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S. Dominique « l’homme aux semelles de vent »

24 mai 2004

 

En ligne depuis le vendredi 10 mars 2006.
 
 

Non content d’avoir parcouru l’Europe à pied, plusieurs dizaines de milliers de kilomètres entre l’Espagne, la France et l’Italie, passant même par le Danemark et rêvant toute sa vie de pousser plus loin, jusqu’aux lointaines frontières des Cumans ; parvenu au bout de sa course, il trouve encore le moyen d’accomplir un dernier voyage, un déplacement post-mortem : la translation de ses reliques que nous fêtons ici ce soir. Saint Dominique, grand voyageur devant l’Éternel...

Ce n’est pas vraiment ce que l’on appelle la stabilité bénédictine - vous le savez, la règle de saint Benoît qualifie de gyrovague, d’instable, le moine qui erre de monastère en monastère, sans jamais se fixer. Saint Dominique aurait-il donc été un instable, un moine décadent en errance juridictionnelle ? Pas vraiment, non ! L’itinérance de saint Dominique elle aussi a ses lettres de noblesse, tout aussi monastiques. Mais elle s’inscrit dans une autre tradition - celle par exemple des moines irlandais ou celtes, qui se détachaient de tout, y compris d’un lieu, pour ne s’attacher qu’à Dieu seul ; dans les forêts solitaires, ou encore sur les océans, dans une barque sans rames ni gouvernail, abandonnée au gré des flots. C’est la xéniteia, la spiritualité de l’étranger, de l’exilé qui n’a même pas une pierre où reposer la tête.

C’était déjà la spiritualité d’Abraham : « Va ! Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays... que je t’indiquerai ». Et Abram partit, comme lui avait dit le Seigneur » (Gn 12, 1-4), « ne sachant pas où il allait » (He 11, 8). C’est la spiritualité de l’Exode, la longue marche des Hébreux au désert, en route vers la Terre promise, pour apprendre à mettre leurs pas dans les voies du Seigneur. C’est aussi le sens du pèlerinage, à l’image du cheminement intérieur de tout croyant ; l’Église pérégrinante, en exil sur cette terre, en marche vers la patrie céleste. C’est l’appel du grand large, « l’appel de la route », l’appel de l’horizon - ce lieu où la terre et le ciel semblent se rejoindre pour nous inviter à nous mettre en quête d’autres cieux, de « Cieux nouveaux » et de « Terres nouvelles ». Cette quête incessante du Royaume fut le modèle de tous les vagabonds mystiques depuis les Pères du Désert jusqu’aux pèlerins russes - encore de nos jours. Ou plus près de chez nous, à la veille de la Révolution, saint Benoît-Joseph Labre, qui jamais ne put se fixer dans aucun monastère, et n’eut d’autre clôture que la haie des chemins, sans aucune sécurité, et dans un abandon total à Dieu. Il ne s’agit pas, en effet, de se déraciner pour se déraciner, mais de prendre ses racines dans le ciel : « En lui seul, j’ai mon abri ».

« Va, vends tout ce que tu possèdes, distribue-le aux pauvres ; et suis-moi ». Un jour, le moine Sérapion le Sindonite écouta cet évangile ; il quitta sa cellule, laissa tout et partit sur la route. Il rencontre alors un mendiant : il lui donne encore... son seul vêtement. Plus loin, on jetait un homme en prison, pour dettes. Il veut le libérer, et vend même... son Évangile. « Où est ton Évangile ? », lui demande son disciple. « Tout le temps, il me répétait : vends ce que tu as, donne-le aux pauvres. Je l’ai écouté. »

Dominique... dans sa jeunesse étudiante à Palencia, un jour de famine, Dominique a tout vendu, jusqu’à ses livres pourtant nécessaires à l’étude, pour constituer une aumône : « Je ne veux pas étudier sur des peaux mortes quand des hommes meurent de faim ». Rencontrant un indigent, Dominique fut sur le point de se vendre pour lui permettre de se libérer du groupe des hérétiques dont il dépendait. Plus tard, cette même compassion a jeté Dominique sur les routes, pour apporter le pain de la Parole à ceux qui mouraient d’une faim spirituelle.

Mais les mendiants que sont les frères prêcheurs ne sont pas de simples vagabonds mystiques. L’itinérance dominicaine n’est pas n’importe quelle errance. Elle n’est pas une déambulation sans but : c’est une mobilité apostolique pour l’annonce de la bonne nouvelle. Comme les disciples envoyés deux par deux par le Seigneur sur les chemins de Palestine, ce n’est pas de leur propre chef que Dominique et ses premiers compagnons ont pris la route, mais c’était pour répondre à l’appel de l’Église :

« L’évêque [Diègue d’Osma] leur conseilla de travailler avec plus d’ardeur que jamais à la prédication, en délaissant tout autre soin (...) il fallait agir et enseigner selon l’exemple du bon maître : se présenter dans l’humilité, aller à pied, sans or et sans argent, bref imiter en tout la forme de vie apostolique (Mt 10, 9) » « Chacun renvoya chez lui les bagages qu’il avaient apportés (...) Ils commencèrent à proclamer la foi, à pied, sans frais d’argent, dans la pauvreté volontaire. » « (...) en toute humilité, par la sobriété et la patience, allant de bourg en bourg aux disputes qu’on avait instituées, à pied, pieds nus, rejetant l’apparat des vastes escortes ou des cavaleries nombreuses. » [D’ailleurs, nous observons toujours cette règle : nous ne voyageons jamais à cheval].

C’est ce qu’on peut appeler la « spiritualité du sac » : le prêcheur n’emporte rien avec lui, ou seulement ce qu’il est capable de porter sur son dos. Il part sans sa bibliothèque, avec pour seule richesse ce qu’il a lu et médité de la Parole. Il part avec le Christ en personne - qu’il annonce par une prédication non seulement en paroles mais en actes, sans se perdre en vains bavardages : « Dominique ne parlait que de Dieu, ou à Dieu »... Le héros est en armure, le saint est nu : il ne vient pas en conquérant, asséner à coup d’épée une vérité tranchante, toute faite ; mais il vient en ami, en frère, les mains nues, largement ouvertes - se faisant mendiant de ce que l’autre aussi peut donner ; mais en retour, il donne le Christ : « Je n’ai rien, mais ce que j’ai, je te le donne ».

Au moment de passer de ce monde à son Père, le Christ nous dit qu’il ne nous laisse pas orphelins, qu’il nous enverra un nouveau Paraclet. De même, saint Dominique qui n’a rien écrit lui non plus (ou si peu) nous a-t-il laissé son esprit, incarné dans nos Constitutions. « Avant sa mort, il dit également aux frères qu’il leur serait plus utile disparu que vivant. Il connaissait assurément Celui auquel il avait confié le dépôt de son labeur et de sa vie féconde, et ne doutait pas de la couronne de justice qui lui était désormais réservée : lorsqu’il l’aurait reçue, ne serait-il pas d’autant plus puissant pour présenter ses requêtes qu’il serait déjà plus sûrement entré dans les puissances du Seigneur ? » Pour nous qui sommes encore en pèlerinage sur cette terre, confions-nous et confions notre marche à la puissante intercession d’un si grand saint.




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 S. Dominique « l’homme aux semelles de vent »



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