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Le pain du Fils de Dieu

21 févr. 1999

 

En ligne depuis le dimanche 9 avril 2006.
 
 

Le premier Adam succomba à la tentation suggérée par le serpent et relayée par Eve : la femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il avait un aspect agréable et qu’il était désirable, puisqu’il donnait l’intelligence. Ils en mangèrent, assouvissant ainsi la triple convoitise dénoncée par saint Jean : celle de la chair, celle des yeux, celle de l’orgueil (1 Jn 2, 16). Ils s’exilèrent ainsi du jardin de la vie car le salaire du péché, c’est la mort (Rm 6, 23). Ainsi par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort.

Israël, exilé lui aussi, pendant quarante années dans le désert, succombe encore à une triple tentation : la faim, la mise à l’épreuve du manque d’eau à " Massa " et l’adoration du veau d’Or.

Les réponses de Jésus au diable se réfèrent à ces événements de l’exode. Les citations du livre du Deutéronome sont autant d’armes par lesquelles Jésus, le nouvel Adam, se montre victorieux de Celui qui s’emploie, avec une logique aussi forte que spécieuse, à fourvoyer sa mission. Jésus, nouveau Moïse, sait bien que la terre promise lui appartient, mais qu’il la reçoit, non de ce monde et de son Prince, mais de son Père.

Jésus résiste à l’invitation de prouver qu’il est le Fils de Dieu autrement que par l’obéissance à la volonté et à la parole du Père. Son Royaume, décidément, n’est pas de ce monde, et ce Messie refuse la puissance pour embrasser l’extrême abandon jusque sur la croix. Il le dira un jour à ses Apôtres : Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, d’accomplir son œuvre (Jn 4, 34).

Le Fils de Dieu est le seul qui puisse dire en vérité : que ta volonté soit faite, non pas ma volonté mais ta volonté. Même accablé par la faim, il s’en remet à son Père, en pleine confiance, pour lui demander aujourd’hui le pain de ce jour. Par son obéissance de Fils, il extirpe tout germe de rébellion. Arrière, Satan ! Tu es vaincu, car elle est exaucée la prière par laquelle nous demandons à être gardés de succomber à la tentation et à être délivrés et du Mal et du Malin.

Tant que la famille des enfants de Dieu, l’Eglise, l’Israël nouveau, vit le Notre Père, elle repousse la triple tentation dont Jésus est à jamais victorieux et à laquelle l’ancien Israël avait succombé. Mais il lui faut pour cela se laisser conduire au désert par l’Esprit, y être tentée par le diable, et renouveler sa fidélité. Cet exode, c’est le carême, préparation à l’indispensable mort qui ouvre sur la joie définitive de la vie éternelle.

L’Eglise tout entière vit cela aujourd’hui. En elle, le Christ dit trois fois non ; non à l’idolâtrie de l’économique et du politique, non à la manipulation de la Parole de Dieu, non à la compromission avec les pouvoirs humains. Le Christ dit non, l’Eglise dit non, et chacun de nous, aussi, dit non. Devrait dire non. Car s’il est certain que le Christ dise non, il peut l’être déjà moins de l’Eglise. Les repentances actuelles pour notre passé en témoignent. Et que dire des repentances futures pour le présent qui nous aveugle ? Cette ambivalence de l’Eglise, que nous croyons une, sainte, catholique, et apostolique, mais qui peut nous sembler parfois engluée dans la division et le péché, se retrouve dans notre propre vie. Que chacun interroge ici son cœur en vérité.

Cette dernière année préparatoire au grand Jubilé de l’an 2000 oriente notre regard intérieur vers le Père, à l’exemple et par la médiation de son Fils Jésus. C’est de Lui, conduit au désert par l’Esprit, que nous avons à apprendre chaque jour à devenir fils de Dieu, à dire oui au Père et à son Règne, non au monde et à son Prince. Saint Augustin avait bien campé le choix qui s’offre à nous, lorsqu’il écrivait : " Deux amours ont construit deux cités : l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi - c’est la Cité de Dieu -, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, c’est la Cité du Diable ". Il nous faut élire notre domicile dans la Cité de Dieu, il nous faut revenir à Dieu de tout notre cœur et l’aimer plus que tout, et toutes affaires cessantes : il n’y a d’urgent que l’essentiel. Le pain qui manquait, Dieu l’a suppléé, le Christ, pain de vie, l’a multiplié. Il nous a invité aussi à le partager et à nourrir celui qui a faim, en véritable charité, mais il dénie qu’il faille nous préoccuper de changer les pierres en pain. Où est la frontière ? Là où est la tentation. Où est la victoire ? Là où Jésus repousse la logique infernale en rappelant : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Le Cardinal Journet remarquait justement : Cette parole se revêtait ici d’une solennité jusqu’alors inouïe. Elle devenait une lumière suprême pour l’humanité. Elle divisait entre elles les deux Cités. Elle prophétisait que partout où serait proclamé le primat du temporel et de l’économique, c’est le pain lui-même, chez les hommes devenus sans cœur, qui commencerait de se changer en pierres.




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 Le pain du Fils de Dieu



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