Accueil
Présentation Avent Noël Ordinaire Carême Pâques Sanctoral Divers        


Accueil >> Ordinaire >> Semaine 29 >>   Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu

TOP 5 :

textes  les plus lus :
 
par fr. HF Rovarino o.p.
La Mère de Dieu a quelque chose à nous dire
8451 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Au désert, je parlerai à ton cœur
7555 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Dieu nous fait le cadeau de sa présence
7449 visites

par fr. ST Bonino o.p.
Notre attente : la vie éternelle
6741 visites

par fr. BM Simon o.p.
Le jeune homme riche
6353 visites

Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu

13 octobre 1996

 

En ligne depuis le mercredi 22 juin 2005.
 
 

La phrase de Jésus est devenue tellement courante qu’elle a aujourd’hui l’honneur des pages roses de nos dictionnaires. Là où sont reprises les locutions célèbres. Ce proverbe qui nous incite à rendre à chacun selon son dû risque pourtant de nous faire mal comprendre, ou tout du moins de façon incomplète, les textes d’aujourd’hui.

A chacun ce qui lui revient. Dans notre texte, cela revient à dire qu’il existe deux domaines bien distincts : celui de César et celui de Dieu. L’un politique, l’autre religieux, sans lien apparent puisque ce qui concerne l’un se détourne de l’autre. De la même manière, nous qui sommes réunis ici ce matin à l’appel du Christ, sommes-nous seulement concernés par la seconde partie de la phrase : "Rendez à Dieu ce qui est à Dieu" ? Il n’en est rien. Et pour bien le comprendre, il faut se remettre dans le contexte dans lequel Jésus nous parle. Tout d’abord, il existe à son époque une union étroite, tant dans le monde païen que dans le monde juif, entre le politique et le religieux. Ensuite, il existe un lien entre la monnaie et le pouvoir : selon un principe communément admis : le domaine où s’exerce le pouvoir d’un roi est semblable à celui où sa monnaie a cours. C’est pourquoi les interlocuteurs de Jésus étaient plutôt dans l’attente d’un messianisme politico-religieux. Si Dieu par son Messie, voulait affirmer sa puissance, il devait en passer par le politique. La puissance terrestre était alors le gage de la puissance céleste. Pourtant ce lien existant entre la monnaie et le pouvoir posait un cas de conscience aux Juifs. Ils devaient en effet payer l’impôt en monnaie à l’effigie de l’Empereur ; agir ainsi n’était-ce pas reconnaître la souveraineté de ce dernier sur Israël alors que pour les Juifs, le seul vrai roi de leur peuple était Dieu ? C’est alors que l’idée du piège tendu à Jésus peut naître : "Est-il permis ou non de payer l’impôt à César ?" Si Jésus répond par la négative, il est facile de le dénoncer à l’autorité romaine, s’il répond par l’affirmative, aux yeux du peuple qui attend une libération nationale, il perd tout crédit et renonce à se poser comme le Messie venant réaliser ses espérances. C’est cette logique que Jésus est venu balayer. C’est ce que Paul a si bien compris et qu’il nous livre dans la 1ère lettre aux Corinthiens : "Nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens".

Sans tomber dans le piège, Jésus ne se dérobe pas. Si fondamentalement la question est d’abord d’ordre messianique, sa réponse n’évacue pas l’aspect politique.

"Rendez à César ce qui est à César" : c’est-à-dire rendez à César ce qu’il peut normalement vous demander. Pour l’instant, Dieu a donné le pouvoir au César romain, et il faut lui obéir dans son domaine. De la même façon, le roi Cyrus, païen, dont nous avons entendu parler dans la première lecture, doit son pouvoir à Dieu. En même temps, Jésus fait ainsi comprendre qu’il n’est pas un messie qui pour accomplir son oeuvre, entend prendre le pouvoir politique et assumer les responsabilités et les fonctions de César. Mais il va plus loin dans sa réponse : "Rendez à César ce qui est à Dieu". Comme nous l’avons déjà dit, il ne s’agit pas ici d’exprimer un domaine absolument séparé du précédent car pour les auditeurs de Jésus tout pouvoir vient en dernier ressort de Dieu mais de voir qu’ici réside l’exigence capitale faite aux croyants. Leur vie de foi consiste à rendre à Dieu ce qui est à Dieu. C’est un appel concret de Jésus

-  celui d’accueillir le règne de Dieu

-  et de reconnaître en Jésus le Messie qui vient instaurer ce Royaume.

Le Royaume de Dieu n’est pas un Royaume concurrent de celui de César, il est d’un autre ordre, il se situe à un autre niveau. C’est pourquoi Jésus nous affirme : "Mon Royaume n’est pas de ce monde". Cette réponse, Jésus nous l’adresse à nous aussi. Tout d’abord, il nous invite à accueillir le Royaume de Dieu tel qu’il le proclame et à le reconnaître dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, lui Jésus, comme le Messie envoyé par le Père. Ayant découvert l’importance du politique, il n’est pas étonnant que des croyants soient déconcertés s’ils ne trouvent pas en Jésus une caution immédiate à des choix qu’ils ont fait. Jésus manifeste que la libération qu’il apporte est bien plus radicale qu’un seul changement de structure politique : elle atteint l’homme en son coeur, le délivrant du péché pour l’ouvrir à un amour qui est indissociablement amour de Dieu et amour des hommes dans toute leur vie. Enfin en invitant à rendre à César, qui comme tout homme sera jugé par Dieu, ce qu’il peut demander en fonction de ses responsabilités, Jésus désacralise le politique. Il rend le politique à lui-même sans le laisser pour autant sans commune mesure avec l’évangile. Jésus nous appelle à vivre notre vie, y compris notre vie politique, dans la fidélité à Dieu qui s’est manifesté en lui. Il nous demande de vivre le politique dans la fidélité aux inspirations et à l’esprit de l’évangile. Comme il appelle l’Eglise à remplir, non pas une fonction de domination par rapport au politique mais un service prophétique et évangélique qui trouvera son efficacité dans la conversion de notre coeur.

En un mot et en regardant pour cela saint Augustin, sachons rendre à chacun son image, à César son effigie et à Dieu son icône vivante, le Christ qui vit en chacun de nous. Dieu nous réclame son image. Nous sommes à l’image de Dieu. Offrons-nous nous-mêmes et toute notre vie.

Modifié le 7 juillet 1997




5629 affichages
 

 Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu



Untitled Document