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Le 10e Lépreux

Dimanche 11 octobre 1998

 

En ligne depuis le dimanche 9 avril 2006.
 
 

La lèpre ! La lèpre resta longtemps la maladie absolue, le spectre de la contagion s’avançait partout, relayé volontiers par celui de la peste, alternativement. Du jour au lendemain : rejet, épouvante, épidémie. La crécelle du lépreux retentit encore à nos oreilles, comme une petite musique, grêle et aigre, annonciatrice du cauchemar. Et tout le monde n’est pas François d’Assise, pour dominer son dégoût, et embrasser le lépreux. Mais la lèpre a ceci de particulier qu’elle attaque la peau. Elle ronge les chairs. Elle semble détruire dans un être humain et sous ses propres yeux, ce qu’il a de plus précieux peut-être : son corps, son apparence, l’image de soi. Elle fait de lui, non seulement un grand malade, mais aussi, un damné de soi-même : car le malheureux ne se ressemble plus, il ne se reconnaît plus, et d’ailleurs on ne le reconnaît plus. Il perd son identité, il quitte sa maison. Encore vivant, il est déjà mort, mort civile, mort familiale, mort à sa propre dignité. Aujourd’hui, Jésus guérit dix lépreux. Le cas n’est pas unique dans la Bible. Et d’ailleurs, un petit rituel était prévu, de reconnaissance de guérison, devant les prêtres. Il est vrai qu’alors, on appelait " lèpre " toutes sortes de maladies de peau plus ou moins graves en fait. Toujours est-il que sur dix lépreux guéris, un seul revient ; et avant même de s’être montré aux prêtres, il rend grâce, face contre terre, aux pieds de Jésus. Il est guéri, dit Jésus, car sa foi l’a sauvé.

Pourquoi le dixième lépreux est-il sauvé par la foi ? Une explication aplatie se contenterait d’invoquer la joie d’être en bonne santé : " je suis venu, je suis guéri, merci docteur ! ". Jésus cependant a vu que le dixième lépreux a été sauvé, sauvé par sa foi . Alors, essayons de nous mettre, si je puis dire, dans la peau du lépreux . Ce qui a été guéri en lui, c’est justement sa peau, c’est à dire ce qui lui permet d’entrer en contact avec le monde extérieur, avec les gens, avec ceux qu’il aime. Le corps, et particulièrement la peau, sont les ambassadeurs de nos amours. Or, c’était son amour qui était malade. Devenu incapable de l’exprimer, il ne savait plus aimer. Et l’on pourrait l’illustrer de plusieurs façons ; un être qui ne peut plus ni aimer ni être aimé aura bien du mal à rencontrer Dieu ; un être, en fait tout être humain, qui est atteint de la lèpre du péché, ne peut plus aimer Dieu comme il le devrait, et même le pourrait . Tant et si bien que la vraie lèpre qui nous mange tous est celle de notre âme. L’âme est bien malade quand elle grandit sans Dieu, contre Dieu, loin de Dieu. La lèpre de l’âme, qui ronge notre amour de Dieu, s’oppose donc à la Charité ardente, à l’Espérance forte, à la Foi vive. Et c’est pourquoi le lépreux est guéri . Il a eu la Foi, celle qui guérit la lèpre de l’âme. Et le voici guéri aussi de la lèpre du corps ; il a compris où se trouvait sa vraie maladie. Il a compris la pédagogie de Jésus. La lèpre de l’âme attaque ce qui est en nous le plus précieux : l’image de Dieu . Nous ressemblons à Dieu, et même la splendeur de notre corps manifeste quelque chose de la gloire de Dieu. Comme si la grâce, elle aussi, passait par la peau ! Il semble en tout cas que Jésus cherche à nous en instruire : guérissant le corps, il guérit et désigne la peau de l’âme, et cette peau, c’est de l’amour. Lorsque Jésus sur la Croix livre son corps, lorsqu’il laisse déchirer sa peau, lorsque son cœur est transpercé, il nous guérit de la lèpre de notre âme, il nous restitue à l’amour. Souvenez vous de la fin de Ben Hur : c’est au moment où le soldat perce le cœur de Jésus que la sœur de Ben Hur est guérie de sa lèpre, parce que celui ci a enfin crié : " Christ, donne moi la foi ! " Tout y est.

Notre lèpre étant ainsi guérie, se pose maintenant une autre question. Sur dix lépreux, un seul revient. Où sont passés les neuf autres ? Quand on est bien élevé, on dit : merci : mieux, quand on a le cœur aimant, on exprime sa reconnaissance. Davantage, quand on a vraiment la foi, on rend gloire à Dieu . Où sont passés les neuf lépreux ? Alors, osons nous placer sur un autre plan : sur dix baptisés, aujourd’hui, en France, un seul revient rendre gloire à Dieu, le dimanche, à la Messe. Curieuse coïncidence ! où sont les neuf autres baptisés ? Eux aussi ont été guéris par le cœur transpercé du Christ . Eux aussi ont su ou ont pu savoir, qu’ils étaient guéris. Ils ne reviennent pas . Où sont les neuf baptisés ? Il est vrai que lorsqu’on est guéri, on oublie que l’on a été malade. Il est normal d’être en bonne santé. Le bien-être favorise l’oubli . Et le " confort chrétien " secrète une certaine légèreté . Les pays les plus chrétiens sont souvent les plus oublieux de leur culture chrétienne. Les familles les plus chrétiennes sont parfois les plus négligentes. Cette maladie nouvelle porte un nom : l’ingratitude. L’ingratitude est la maladie de peau qui attaque notre amour. Car aimer, c’est rendre amour pour amour . Un petit ingrat est celui qui capture l’amour, et ne le rend pas. Il prend, il plaît, il charme, et ne donne rien. Il y a donc à guérir, décidément, sur et sous la peau. Si la lèpre guérie de l’âme a restitué notre éclat d’image de Dieu, alors il nous faut réapprendre la gratitude . Nous ressemblons à Dieu lorsque nous l’aimons. Plus nous l’aimons, et plus nous lui ressemblons. Autrement dit, plus nous le remercions d’être guéris et plus nous sommes guéris ! " Relevons nous et allons : notre foi nous a sauvés ". La gratitude est donc la cause ultime de notre guérison. Que faut- il faire alors ? Le mot l’indique : Un don gratuit appelle un merci gratuit . Il nous faut rendre grâce pour grâce, dire merci à Dieu d’être Dieu, pour nous. Gratitude. Ce merci gratuit, cette gratitude toujours avivée, Jésus l’appelle " rendre gloire à Dieu ". C’est exactement cela, la prière.

Sur dix lépreux guéris, un seul revient. Sur dix baptisés, un seul rend gloire. Que font les neuf autres ? Bien des choses sans doute. Mais il y a de fortes chances qu’ils aient oublié de rendre grâce à Dieu ! ...Peut-être même qu’ils ne prient plus . Une fois guéris, ils s’étourdissent dans leur confort . Peut-être aussi ont-ils été déçus par le personnel hospitalier, et cela n’est pas sans raison quelquefois ....Mais s’ils vont jusqu’à oublier le médecin lui-même, c’est qu’ils négligent l’esprit de foi, l’amour entretenu, la prière instante. Rendre gloire, c’est croire à la priorité de l’amour. Pour un ami, on donne le meilleur de son temps et de son coeur . Rendre gloire à Dieu, c’est rien moins que faire du Christ un ami . Et le meilleur moyen, pour le lépreux que nous sommes, de sauver sa peau, c’est encore d’embrasser le médecin !




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