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Le prisme et la sainteté

1er novembre 2000 : Solennité de la Toussaint

 

En ligne depuis le mercredi 26 juillet 2006.
 
 

Il y a un siècle environ, alors qu’une jeune carmélite, Thérèse Martin, était rappelée à Dieu, une soeur de sa communauté s’interrogeait publiquement sur ce qu’on pourrait bien dire d’elle. Pourtant, cette " petite Thérèse " qu’un Pape appellerait bientôt " la plus grande sainte des temps modernes " serait déclarée par l’Eglise patronne des missions, puis, récemment Docteur de l’Eglise. La soeur qui vivait avec elle n’imaginait pas avoir une sainte à ses côtés ! Un ouvrage récent, roboratif quoique un peu polémique, énumère les " faussaires de Dieu " : faux voyants, prétendus mystiques où l’apparente sainteté déguise de mercantiles intérêts. Et il n’est pas si rare que l’on découvre de quelque personne censément pieuse une décevante duplicité conduisant à ce constat désabusé : " et dire qu’on lui aurait donné le bon Dieu sans confession ! ".

Et entre les vrais saints méconnus et les faux saints qui ne manquent pas de se faire connaître, il y a encore ceux au sujet desquels on ne saurait se prononcer et ceux aussi dont la sainteté rayonne de leur vivant, comme les Padre Pio, dont on enrage de les avoir manqué de peu, tout comme ces défunts que l’éloge funèbre pare de toutes les vertus, au point que l’on se demande comment il se fait que les morts soient tellement plus sympathiques que les vivants qu’ils ont pourtant bien été. Du temps de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, l’air ecclésial était imprégné de jansénisme : la vie chrétienne était une course d’obstacles entre des péchés, plus mortels les uns que les autres, et la sainteté appartenait à des " mystiques ", à des athlètes auxquels il aurait été vain de prétendre s’égaler. L’exemple de l’humble carmélite allait montrer que la sainteté était notre vocation commune : toute simple et si difficile : un " oui " permanent à la grâce divine en nous.

Vatican II a insisté sur l’appel universel à la sainteté. Et notre époque met à juste titre l’accent sur le fait que, par le baptême, nous sommes " une nation sainte " (1 P 2, 9). Nous sommes des saints. Pourtant, même en se contemplant dans le miroir et en observant nos voisins du coin de l’oeil, il faut de l’imagination pour discerner les auréoles ! Peut-être notre époque ne dit-elle pas suffisamment qu’il ne suffit pas d’avoir reçu la grâce : il faut aussi la conserver, la cultiver, la recouvrer. La sainteté n’apparaît plus comme quasiment impossible. Tant mieux. Mais attention aussi à l’autosatisfaction qui consisterait à nous canoniser mutuellement ou collectivement trop tôt. Ne faut-il pas dire plutôt qu’il y a en chacun de nous de la sainteté et du péché et que notre vie chrétienne est conversion permanente ? Vatican II n’hésite pas à dire de l’Eglise elle-même qu’elle est " sainte et toujours à purifier ".

Finalement, qu’est-ce que la sainteté ? L’Evangile, par l’énumération des béatitudes évangéliques, nous en brosse un portrait qui nous fait reconnaître la figure de Jésus, pauvre, doux, humble et crucifié. Mais il n’est pas si simple d’imiter Jésus. Se demander ce qu’il aurait fait à notre place dans telle situation ne mène souvent pas à grand chose : l’Evangile ne nous fournit pas de réponse toute faite pour les contextes de nos vies si différentes des juifs d’il y a deux mille ans. A moins de comprendre " imiter Jésus " d’une autre manière, comme avoir part à son Esprit et être nous-même fils de Dieu : " Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu ". La première épître de saint Jean nous plonge avec admiration dans ce grand mystère : être saint, c’est être fils de Dieu à l’image de Jésus. " Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit, ceux-là sont fils de Dieu " nous dit l’épître aux Romains.

Etre saint, c’est avoir, comme moteur de sa vie, l’Esprit du Christ en soi. La vie spirituelle, c’est cela. La vie spirituelle, c’est la vie de l’Esprit : avec une majuscule ! Et la sainteté n’est autre que la vie de l’Esprit en nous, qui crie " Abba, Père ". Aujourd’hui, l’Eglise fête tous ses enfants associés définitivement à la gloire de Dieu. 144 000, nous dit l’Apocalypse. Non pas un chiffre limitatif destiné à nous angoisser mais un symbole de l’innombrable : " une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues ". Une foule d’hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions, animés, mais si diversement, du même et unique Esprit du Christ. Il n’y a qu’une sainteté : celle de Dieu, le seul Saint, dont nous voyons la manifestation en Jésus, le Saint de Dieu.

Une seule sainteté, comme il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême et un seul Corps du Christ. Mais comme la lumière blanche se diversifie en d’innombrables couleurs à travers le prisme, ainsi de la sainteté de Dieu à travers notre humanité. La Jérusalem céleste, que nous fêtons, est cet arc-en-ciel où la sainteté divine se diffuse, à travers le Christ, selon toutes les longueurs d’onde de l’alliance entre notre Père et la multitude de ses enfants. Dieu émet sa sainteté sur chacune de nos fréquences : si nous purifions sans cesse notre coeur, nous verrons Dieu au plus profond du miroir intérieur, en ce lieu où il aime à nous dire : " Tu es mon fils bien-aimé, moi, aujourd’hui je t’ai engendré ", là où se reflète la gloire de son Christ, jusqu’au jour où se manifestera pleinement notre filiation divine, au jour où nous le verrons face à face, où resplendira sur nous son visage et où nous découvrirons à quel point la beauté nous a été donnée.




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