Il veut qu’au-delà du péché qu’on a commis contre nous, nous voyons la personne et sa souffrance à cause du péché et que nous l’en remettions. Nous sommes tous égaux, nous sommes tous des serviteurs du même roi et nous n’avons pas trop à nous glorifier au-dessus des autres. Le pardon mutuel n’efface pas la réalité, le mal reste un mal. Le pardon relève la personne, il rétablit l’unité entre les hommes, la fraternité. Deuxièmement, faisons un peu de mathématiques. La dette du débiteur du roi se monte à 10 mille talents qui correspond à 60 millions de francs. Cette somme est 50 fois plus que tous les impôts de la Galilée et de la Pérée de l’époque ! Pour un homme, il est impossible de rembourser une telle somme. En effet, si Dieu ne nous relève pas, nous ne pouvons jamais payer la rançon de notre péché. La dette du second serviteur est cent deniers, à peu près cent francs, donc 600 mille fois moins que la dette de son créancier. 600 mille fois ! Les deux dettes ne sont pas comparables. Et si nous savons le don de Dieu, si nous prenons conscience des oeuvres que Dieu a accomplies dans notre vie, de quelle dette il nous a délivré par la libération du poids des péchés et de la mort, comment pourrions-nous rester insensibles vis-à-vis de nos frères ? En effet, pardonner à nos frères est une preuve que nous avons compris quel poids nous avons aux yeux de notre Seigneur.

Aujourd’hui, le Seigneur nous invite à être des créanciers les uns vis-à-vis des autres de plus en plus magnanimes. Nous apprenons ainsi à reconnaître de plus en plus ses merveilles dans nos vies. Et n’oublions pas : celui à qui nous avons pardonné, par ce pardon, reconnaîtra la réalité de l’amour de Dieu dans sa vie. En pardonnant, nous accomplissons une mission, la mission même du Christ : sauver le monde.

Modifié le 7 juillet 1997

Dominicains de Toulouse




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