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L’Amour veut toujours le maximum

Dimanche 14 février 1999

 

En ligne depuis le dimanche 9 avril 2006.
 
 

La loi du Christ ! Quel merveilleux fourre-tout ! En passant de la loi ancienne à la loi nouvelle, de la loi des prophètes à la loi de Jésus, on pousse un " ouf ! " de soulagement. Finis les 613 commandements, finies les prescriptions, fini le quotidien codifié et pointilliste, fini le culte alourdi et inefficace, fini le monde des apparences, fini le rite sans la vie ! La loi du Christ : voici la vie, voici le souffle de l’Esprit, voici au moins le vent de la liberté !

Ah ! Comme il est facile d’opposer le Nouveau Testament à l’Ancien ! Hier la loi, aujourd’hui la liberté ; hier le péché, aujourd’hui la grâce ; hier la justice, aujourd’hui l’amour ; hier la colère de Dieu, aujourd’hui la Charité du Christ. Mais les oppositions trop faciles ne disent pas la vérité. Elles rassurent sans enseigner, elles simplifient sans éclairer. Les tensions dialectiques ne sont décidément que sclérose de l’esprit.

Mais l’Évangile - très long - de ce dimanche nous oblige à reposer autrement le problème. " Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ", dit Jésus. Il dit qu’il ne change rien, et pourtant il change tout. Pas un point, pas un i, ne passent de la loi, mais sa loi, la loi nouvelle, vient remplacer la loi ancienne. Et c’est pourquoi il nous faut retenir, quelques instants, notre " ouf " de soulagement : car le voici qui reste coincé dans le gosier. En effet, la loi de Jésus, parce qu’elle est la loi de liberté, risque bien d’être plus difficile à vivre que la loi ancienne ! Ce n’est pas rien, en vérité, que d’accomplir la loi du Christ. Jésus nous demande de passer du négatif au positif, de l’extérieur à l’intérieur, de l’ancien au nouveau, trois exigences inouïes.

1) Avec l’Ancien Testament on peut faire semblant de croire à un code du permis de défendu. Parmi les Dix Commandements, plusieurs en effet forment une suite d’interdits : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, ne pas prendre la femme de son prochain, ni son boeuf, ni son âne ! Et l’on se prend à rêver d’une autre morale, non plus négative, mais positive, qui n’interdit pas, mais qui promeut ! Un tel rêve ne va pas sans illusion. Pour deux raisons : d’abord parce que l’Ancien Testament est tout sauf une morale de l’interdit, ensuite et surtout parce qu’une morale qui ne fait qu’interdire quelques excès sauvegarde la liberté pour tout le reste ; alors qu’une morale qui prescrit du positif devient beaucoup plus exigeante, parce que rien ne lui échappe ! Exemple plaisant : dans un train, sur toutes les portes et les fenêtres, il est écrit " Ne pas se pencher au-dehors ". C’est interdit. Mais semble-t-il, cela laisse libre de faire beaucoup d’autres choses : défenestrer un barbouze, par exemple, n’est-ce pas Bernard Blier !

Or, voici que la loi de Jésus devient plus explicite, plus envahissante. Il ne s’agit plus de négatif seulement, ou de semblance de négatif, il s’agit de positif : aimer Dieu, et son prochain. Et tout d’abord, au lieu de minimiser les interdits, Jésus dans notre Evangile les rend plus stricts encore. Vous avez entendu : tu ne tueras point ; moi je vous dis : ne te mets pas en colère contre ton frère, car il y a des paroles qui tuent. Vous avez entendu : tu ne commettras pas d’adultère ; moi je vous dis : ton désir mauvais est déjà adultère, ton simple regard, un simple geste de la main ! Vous avez entendu : si tu renvoies ta femme, donne-lui au moins un acte de divorce ; moi je vous dis : ne divorce pas, ne te remarie pas, sinon tu commets un adultère. Vous avez entendu : ne trahis pas ton serment ; moi je vous dis : ne jure pas du tout. Qui a dit que Jésus faisait sauter les interdits ? Il semble au contraire qu’il les augmente ! Cela est vrai. Et pourtant, là n’est pas encore l’essentiel.

2) Jésus nous demande de passer de l’extérieur à l’intérieur, d’une loi qui ne nous concerne pas à une loi qui nous concerne, du faire à l’agir, du dehors au dedans. Les exemples qu’il prend dans la loi de Moïse dessinaient la loi du minimum, la justice du minimum, le tolérable, l’accommodement, la médiocrité maquillée en loi, au mieux la simple justice humaine bénie par Dieu. Or il s’agit maintenant de remonter jusqu’à la source. La justice nouvelle est une justice du maximum, car elle est à la mesure de l’amour. Et l’amour ne se contente jamais du minimum : l’amour veut tout. L’amour exige le maximum. Il veut des actions justes, il veut un cœur purifié, il veut surtout l’amour pour but et pour motif.

Et c’est pourquoi la loi du Christ est si exigeante : elle tire la justice plus haut qu’elle-même : elle la fait passer du plan moral au plan théologal, de l’humain au spirituel. Au fond, la simple justice, la justice du minimum, consiste à vivre honnêtement et à ne pas faire de mal à ses voisins. On marche à petits pas au bord de la falaise du péché, sans tomber ! Alors que la charité du Christ, qui passe du négatif au positif, de l’extérieur à l’intérieur, de l’humain au divin, veut tout. Et grande sera notre tentation, à toutes les époques, de la rabaisser ; de réduire la charité au caritatif, la justice du Christ à l’humanitaire, la charité envers tous, à l’activisme social, etc. Dans le message du Christ, il y a tellement plus ! Il y a le commandement de l’amour.

3) Mais en définitive, ce commandement de l’amour est-il tellement neuf ? Passe-t-on finalement avec Jésus de l’ancien au nouveau ? Il semble que oui, car Jésus le dit lui-même : " Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ". Et pourtant cette nouveauté est si ancienne, qu’elle introduit les dix commandements, qu’elle résume en fait toute la loi, et que tout juif pieux la récite chaque jour : " Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces commandements que je te donne aujourd’hui resteront gravés dans ton cœur ". (Dt 6,4-7).

Qu’y a-t-il donc de si nouveau ? Ceci : l’amour commandé avait besoin d’être sauvé. Nous n’étions pas capables d’aimer : et Jésus a aimé pour nous, il a aimé le premier. Ce qui est nouveau, c’est Jésus lui-même en tant qu’il aime le Père : Abba, Père, " Notre Père ". Ce qui est nouveau, c’est ce chemin presque effacé et qu’il est venu tracer à nouveau, celui qui nous conduit au cœur du Père, celui qui nous rend capables d’aimer. Et c’est pourquoi toute la loi est reprise, rendue parfaite, accomplie, assumée : désormais il s’agit de devenir d’autres Christ, de se conformer au Christ, d’agir par lui et en lui : " aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ", dans l’Esprit . La loi est devenue, en s’incarnant dans le Christ, à la fois plus intérieure et plus visible, plus libre et plus exigeante, plus spirituelle et plus incarnée.

Et nous voici marqués, à jamais, de cette loi nouvelle, si belle, si grandie, si humaine et si divine. Et aujourd’hui, pour nous, cela veut dire qu’il ne s’agit plus seulement de faire des choses, mais d’être l’ami du Christ. Il ne s’agit plus seulement de croire, mais de pratiquer ! Il ne s’agit plus seulement de donner quelques heures de son agenda à la religion, mais il s’agit de faire de la vie intérieure le moteur de sa vie extérieure. Il ne s’agit plus de choisir dans la foi ce qui nous plaît, mais de recevoir tout ce que le Seigneur nous dit. En vérité, l’amour du Christ nous mange tout cru : il nous prend tout entiers, car l’amour veut toujours le maximum.




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