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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 25 >>   Si quelqu’un veut être le premier...

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Si quelqu’un veut être le premier...

21 septembre 1997

 

En ligne depuis le dimanche 9 avril 2006.
 
 

"Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous". Cette invitation de Jésus fait partie de ces paradoxes bien connus de l’évangile : les premiers seront les derniers et les derniers premiers...qui veut trouver sa vie doit la perdre...qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. Saint Marc nous rappelle le contexte dans lequel Jésus y fait allusion : alors même que les disciples discutaient en chemin pour savoir qui d’entre eux était le plus grand. L’évangéliste aime ce thème du chemin : Jésus est en chemin vers sa Pâque, les disciples sont en chemin à sa suite et nous-mêmes avons à nous remettre en chemin. Ces paradoxes n’indiquent pas une découverte faite une fois pour toutes mais un chemin à poursuivre et une manière de vivre à approfondir à partir de ce beau mot de serviteur.

Remarquons tout d’abord que ce mot résume en fait notre vocation humaine et chrétienne à condition de ne pas mal le comprendre. Il ne s’agit pas en soi d’idéaliser la condition de serviteur et de cautionner ainsi toute une organisation sociale qui tend toujours à l’exploitation de l’homme par l’homme. Il s’agit plutôt de retrouver cette vision fondamentale de l’agir humain qui doit être un service du développement de tous et de chacun et plus mystérieusement de l’œuvre de Dieu parmi nous. Cette vocation de serviteur prend tout son sens en retrouvant son lien privilégié avec la vertu chrétienne de magnanimité. Ce lien est clairement indiqué dans les paradoxes évangéliques : premier/dernier, grand/petit, s’élever/être abaissé...Si tu veux être premier, être grand, être élevé... non seulement l’évangile ne blâme pas cette tendance fondamentale de notre vie mais il veut l’encourager : "Soyez parfaits" nous dit Jésus par ailleurs. Viser haut, avoir un grand projet pour sa vie, voilà l’objet de la vertu de magnanimité. L’abbé Pierre soulignait à sa façon ce lien dans une de ses prédications. Il disait qu’il avait beaucoup réfléchi à la question de nombreux étudiants lui demandant que faire pour lutter contre la pauvreté : "Devenez le plus compétent possible, leur disait-il, pour pouvoir mettre au service des pauvres vos compétences". La vie chrétienne n’a donc rien à voir avec la médiocrité. Mais l’évangile nous prévient : si tu veux viser haut, et il le faut, ne te trompe pas de chemin : apprend à devenir véritablement serviteur.

Il y a cependant une raison plus fondamentale qui fait de la figure du serviteur le cœur de notre vocation, c’est le mystère même de Jésus-Christ. Le Chrétien n’est pas un adepte d’une idéologie du service, il est disciple d’un Maître qui s’est fait serviteur. Parmi tous les titres que l’on voulait lui donner, Jésus les a tous refusés sauf un, celui de serviteur. On voulait le faire roi, il s’est enfui, on lui demandait s’il était le Messie, il ne répondait pas sauf en privé à ses disciples et en dévoilant immédiatement après que le Fils de l’Homme serait livré et mis à mort. L’évangile nous le rappelle aujourd’hui et renvoie à cette manière dont sa passion révélerait enfin la véritable identité de Jésus : en livrant sa vie par amour et jusqu’au bout, il dévoile le vrai visage de Dieu, celui-là même qui unit si mystérieusement ces contraires des paradoxes évangéliques : être le plus grand parce que capable de se faire si petit, être le plus élevé parce qu’étant descendu au plus bas, être le plus puissant parce que révélant la seule puissance acceptable, celle de l’amour qui se livre dans un désarmement total. Jésus par sa croix fait ainsi tout basculer et il ouvre un chemin mystérieux par sa Résurrection ; il continue à être présent à notre monde par son esprit : "Je suis au milieu de vous comme celui qui sert".

Au cours des JMJ, Monseigneur Teissier, archevêque d’Alger, a longuement été applaudi par les jeunes lorsqu’il leur expliquait cet aspect important de l’eucharistie. Les Chrétiens sont peu nombreux en Algérie. S’ils se retrouvent parfois à 4 ou 5 seulement pour célébrer l’eucharistie, ce n’est pas uniquement pour célébrer la présence du Christ au milieu des Chrétiens mais la présence du Christ Serviteur au milieu de tout le peuple algérien. Dans ce pays mortellement blessé par ce débordement de violence, ils sont en effet nombreux ceux et celles qui choisissent de risquer leur vie au service de leurs frères pour travailler à la paix et à la réconciliation. Ce mystère nous dépasse et nous invite à désirer en vivre davantage chaque jour.

Aussi est-il bon pour terminer de nous demander si nous ne nous payons pas trop de mots lorsque nous prétendons suivre le Christ sur son chemin de Serviteur. L’évangile d’aujourd’hui note par deux fois le silence des disciples : silence d’incompréhension après l’annonce de la passion de Jésus, silence de honte après la question sur leur sujet de conversation. Remarquons la pédagogie avec laquelle Jésus les rejoint sans jamais leur faire la morale. Il prend un enfant et les invite à accueillir tout enfant en son nom. L’enfant signifie à la fois l’être le plus fragile et le plus dépendant mais il évoque aussi la condition de disciple. Sachons nous accueillir les uns les autres comme des enfants sur ce chemin de serviteur. Comme pour tout enfant, il y a ces moments où nous ne comprenons rien à rien ou encore ceux où nous avons honte de nous découvrir si prétentieux ou encore ceux où nous nous rebellons et nous tapons du pied pour ne plus avancer. Le Seigneur nous connaît bien et il sait comment nous rejoindre pour nous inviter à aller plus loin. Sans doute est-ce au moment où nous comprenons combien cela nous est impossible sans l’aide de Dieu, et il faut savoir la demander avec force, que nous serons le plus à même de franchir un seuil important. Certains de ses seuils ressemblent, il est vrai, à de véritables accouchements dans la douleur. Ayons confiance, ces accouchements sont toujours pour la vie.

Que la petite Thérèse dont la fête est si proche nous y aide, elle qui disait "Ma vocation, c’est l’amour". Aimer et suivre le Christ Serviteur, c’est tout un, amen !




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 Si quelqu’un veut être le premier...



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