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La fin du monde

15 novembre 1998

 

En ligne depuis le dimanche 9 avril 2006.
 
 

La fin du monde, la fin du monde, vous y pensez parfois ?

On a beau dire que notre vie pour l’instant est d’abord ici-bas, on y pense à cette fin du monde.

On a beau dire qu’il ne faut pas s’évader dans le rêve, on la rêve un peu cette fin du monde.

On a beau dire que Dieu ne nous enseigne ni le jour ni l’heure, on continue à se demander le jour et l’heure.

On a beau nous expliquer que ces images terrifiantes, oui, justement, sont des images, alors nous imaginons. Ce n’est peut-être pas bien mais " fallait pas donner des images ".

Pourquoi au nom du " sérieux de la vie ", on y penserait pas parfois à cette fin du monde. On soupçonnera peut-être une morosité passagère ? quelque déception en milieu de vie ? pire, un esprit chagrin et rabat-joie ? Pas forcément. Pensez à la fin du monde peut relever d’un sentiment profonde de la vie, une sorte de nostalgie riche, spirituelle, le désir d’une plénitude absente. Et ce n’est pas forcément non plus du romantisme à bon marché pour promeneur du dimanche. Cette plénitude de vie, elle va à la rencontre d’un mystère profond de notre existence comme si l’on savait qu’on est attendu au bout du chemin.

Mieux : méditer sur la plénitude de la fin du monde, c’est aussi espérer que notre vie présente connaît déjà un avant-goût de ce qui a goût de fin, c’est-à-dire de quelque chose qui finit bien comme une œuvre d’art est bien finie et s’ouvre alors les portes de l’éternité. Quand on y réfléchit à cette fin du monde, surtout en chrétien, on espère en saisir un frémissement. Pour celui qui sait marcher, le bout du chemin est présent à chaque pas.

Pourtant Jésus commence à prendre à rebours un sentiment trop facilement esthétique, cette beauté mondaine, ces belles pierres, ces ornements, ce temple humain trop humain qui à force de beauté minérale essaie de faire oublier que le seul temple qui tienne debout est un corps de chair. C’est si triste ces pierres qui ne sont pas des pierres vivantes. Alors que c’est si beau un corps vivant, habité par un esprit neuf, un temple du Saint-Esprit, un corps vivant dans le monde pour lui donner une âme, un corps sur le Dieu fait homme, un corps sur la Croix, un Corps d’hostie, un corps d’Eglise, et tout cela dans le corps de mon frère souvent douloureux, parfois beau d’un feu intérieur. Quand on médite sur la fin, notre corps est à l’écoute car il est le premier intéressé, notre âme, elle, est déjà immortelle. Les autres temples, il faudra les renverser pour autant qu’ils ne sont que des pierres sans vie et donc sans Dieu.

Quand il n’y a plus que des pierres trop mortes, l’homme cherche la vie et ses bouleversements. Alors, vient le péril de la séduction. On croit que l’histoire frémit de la présence de Dieu dans les événements les plus bruyants et l’on s’épuise à rechercher une raison de vivre dans cette agitation tapageuse qu’on nomme l’actualité. Mais l’actualité de l’homme n’est pas toujours l’actualité de Dieu. C’est d’ailleurs pourquoi on a tant de mal à comprendre la fin de l’histoire. Dieu est plus attentif à une actualité silencieuse, une heure d’oraison, une compassion secrète, les confidences de vrais amis, qu’à un empire qui s’écroule, surtout un empire, pensez donc. Il est vrai que rien n’empêche aussi que les grands événements soient accompagnés de la prière, voire provoqués par elle, surtout la prière des saints et que l’actualité soit l’actualité d’un amour anonyme, médiatisée par l’Esprit-Saint, pour la fin du monde cela suffira.

Quand Jésus donne des exemples de signes, il y a quelque chose de déroutant. A les prendre à la lettre, on se dit que si l’on avait vécu tel moment tragique de l’histoire, et il n’est pas besoin d’aller chercher très loin, on aurait pu se dire : " ça y est, c’est la fin ! ". Alors, méditant sur toutes ces fausses fins possibles, à force on se fait philosophe et l’on se dit que la fin c’est pas pour demain, on a fait le coup à d’autres mais avec nous ça ne marche pas ; même les chrétiens qui attendent le retour du Christ, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils se disent en aparté " depuis 2000 ans que cela aurait dû arriver, on ne voit pas pourquoi cela serait maintenant ". Quant l’espérance baisse les yeux, l’amour devient lassitude et l’on se résigne.

Alors, Jésus intensifie le drame contre cette réaction un peu trop " père-père tranquille " d’une fin du monde bonne surtout pour les autres et pour laquelle, comme dit le chansonnier, il est peut-être bon de mourir pourvu que ce soit de mort lente.

D’abord, il faut résister à une séduction des plus subtiles. Elle consiste à faire croire que Jésus revient, pas moins. Imaginez, cela, sérieusement, au Journal de 20 h. Jésus revient comme le chantait une niaiserie d’un film récent. Certes, affirmer ainsi, la séduction ne serait guère subtile. Elle prend forme d’un absolu qui se glisserait dans l’histoire : il faut être dans le coup ; de son temps, c’est là que la vie est intense. Même les croyants se font avoir quand il pense que l’histoire est trop facilement signe de Dieu. Elle porte, hélas, plutôt la triste signature de l’homme qui dit : " c’est moi " à la place de Dieu. D’ailleurs Jésus, reprenant ces signes traditionnels pour bien faire comprendre qu’il parle de la fin des temps, passe à point beaucoup plus important.

Car après la séduction viendra la persécution. La séduction, c’est l’homme qui trompe l’homme et qui lui dit tu es trop beau pour ne pas être dieu ; la persécution, c’est l’homme qui tue l’homme parce qu’il est trop bête de croire encore en Dieu et de vouloir vivre sa différence ; dans les deux cas, Séduction ou Persécution essaient de rendre l’homme sans fin véritable, la vie dans l’immédiat, et l’immédiat c’est ce qui meurt à tout moment, sans suite, donc sans profondeur, sans fin, donc, sans Dieu. On s’enivre de l’immédiat pour mimer une plénitude déjà là.

On peut penser à la persécution la plus brutale. Elle existe encore et pour ses martyrs elle est souvent une fin, leur fin, à la fois atroce et belle ; atroce de trop de violence, belle d’un amour possible.

Mais il y a une persécution plus lancinante, celle qui touche le croyant " à cause de mon nom ", dit Jésus. Etre chrétien a pu être un signe de puissance autrefois. Aujourd’hui, il est objet au mieux d’indifférence, souvent de mépris. Je ne joue pas au chrétien persécuté. Demandez à un étudiant ce qui se passe si dans son amphi il se déclare publiquement chrétien. Pour ma part, je suis admiratif de beaucoup de jeunes qui essaient de construire leur foi avec intelligence, avec la patience de ne pas pouvoir encore répondre à tout, sans se durcir d’une manière ou d’une autre, sans édulcorer non plus les exigences de la cohérence de leur vie chrétienne. Ceux-là, j’en suis sûr, ils connaissent quelque chose de ce bon goût au sujet duquel Jésus dit : " je vous donnerait une bouche et une sagesse à laquelle vos adversaires ne pourront résister ou contredire ". Alors même que tout autour de nous ne serait que trahison et peut-être parfois aussi une part de nous-mêmes, le Seigneur compte la moindre perte par amour pour lui, ce cheveu perdu au vent d’un monde hostile, le Seigneur le reprend pour embellir notre âme. " Par votre persévérance, dit-il, vous sauverez vos âmes ", comme si Jésus disait : à la fin du monde, ne vous effrayez pas, je viendrai moi-même, et l’ami reconnaît toujours l’ami.




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