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Du talent et de la joie

17 novembre 1996

 

En ligne depuis le mercredi 22 juin 2005.
 
 

A tout homme qui a, on donnera et il aura du surplus ; mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a.

La parabole des talents s’inscrit dans le discours sur la fin des temps et la venue du Christ. Il répond au grand discours prononcé sur la montagne au début du ministère de Jésus. Ainsi le commencement et la fin se répondent et s’appellent comme le fruit se rapporte à la semence. Ce n’est plus de la montagne de Galilée dominant la mer de Tibériade mais de la montagne de Sion, de la montagne du Temple, que le Christ nous invite à entrer dans la joie du Maître. Car le bonheur promis aux pauvres d’esprits, aux doux, aux affligés et aux persécutés, c’est d’entrer dans la joie du Maître.

Sans aucun doute, seul le Christ a possédé et vécu les Béatitudes en plénitude. Mais nous, nous participons du Christ et de ce fait, nous sommes le trésor du Père parce que nous vivons de la vie du Fils et que l’Esprit-Saint a répandu ses dons en nous. Les Béatitudes sont ainsi en nous l’expression du premier des dons que Dieu nous accorde. Et ce don, c’est celui qui fait le cœur de la vie du Dieu en trois personnes : la charité. Chacune des béatitudes est une facette de cette charité. Chacun de nous les a reçues et, selon les capacités que Dieu a mises en chacun de nous, il se doit de les vivre personnellement dans le mystère propre de sa vocation. Les Béatitudes que Dieu nous accorde sont les talents que nous devons faire fructifier. Et n’y a-t-il pas huit Béatitudes, comme il y a huit talents répartis diversement ?

Aussi l’Esprit-Saint nous est-il donné à chacun pour notre labeur, c’est-à-dire pour la peine personnelle que nous prenons à la multiplication en nous des talents reçus. Nourris par la puissance de Dieu, nous sommes enrichis et irrigués par la grâce. Car ce Maître qui part, c’est le Christ qui nous donne nos talents et pourtant ne cesse de venir dans la grâce. Ainsi, ce qu’il a déposé en nous, ce qu’il a commencé, c’est encore lui qui l’achève. Et il l’achève en nous donnant sa joie, en nous permettant d’y entrer. Ce à quoi nous sommes destinés par les Béatitudes, par les talents déposés en nous. C’est à entrer dans la joie du Maître. Et nous sommes déjà dans cette joie, quand nous travaillons à la fructification de nos talents.

Car ce que nous faisons fructifier, c’est l’amour. Et la joie qui est dans le Christ et qu’il nous communique, c’est la joie qui est dans le cœur de la Trinité et qui procède de son amour. La joie est cet épanouissement de l’amour, savoir aimer et se savoir aimé. En raison même de cette double dimension de l’amour, de cette double dimension de la joie, le risque est grand de se creuser un trou pour y enfouir notre talent, de diluer la béatitude que nous portons au fond du cœur.

D’abord on peut être négligent, vivre en pensant que se contenter de ne pas faire le mal sans pour autant faire le bien suffit ; bref ne pas se salir les mains parce qu’on ne sait pas aimer véritablement. C’est peut-être ce qu’entend le Maître quand il reproche au mauvais serviteur de ne pas avoir placé à la banque le talent confié. Car ce n’est pas servir que de s’abstenir ; ce n’est pas grandir que se recroqueviller ; ce n’est qu’une manière mesquine de cacher sa lâcheté.

Mais on peut encore creuser son trou en se trompant de joie parce qu’on se trompe d’amour. Trois sortes de joie peuvent être nôtres, depuis les joies les plus extérieures jusqu’à la joie la plus profonde. Si nous voulons entrer dans la joie du Maître, il nous faut choisir l’amour du Maître et par là renoncer d’une certaine manière aux deux autres amours et à leurs joies. Ou plutôt, il s’agit pour nous de revenir à la joie la plus intime, de faire ce chemin qui nous ramène au cœur de notre cœur pour tout y ordonner.

De ces trois joies, la première est la plus superficielle, la plus extérieure, elle procède de ce que saint Jean appelle la convoitise des yeux, la convoitise de la chair et l’orgueil des richesses. Elle nous tire hors de nous-mêmes, elle se complaît dans la satisfaction des désirs les plus simples voire des plus vulgaires. Elle aime ce qui change, elle n’aime rien tant que le tourbillon dans lequel elle entraîne. Seule la satisfait la quête insatiable de la nouveauté pour la nouveauté.

En recherchant cette première joie, nous nous égarons, en trouvant la seconde, nous nous retrouvons. Car cette deuxième joie est celle d’une bonne conscience, elle est celle de celui qui se réconcilie avec lui-même car, dans le Christ, il a tout d’abord été réconcilié avec son Dieu. Elle est la joie propre de notre vie chrétienne ici-bas, car elle est la joie de la femme vaillante. Joie austère, car elle est la joie du dévouement et de l’héroïsme. Elle procède de la charité, du don de soi, non pas n’importe quel don de soi, mais celui qui naît de la vie des talents, des Béatitudes en nous. Comme la joie de la femme vaillante, elle s’accompagne de privations et de renoncements. Sous peine de n’être que superficielle et recherche de soi, elle exige l’abnégation, l’offrande des affections les plus naturelles, et va jusqu’à l’exclusion de la reconnaissance et de la réciprocité. La femme vaillante est elle-même la récompense de son entourage, mais il n’est rien dit de la reconnaissance de son entourage envers elle. Ainsi, la joie d’aimer se suffit à elle-même, elle domine toute privation, toute souffrance, toute ingratitude. Rien ne peut la ravir, car l’amour qui l’anime s’exprime dans le sacrifice et transfigure la souffrance.

Cette joie de la vie des Béatitudes est déjà, par anticipation, la joie de la Béatitude, cette troisième joie à laquelle nous sommes tous destinés. Les talents que par la grâce nous faisons fructifier sont déjà de quelque manière, la présence en nous de Celui qui nous les a confiés. Et c’est à la mesure que nous avons aimé qu’il nous sera, non pas rendu, mais surajouté. Ou qu’il nous sera ôté car à celui qui a on enlèvera même ce qu’il a. Et ce qui lui sera ôté ne sera jamais que ce qu’il aura perdu. Comment le serviteur mauvais et inutile pourrait-il jouir de ce qui est le couronnement et l’achèvement de ce qui lui était donné à faire vivre, comment celui qui a préféré sa propre joie, sa propre satisfaction, sa propre suffisance, pourrait-il communier à la joie éternelle ? Au don, il a répondu par l’accaparement, à la conversion vers la lumière, il a préféré les ténèbres, à la vie offerte, il a choisi l’autosatisfaction. Il ne peut plus entrer dans la joie du Maître, car il n’a pas vécu de la joie du Maître.

A nous maintenant d’aimer, à nous maintenant de nous donner, non à nous-mêmes mais à Celui de qui vient tout don parfait, à Celui pour la plus grande joie de qui nous vivons. Aussi pouvons-nous faire nôtre cette si belle prière de saint Ephrem que récitent les Orientaux au cours du Carême :

Seigneur et Maître de ma vie, ne m’abandonnez pas à l’esprit de paresse, de découragement, de domination, de vain bavardage.

Mais faites-moi la grâce, à moi votre serviteur, de l’esprit de chasteté, d’humilité, de patience et de charité.

Oui, Seigneur-Roi, accordez-moi de voir mes fautes et de ne pas condamner mon frère, ô Vous qui êtes béni et vivez dans les siècles des siècles. Amen.

Modifié le 7 juillet 1997




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