Accueil
Présentation Avent Noël Ordinaire Carême Pâques Sanctoral Divers        


Accueil >> Sanctoral >> 9 novembre Dédicace du Latran >>   Un Christ qui s’énerve

TOP 5 :

textes  les plus lus :
 
par fr. HF Rovarino o.p.
La Mère de Dieu a quelque chose à nous dire
8265 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Au désert, je parlerai à ton cœur
7428 visites

par fr. R Bergeret o.p.
Dieu nous fait le cadeau de sa présence
7325 visites

par fr. ST Bonino o.p.
Notre attente : la vie éternelle
6618 visites

par fr. BM Simon o.p.
Le jeune homme riche
6224 visites

Un Christ qui s’énerve

En ligne depuis le dimanche 9 avril 2006.
 
 

Un Christ qui s’énerve ! J’ai bien entendu ? Qui fait un fouet avec des cordes ! Comment c’est possible ?

Comment comprendre un tel éclat, qui de la part de Jésus fut quand même pas simple réaction de tempérament mais geste délibéré ? L’explication se situe, me semble-t-il, pour ainsi dire à trois niveaux, et même quatre...

Tout d’abord, même si ce n’est pas un motif déterminant, il est intolérable à Jésus de voir profaner le temple de Dieu par la commerce et la passion de l’argent, par tout ce trafic, comme il dit, qui s’y donne libre cours. Profanation du temple qui dit aussi l’encombrement et la profanation de nos vies par mille passions envahissantes, celles du gain et de l’argent avant tout, érigée en idéal au lieu de rester simple moyen de subsistance. A quoi il faut ajouter les profanations qu’infligent au temple de nos corps les violences, tortures, viols et autres dégradations...

Plus profondément, plus directement encore, c’est la pensée de son Père dont il voit l’honneur atteint, qui provoque en Jésus pareil soulèvement de son âme. Le Père est son unique et dévorante passion : "Il faut que le monde sache que j’aime le Père" Jn 14, 31. Combien de fois le fait-il entendre en saint Jean ! Aussi de quelle violence " le doux et humble de cœur" est-il saisi quand l’honneur et la gloire de son Père sont en jeu ! Spontanément, les mots d’un psaume reviendront à la mémoire de ses disciples : "le zèle de ta maison me dévorera" (Jn 2, 17, cf. Ps 79, 10). Oui, mon zèle jaloux pour ton service, pour ton nom, me brûle, me consume, finira même par avoir raison de ma vie : j’en mourrai !

Du zèle pour Yahvé et son honneur, il est dit maint fois dans l’Ecriture que des hommes de Dieu furent enflammés. De quel feu, plus calcinant encore, devait être embrasé le cœur du Fils unique, quand il voyait la gloire de son Père ombragée, et en sa propre maison !

Il est cependant une troisième signification qui s’impose à l’esprit de Jean lorsqu’il revient sur la scène du temple, la plus importante sans doute à ses yeux. Le temps est venu où, à l’ancien sanctuaire, lieu jusqu’ici de la présence divine en Israël, un autre doit être substitué, le sanctuaire qui sera le corps même du Christ.

Lorsque les Juifs - c’est-à-dire ceux qui s’opposent au Christ - réclament de lui un signe qui justifie sa conduite, scandaleuse à leurs yeux, qu’il le pousse à expulser du temple vendeurs et monnayeurs, Jésus leur réplique par de défi : "Détruisez ce sanctuaire, en trois jours je le relèverai" (Jn 2, 19). Il ne peut s’agir, bien évidemment, du temple de pierre détruit par les armées de Titus en 70, qui au moment où Jean écrit ne pouvait être reconstruit.

Mais Jésus, nous dit l’évangéliste, "parlait du sanctuaire de son corps", qui sera en effet détruit au jour de sa passion et de sa mort, et qu’il "relèvera" par sa résurrection. La destruction sera l’œuvre de l’humanité pécheresse ("détruisez") ; "relevez" sera l’œuvre propre du Fils ("je le relèverai"). Il est significatif que le mot employé par Jésus ne soit pas "reconstruire" mais "relever" (egeiro) qui dans le grec de Jean est le mot propre de la résurrection. C’est donc tout à la fois sa passion et sa résurrection que Jésus annonçait ainsi, dès sa manifestation publique à Jérusalem, au temps de la Pâque, lorsqu’il clame en plein milieu du temple : "détruisez ce sanctuaire, en trois jours je le relèverai".

Bien sûr, il n’était pas possible sur l’heure, ni aux Juifs ni d’ailleurs aux disciples de comprendre cette parole de Jésus. En témoigne la réaction qui se veut ironique : "il a fallu quarante six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèveras !" (Jn 2, 20). Après la résurrection du Seigneur, quand les disciples se souviendront, à la lumière de l’Esprit qui leur aura été donné, des paroles alors prononcées par Jésus, les disciples en découvriront le sens. Ils y trouveront un affermissement de leur foi.

Il est enfin une quatrième dimension de cette scène qui nous faut retenir si nous voulons saisir, en toute sa portée, l’événement du temple. Nous ne devons pas oublier, en effet, que les Juifs, même après la destruction du temple, ne cesseront de garder l’espérance d’un temple nouveau et d’une ville nouvelle, selon que l’avait annoncé le Seigneur en Jérémie : "Ce jour-là les veilleurs crieront sur la montagne d’Ephraïm : Debout, montons à Sion... De nouveau je te bâtirai et tu seras rebâtie, vierge d’Israël" (Jer 31, 4, 6). Le temple eschatologique, où tous ses fils seront un jour rassemblés, n’a jamais cessé de soutenir la foi d’Israël, même aux heures les plus désespérées de son histoire.

Cette vision du temple définitif n’est pas absent de la prophétie de Jésus : "Détruisez ce temple, je le relèverai". Son mystère pascal de mort et de résurrection ouvre sur le Royaume où toute l’Eglise des hommes, plénitude de son corps (cf. Col 1, 19) sera réunie. "Voici, dira-t-il dans le discours des adieux, que je vais vous préparer un lieu... Je reviendrai vous prendre avec moi, afin que, où je suis moi, vous aussi vous soyez" (Jn 14, 2-3).

Tel est le temple éternel où tous les hommes sont convoqués. Seul le Corps de Jésus ressuscité sera le temple nouveau, fondement et centre du monde nouveau.




2582 affichages
 

 Un Christ qui s’énerve



Untitled Document