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Dieu et César

En ligne depuis le dimanche 18 décembre 2005.
 
 

Dieu et César ! Les rapports de la foi et du pouvoir n’ont jamais été simples, depuis les persécutions de l’Empire romain jusqu’aux expulsions des religieux. Pour être concret, je rappelle que, rétablis par Lacordaire en 1843, après la Révolution, nous avons été expulsés une première fois en 1880. Les frères sont partis en Espagne, pendant 6 ans. Nous avons été expulsés une seconde fois en 1903. Nos biens furent liquidés. A Marseille, la même famille, qui avait payé le gros de la construction du couvent, le rachète à l’État, et le cède aux frères à nouveau, après la guerre de 14. Morts déjà trois fois, et toujours vivants, nous devrions avoir la liberté de ceux qui n’ont plus peur de rien !

Le 9 décembre 1905 (bientôt cent ans !) est votée la loi de séparation des Églises et de l’État. Comme dans un jeu à "qui perd gagne", le résultat est surprenant. L’État confisque tous les biens mais il a depuis la charge d’entretenir églises, cathédrales et presbytères ! L’Église de France perd tout son patrimoine, mais elle conquiert une totale liberté vis-à-vis du pouvoir civil. Le prêtre n’est plus un petit notable, entretenu par l’État et cible facile de l’anticléricalisme. L’Église n’est plus une ’Église établie’. Il n’y a plus de religion reconnue.

Article premier de la loi : "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes" Pie X fulmine dans l’encyclique Vehementer : "Nous réprouvons et Nous condamnons la loi votée en France sur la séparation de l’Église et de l’État comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu, qu’elle renie officiellement, en posant le principe que la République ne reconnaît aucun culte. Nous la réprouvons et condamnons, comme violant le droit naturel, le droit des gens et la fidélité publique due aux traités, comme contraire à la constitution divine de l’Église, à ses droits essentiels et à sa liberté ; comme renversant la justice et foulant aux pieds les droits de propriété que l’Église a acquis à des titres multiples et, en outre, en vertu du Concordat."

Déjà, dans le même document, il avait précisé : "L’Eglise est par essence une société inégale, c’est à dire une société comprenant deux catégories de personnes, les pasteurs et le troupeau, ceux qui occupent un rang dans les différents degrés et la multitude des fidèles. Et ces catégories sont tellement distinctes entre elles que dans le corps pastoral seul résident le droit et l’autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société ; quant à la multitude, elle n’a pas d’autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs."

Nous le voyons : La question du pouvoir se pose partout, au sein de l’Église elle-même comme entre l’Église et l’État.

Qui aurait pensé que surviendrait le Concile Vatican II 1 ? Qu’il ne cesserait de rappeler aux prêtres la dignité des laïcs et que Jésus Christ "n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la multitude" ? Qui aurait pensé que cette même loi de la séparation des Églises et de l’État, cent ans après, s’appliquerait aussi à l’Islam ? Qui pourrait imaginer maintenant ce qui va se passer dans l’avenir ? Comment peut évoluer une saine laïcité ? Comment faut-il organiser les programmes scolaires en matière de culture religieuse ? Il y a là tout un ensemble de questions que je laisse en suspens.

"Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" fait partie de ces boutades géniales qui ne peuvent satisfaire que les esprits superficiels. Ceux qui posent la question à Jésus cherchent avant tout à le piéger et lui, leur renvoie la balle sous forme de smash qui les laisse KO. En montrant qu’ils ont sur eux l’argent de l’envahisseur, ils se dénoncent eux-mêmes comme collaborateurs. Puisqu’ils utilisent sa monnaie, ils sont sous son influence et ils lui paieront inévitablement l’impôt. Par ailleurs "Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" est une tâche impossible puisque le Dieu de la Bible est le Dieu de l’univers. Tout est à lui. Surtout, il est écrit sur la pièce romaine "le divin César" : César se prétend Dieu. Qu’il ait un fondement religieux ou non, le pouvoir politique est toujours tenté de se prendre pour l’absolu.

Il ne suffit donc pas de se racler la gorge en répétant "Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" pour distinguer le politique de la foi. Le pape Jean Paul II n’a-t-il joué aucun rôle politique ? Le démantèlement du rideau de fer s’est-il fait sans l’influence des Églises, des protestants notamment ? La défense des droits de l’homme n’a-t-elle pas des conséquences politiques ? Et qu’en est-il du combat pour la paix ? Du fait de l’incarnation, nous le savons, il est impossible de séparer la cause de l’homme et la cause de Dieu. "Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que le monde soit sauvé". La foi chrétienne n’est pas "un platonisme pour le peuple", elle n’est pas un anesthésiant, une aliénation, un opium. Elle fait naître une espérance au cœur de l’histoire. Elle est ferment d’action.

Fort heureusement, l’Église n’a plus à gérer la cité, comme au temps où, César vaincu et les barbares victorieux, l’Église restait la seule institution de recours. A l’État revient la gestion du bien commun. Mais comme disait Péguy : "Le spirituel couche dans le lit du temporel". Le politique, sans une dose de mystique, s’effondre comme un soufflé au fromage et se réduit à une gestion, sans aucun souffle, que viennent empoisonner les conflits d’intérêts. Réciproquement, le spirituel n’est jamais chimiquement pur et il se vérifie dans la manière de vivre les questions les plus simples et les plus matérielles.

Aujourd’hui, comme de tout temps, l’Église, doit exercer son rôle prophétique, communiquer son espérance et sa force d’aimer. Voilà le type d’impôt qu’elle doit aussi payer, la contribution que le monde attend d’elle. Qu’elle ne se referme pas en une sorte de contre-société, mais qu’elle manifeste le Souffle qui l’anime, quelles que soient les circonstances et en toute liberté.

1. Cf La vie des prêtres n°9




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