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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 26 >>   Le riche et le pauvre Lazare

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Le riche et le pauvre Lazare

27/9/98

 

En ligne depuis le dimanche 9 avril 2006.
 
 

Pour la troisième fois en un mois, la liturgie du dimanche nous propose de méditer sur le danger des richesses : " Ainsi donc, nous était-il rappelé il y a trois semaines, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple " Lc 14,33. Nous nous souvenons aussi de l’avertissement solennel de Jésus dimanche dernier : " Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent " Lc 16,13. En entendant aujourd’hui la parabole du riche et du pauvre Lazare, nous serions tentés de dire : " C’est assez...pourquoi revenir encore sur cette question ...Laissons à chacun le temps de la réflexion ". Et s’il fallait vraiment prolonger la méditation sur la manière dont Saint Luc nous fait approfondir ce thème, peut-être aurions-nous préféré entendre aujourd’hui un texte qui nous ouvre à l’espérance, par exemple ce dialogue entre Jésus et le notable riche qui se termine par cette double parole de Jésus " Comme il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ". Mais poursuit-il immédiatement : " Ce qui impossible à l’homme est possible à Dieu ". Que l’on nous aide à redécouvrir comment Dieu vient rendre possible ce qui nous est impossible, voilà ce que nous aimons entendre chaque dimanche. Briser l’enfermement des richesses est pour le riche laissé à lui-même, et donc d’une certaine manière pour la plupart d’entre nous, impossible sans l’aide de Dieu. Mais cela devient possible si nous accueillons ce don de Dieu. Essayons donc de relire la parabole du riche et du pauvre Lazare en y cherchant quel est le don de Dieu qu’il veut renouveler en chacun de nous.

Le premier don à renouveler consiste à mieux comprendre l’urgence de la conversion. Le thème peut paraître banal. Certains diront même que l’utilisation de la peur de la mort et de l’enfer n’ont jamais vraiment fait recette. En fait la parabole ne développe pas ces thèmes. Elle dit plus simplement et de manière très sobre autre chose : d’abord que la mort n’est pas la fin de toute vie mais le moment du passage vers cet au-delà bien mystérieux. Ensuite que ce passage va amener un renversement radical : les riches deviendront pauvres et les pauvres riches. Remarquons qu’il n’est pas question ici de rétribution : le riche ne se retrouve pas dans un lieu de torture parce qu’il serait puni d’avoir été riche et le pauvre dans le sein d’Abraham parce qu’il serait récompensé d’avoir été pauvre. Cela serait absurde. La parabole veut dire autre chose que Saint Paul a résumé dans une phrase célèbre : " Tout passera sauf la charité ". De tous nos biens, de toutes nos richesses, de tout ce avec quoi nous nous sommes identifiés en cette vie, il ne restera rien après la mort sauf ce que la charité aura transfiguré. Voilà la vraie sagesse de l’évangile. Si nous en prenions vraiment conscience, notre vie changerait dès aujourd’hui car elle infléchirait immédiatement tout ce que nous vivons. Saint Thomas le dit autrement : " Quand un être atteint ce pour quoi il est fait, on dit qu’il est sauvé, quand il ne l’atteint pas, on dit qu’il est perdu ". Nous sommes fait pour aimer de cet amour qui vient de Dieu et qui doit s’incarner dans nos rapport les uns avec les autres. Voilà l’essentiel, le reste passera. N’y a-t-il pas urgence à le redécouvrir en accueillant ce don de Dieu qui nous y pousse. Et ce don n’est rien d’autre que celui de la conversion, une conversion à vivre chaque jour comme cette quête de notre vrai trésor.

Mais il y a un autre don suggéré par la parabole : la découverte de cette dynamique évangélique évoquée par la béatitude : " Heureux les pauvres ". Oui, les pauvres sont appelés à être heureux non parce que la pauvreté aurait une valeur en soi mais parce qu’ils font l’objet de l’amour privilégié de Dieu. Ceci ne veut pas dire que les riches ne soient eux aussi aimés par Dieu. Dieu aime chaque être humain d’un amour unique mais ce que Dieu veut faire comprendre à chacun de nous, c’est justement la cohérence d’ensemble de son dessein de salut : faire en sorte que dès aujourd’hui, et il faut souligner dès aujourd’hui, chaque pauvre soit rejoint, réconforté et sauvé. Entrer dans cette dynamique évangélique, c’est tout le contraire de ce qu’a vécu le riche de la parabole. Il ne semblait même pas voir le pauvre qui gisait à sa porte. L’évangile nous invite au contraire à mettre les pauvres au centre de nos préoccupations en comprenant évidemment toutes les formes de pauvretés, ce que S.Matthieu évoque dans sa précision " Heureux les pauvres en esprit ". Saint Vincent de Paul dont c’est la fête aujourd’hui nous permet d’aller très loin dans la compréhension de ce cœur de l’évangile. Il invitait à retrouver la dignité caché de tous les pauvres parce qu’ils sont les privilégiés du cœur de Dieu. Jésus s’est tellement identifié au pauvre, qu’il vient à nous au travers de tous les pauvres et que notre relation à lui passe par notre relation à eux. Par l’affamé, l’estropié, l’homme dénudé, l’étranger, le prisonnier, Dieu vient sans cesse par eux et pour eux frapper à notre porte et mendier un peu de notre amour vrai . On souvient de la finale de l’évangile de S.Matthieu : " Tout ce que vous aurez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’aurez fait ". La dynamique chrétienne trouve son élan dans cette double célébration : la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie et cette autre présence réelle dans notre relation aux pauvres : ne coupons jamais l’une de l’autre, notre vie risquerait de toujours boiter et ce serait tellement dommage.

Le troisième don de Dieu souligné par la parabole nous paraîtra tellement connu que nous risquerions de le minimiser : il s’agit de cette capacité d’écoute de la parole de Dieu. Ce qui est reproché au riche, c’est de n’avoir pas su mettre en œuvre ce don. Le riche dont parle Jésus n’était donc pas n’importe quel riche mais un juif et c’est maintenant à tous les Chrétiens qu’il s’adresse. Ce riche se trompe en pensant que ses frères se repentiraient s’ils voyaient leur apparaître quelqu’un d’au delà de la mort : " Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, dit Jésus, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus ". N’oublions jamais que ce don d’écoute comprend le mystère de l’Eglise. N’est-ce pas ensemble que nous apprenons à comprendre comment la parole de Dieu ouvre pour chacun de nous un chemin, un possible et une bonne nouvelle. N’est-ce pas justement dans les situations difficiles et Dieu sait combien les situations de pauvreté le sont que nous avons besoin de cette écoute ensemble et de cette réflexion commune pour savoir comment se situer en vérité.

Laissons donc la parabole du riche et du pauvre Lazare nous travailler au cœur. Si elle nous un peu mal, rendons grâce à Dieu car c’est la preuve que nous ne sommes pas trop endormis. Le temps presse et les pauvres n’en peuvent plus d’attendre. Amen.




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