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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 21 >>   Sur la route de Jérusalem, porte étroite et cœur large

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Sur la route de Jérusalem, porte étroite et cœur large

dimanche 23 août 98

 

En ligne depuis le dimanche 9 avril 2006.
 
 

Jésus cheminait par villes et villages, enseignant et faisant route vers Jérusalem. 23 Quelqu’un lui dit : "Seigneur, est-ce le petit nombre qui sera sauvé ?" Il leur dit : 24 "Luttez pour entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne pourront pas. 25 "Dès que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, et que, restés dehors, vous vous serez mis à frapper à la porte en disant : Seigneur, ouvre-nous, il vous répondra : Je ne sais d’où vous êtes. 26 Alors vous vous mettrez à dire : Nous avons mangé et bu devant toi, tu as enseigné sur nos places. 27 Mais il vous répondra : Je ne sais d’où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. 28 "Là seront les pleurs et les grincements de dents, lorsque vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, et vous, jetés dehors. 29 Et l’on viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu. 30 "Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et il y a des premiers qui seront derniers."

Notre Évangile accumule des expressions célèbres : " Les premiers seront les derniers " ; " la porte est étroite " ; " là seront les pleurs et les grincements de dents ". Autant de formules plutôt sévères. Jésus les emploie à dessein pour répondre à une question grave : " Seigneur est-ce le petit nombre qui sera sauvé ? ". La question est étrange. Aujourd’hui, nous l’aurions peut-être formulée autrement : " Est-ce que Dieu sauve tout le monde ? " ou bien sous forme négative : " Est-ce qu’il y en a qui ne seront pas sauvés ? ".

Les auteurs chrétiens, théologiens et spirituels, ont donné des réponses très variables au cours des siècles. Saint Augustin, dont on connaît le pessimisme sur la question, n’hésite pas à parler d’une " masse des damnés ", à tel point qu’être sauvé paraît quasi exceptionnel. On parlait ainsi sans doute par polémique, ou pour inviter à se convertir mais aussi à cause d’une certaine déconsidération d’une humanité jugée irrémédiablement sous l’emprise du péché. Plus tard, d’autres s’empareront des textes de saint Augustin pour les mener à un extrême rigorisme et défendre la thèse hérétique d’une " prédestination à la damnation " : tous serait décidé d’avance, les uns au paradis, les autres en enfer.

Il faut avouer que, de nos jours, on ne risque pas de tomber dans ce travers. On a souvent du mal à comprendre le mot " sauver ", " salut ", autrement que comme des consolations terrestres. On chante quelque peu naïvement : " nous irons tous au paradis ", sans d’ailleurs trop savoir ce qu’est le paradis et encore moins comment y aller.

Alors, faut-il choisir entre, d’une part, le rigorisme des prophètes de l’Enfer, de la colère de Dieu et, d’autre part, les croyants sentimentaux en un " Dieu-bon-Papa-gâteux " qui pardonnera à tout le monde ? Le rigorisme donne une image fausse de Dieu et de la condition de l’homme ; le laxisme ne prend pas au sérieux la responsabilité de l’homme dans ses action, ni la grandeur de sa vocation surnaturelle.

Reprenons alors le chemin de l’Évangile et l’enseignement de Jésus.

Jésus fait route vers Jérusalem : c’est là qu’il offrira au monde le témoignage ultime et maximum de l’amour de Dieu, son amour et sa croix, sa porte étroite. Il faut prendre alors les affirmations de cet Évangile dans l’ordre de leur plus forte intensité, la réalité dans laquelle Dieu est le plus présent. C’est le positif qui permet de comprendre le négatif, et non l’inverse. La phrase la plus profonde est sans doute celle-ci : " on viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu ". Le festin, dans le vocabulaire biblique, c’est le banquet final, le repas définitif avec Dieu à la fin des temps. Ce bonheur unique nommé béatitude est exprimé par un repas convivial de tous les amis de Dieu. C’est dans cette affirmation à l’évidence que Dieu est le plus présent. Notez son universalisme : on viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, c’est-à-dire de partout, pour ce festin du Royaume de Dieu, et surtout " de loin "...

Dans cet Évangile, il y a le paradoxe d’un éloignement et d’une proximité pas facile à définir. C’est le maître de la maison qui ouvre et ferme la porte pour le festin. Les familiers de la maison ne comprennent pas pourquoi le Seigneur ne les reconnaît plus : ils ont mangé avec lui ; ils ont bu avec lui ; ils ont écouté son enseignement. Mais le Maître de la maison leur répond deux fois : " Je ne sais pas d’où vous êtes " et " éloignez-vous de moi ", comme pour dire : " votre cœur est déjà loin alors ne croyez être proche de moi selon les apparences ". Sans doute, Jésus lance ici une pointe polémique contre les premiers interlocuteurs de son message. A l’opposé, ce ne sont pas ceux qui furent d’abord proches de Jésus qui le sont forcément en profondeur et en vérité. L’exemple de Judas le montre bien. Cette affirmation adressée d’abord aux Juifs est redoutable pour le croyant chrétien. Elle nous interroge sur la vérité de nos actions religieuses : nous rendent-elle vraiment proche de cœur avec Jésus ?

Comment expliquer ce jeu entre une proximité apparente et un éloignement réel ? Jésus donne ici une seule justification de l’attitude du Maître de la maison : " vous tous qui commettez l’injustice ". Cela concerne aussi bien la position de l’homme vis-à-vis de Dieu que les rapports entre les hommes. L’injustice, avant même toute considération de la charité, peut créer un obstacle entre moi et Dieu. L’amour va plus loin que la justice. Mais il faut au moins être juste envers le prochain. Quant à la justice envers Dieu, nous serons toujours en dette. Par conséquent, c’est Dieu qui nous rend juste.

Tout le monde veut donc participer au festin, mais on est moins nombreux à préparer le repas, ne serait-ce que pour mettre la table (La Table de l’Eucharistie demande aussi une cohérence de vie). Il est indéniable que l’Évangile avertisse d’un danger réel de rester dehors : " beaucoup chercheront à entrer, je vous le dis, et ne pourront pas " ; " le maître de maison se lèvera lui-même pour fermer la porte " ; " vous resterez dehors ", pire : " vous serez jetés dehors " ; " je ne sais d’où vous êtes ". Il y a même un aspect douloureux et tragique : " Là seront les pleurs et les grincement de dents ".

Comment comprendre ces affirmations si excluantes, Sans les durcir, sans les adoucir ?

L’enseignement constant de l’Eglise pourrait se résumer à trois points : premièrement, Dieu offre le salut à tous, d’une manière ou d’une autre, souvent très secrètement, mais explicitement dans le Christ et par l’enseignement de l’Eglise, ceux que Jésus appelle : " les prophètes du Royaume de Dieu ". Du fond de son cœur, Dieu veut le salut et l’amitié de toute personne.

Ensuite, deuxièmement, l’homme est un être responsable. Il peut aller jusqu’au bout de la séparation d’avec Dieu, soit en luttant - avec haine - contre Dieu soit en faisant - avec lucidité et malice - du mal à son prochain, un mal grave et profond, sans une ombre de repentir, à aucun moment de sa vie.

Oui, l’Evangile, cette " bonne " nouvelle ose parle d’exclusion et d’enfer. Parce que cette bonne nouvelle prend au sérieux la condition de l’homme, sa dignité, sa responsabilité. Le péché perd l’homme. La miséricorde de Dieu comme " bonne " nouvelle veut être " bonne " et non pas " bonasse ", car quand on est bon à tout, à tout dire, à tout faire, à tout sauver, on est bon à rien... Or Dieu veut en nous une bonté réelle qui soit en même temps un don de lui et un accueil de notre part.

Le troisième point, c’est que nul ne peut juger son prochain. Dieu seul connaît le cœur de l’homme. Il n’appartient à aucune créature d’exercer le jugement dernier à la place de Dieu. A cause de ce secret du cœur, nous pouvons espérer que beaucoup passeront finalement par cette porte étroite, peut-être même tout le monde (mais les anges damnés, non). La porte est peut-être étroite mais pas le cœur de Dieu.

Jésus nous donne un moyen sûr. En plus de veiller à ne pas commettre l’injustice, en tout cas de ne pas s’entêter en elle, pour autant que cela est dans nos possibilités, il dit : " Lutter pour entrer par la porte étroite ". La porte est étroite non pas comme un goulot dans lequel nous serions pris au piège. Dieu ne tend jamais de piège à l’homme. Elle est étroite parce que la vérité est une et que le mensonge est légion. Mais c’est une porte lumineuse. Par ailleurs, il faut lutter, donc être prêt au combat spirituel (l’ascèse).

Mais n’oublions pas les deux images employées : il s’agit d’entrer dans la maison, donc de faire partie des familiers du Seigneur ; et il s’agit d’un festin, donc de se réjouir avec le Seigneur. Là, enfin, il n’y aura ni premier, ni dernier.




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 Sur la route de Jérusalem, porte étroite et cœur large



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