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Solennité du Christ-Roi

23 novembre 2003

 

En ligne depuis le mercredi 8 mars 2006.
 
 

Quarante jours déjà que, chaque matin, ce diable de Philistin vient narguer le camp d’Israël (cf. 1 S 17). Quarante jours déjà que « les troupes du Dieu vivant » tremblent devant ce géant bardé de bronze. Mais, ce matin-là, le quarantième, l’Esprit de Dieu s’est emparé d’un enfant, d’un berger de passage. « J’irai moi me battre contre ce Philistin. » On veut alors équiper le jeune David de la pesante panoplie militaire : cuirasse, épée et casque de bronze. Mais les armes de ce monde paralysent en lui l’action de Dieu. « Je ne puis pas marcher avec tout ça. » Sa force est ailleurs. Il a revêtu « la cuirasse de la foi et de la charité, avec le casque de l’espérance » (1 Th 5, 8). Pour qui s’appuie sur Dieu, les moyens les plus pauvres sont toujours les meilleurs : un bâton, une fronde et cinq pierres bien lisses. « Afin qu’on sache qu’il y a un Dieu en Israël et que ce n’est ni par l’épée ni par la lance que Dieu donne la victoire ». Et voilà qu’à la stupéfaction générale, Goliath - Goliath l’invincible, Goliath-la-Terreur - s’effondre frappé en plein front par la pierre du berger. Oui, le Messie de Dieu a brisé la tête de l’antique serpent et de ses sbires (cf. Gn 3, 15).

Mais la pierre lancée de main de maître par David ne s’arrête pas là. Elle n’en finit pas, tout au long de l’histoire, de siffler dans les airs et de faire des dégâts chez les tyrans de ce monde. Quelques siècles plus tard, elle revient hanter les nuits de Nabuchodonosor, roi de Babylone (cf. Dn 2). Dans son rêve lui apparaît une immense statue. Sa tête est d’or, sa poitrine d’argent, ses jambes de bronze et ses pieds sont partie de fer et partie d’argile. C’est le symbole de toutes les puissances de ce monde, de tous ces empires humains qui se succèdent au rythme des siècles, impressionnants de force et pourtant si faibles lorsqu’ils ne reposent pas sur la justice et le droit. « Tu regardais, ô roi, explique le prophète Daniel à Nabuchodonosor, et soudain, une pierre se détacha, sans que main l’eût touché. » La revoilà la pierre ! La pierre venue d’ailleurs, la pierre partie de Dieu. Elle percute la statue et la statue s’effondre dans un fracas épouvantable. Tout est balayé par le vent et de ce qui terrorisait les hommes il ne reste bientôt plus trace. Par contre, « la pierre qui avait frappé la statue devient une grande montagne qui remplit la terre ». Cette pierre est donc un royaume, mais un royaume du troisième type, un royaume qui n’est pas de ce monde. Et, de fait, annonce le prophète Daniel, « le roi du Ciel dressera un royaume qui jamais ne sera détruit [...]. Il écrasera et anéantira tous ces royaumes et lui-même subsistera à jamais ». Autant dire : son règne n’aura pas de fin.

Car cette pierre mystérieuse, pierre qui fracasse à l’improviste « toute puissance altière qui se dresse contre la connaissance de Dieu » (2 Co 10, 5), c’est en définitive, la Parole de Dieu. La Parole qui a pris chair en Jésus-Christ, fils de David, Roi et Messie. Cette pierre, les bâtisseurs l’ont rejetée (Ps 117, 22) - « ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi » (Jn 18, 35) et, au vendredi saint, elle s’approche du colosse du jour, cet Empire romain dont Pilate est le représentant.

Question : « - Es-tu le roi des juifs ? ».

« - Oui. Et non seulement des juifs, mais de toutes les nations car je suis venu "pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés" (Jn 11, 52) ». L’écriteau placé sur la Croix annonce certes « Jésus le Nazôréen, le roi des juifs » mais, comme en une Pentecôte anticipée, il le proclame, hors de la Ville, pour toutes les nations, en hébreu, en grec et en latin (Jn 19, 19-20).

Pourtant, précise Jésus, « ma royauté n’est pas de ce monde ».

« - Ouf, respire César. Voilà qui me convient parfaitement. Il s’agit donc, si j’entends bien, d’une affaire purement privée. Les religions les plus spirituelles, celles dont l’influence ne franchit jamais le seuil des sacristies, sont toujours les meilleures, en tous cas celles que je préfère. Séparation oblige ! »

« - Attention, ô César. Je crains qu’il y ait un malentendu. Ma royauté s’exerce bel et bien sur ce monde. Je ne règne pas sur des abstractions, sur de purs esprits mais sur des personnes réelles qui sont engagées dans une vie familiale, sociale et politique. Il n’y a donc pas de lieu ni d’institution dont les portes seraient pour moi hermétiquement closes et où tu pourrais à ton aise faire ton petit dieu. Mais il est vrai que, ma royauté qui s’exerce sur ce monde, primo, ne vient pas de ce monde, secundo, poursuit un autre but que le bonheur en ce monde, tertio, utilise d’autres moyens que les tiens. »

Tout d’abord, la royauté du Christ ne vient pas de ce monde, car elle ne repose pas sur le choix des hommes mais sur l’initiative du Père. « C’est moi, dit le Seigneur, qui ai sacré mon roi sur Sion, ma sainte montagne » (Ps 2, 6). C’est moi qui par l’Incarnation ai fait de mon Fils, de mon Unique, le chef de l’humanité nouvelle et je lui ai donné les nations en héritage.

Elle ne vise pas non plus le bien terrestre des communautés humaines, en tous cas pas directement. D’ailleurs Jésus, après la multiplication des pains, quand on veut le faire roi, s’enfuit dans la montagne, tout seul (Jn 6, 15). Sa Royauté ne se substitue donc pas aux autorités politiques légitimes. Elle n’entre pas en concurrence avec Hérode ni César, du moins tant qu’Hérode ou César ne se prennent pas pour Dieu.

Enfin, Jésus règne par de tout autres moyens que ceux des puissants de ce monde. « Si mon Royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs » (Jn 19, 36). Et à Pierre qui tire précisément l’épée pour le défendre - fer contre fer, violence contre violence -, Jésus ordonne : « Rentre le glaive dans le fourreau » (Jn 18, 11). Jésus est un roi désarmé, un roi nu.

Mais alors d’où vient sa force ? « Le Vatican, combien de divisions ? », ricanait l’autre qui se croyait à l’abri derrière son mur. Mais le mur s’est effondré sans qu’il soit besoin de divisions blindées, car plus fort que la violence des hommes, il y a la force spirituelle de la vérité. Et telle est bien l’arme de Jésus. « Je ne suis né, je ne suis venu en ce monde que pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37)

Ce témoignage, c’est la révélation de l’admirable projet de Dieu pour les hommes. C’est la révélation de son propre mystère à lui, Jésus, lui en qui et par qui il a plu à Dieu de réaliser tous ses desseins de réconciliation et de paix. Aussi ce témoignage culmine-t-il sur la Croix. Là Jésus, élevé de terre, attire à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32). Là il fait éclater l’amour infini de Dieu. Là, il livre l’Esprit (Jn 19, 30 et 34), qui introduit les croyants dans la vérité tout entière (Jn 16, 13), et ce faisant les rassemble autour du Ressuscité en un seul Corps, un seul Royaume, une seule Église.

Car dans ce Royaume on n’entre ni par droit du sol ni par droit du sang. On entre par l’eau et par l’Esprit (cf. Jn 3, 5), on entre par la foi. « Quiconque est de la vérité, dit Jésus, écoute ma voix » (Jn 18, 37). Aujourd’hui même, il est avec moi dans mon Royaume (cf. Lc 23, 43)




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