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Dans l’attente du printemps de la vie chrétienne

8 décembre 1996

 

En ligne depuis le vendredi 1er juillet 2005.
 
 

Comme chaque année, pendant l’avent, nous attendons. Qu’attendons-nous, au juste ? Cette année, l’Église tout entière entre dans une attente particulière, à l’approche du troisième millénaire. Qu’attendons-nous, au juste ? Une belle fête de famille ? Un millésime rare, tel qu’il n’en survient qu’une fois tous les mille ans ?

La prophétie d’Isaïe que nous avons entendue (Is 40, 1-11) peut nous aider à clarifier notre attente.

Comme le petit reste, à Jérusalem, nous voici rassemblés dans notre église, blottis autour de quelques bougies. Oh, l’église est plutôt pleine, mais, au fond, personne ne se berce d’illusions. Qu’est-ce que ces quelques centaines de personnes en regard des centaines de milliers d’autres, aujourd’hui dispersées, séparées, égarées, absentes. Comment oublier tous ses frères et ses soeurs en humanité exilés loin de nous, dans l’immense et toute puissante Babylone qui nous entoure. Comment les faire revenir ? Reviendront-ils jamais ?

La tentation est forte d’oublier, de nous resserrer les uns sur les autres, de nous tenir chaud, à l’intérieur. Il fait si froid et si sombre, à l’extérieur. N’est-ce pas suffisant, déjà, de tâcher de survivre le plus longtemps possible !

Et pourtant, par la voix du prophète, le Seigneur se rappelle à notre attente :

Elève la voix, ne crains pas, dis au villes de Juda : " Voici votre Dieu ! " Voici le Seigneur qui vient avec puissance.

Le Seigneur vient ? Oui, dirons-nous un peu désabusés, comme chaque année. Nous allons faire mémoire de sa nativité, et nous nous préparons spirituellement à cette fête. Ou encore : nous attendons son retour, plus tard, on ne sait quand.

Pourtant est-ce bien tout ? Ces deux avènements, passé et futur, sont bien réels, certes, et décisifs. Mais notre attente ne concerne-t-elle pas également le présent ? Le prophète dit-il seulement : " Le Seigneur est venu " ou " le Seigneur viendra ? ". Ne dit-il pas aussi : Voici le Seigneur qui vient avec puissance ?

Et d’ailleurs, comment le Seigneur annonce-t-il sa venue ? Voici qu’il porte avec lui son trophée, et son salaire devant lui. Tel un berger, il fait paître son troupeau, de son bras il rassemble ses agneaux, il les porte dans son sein, il conduit doucement les brebis mères. Où donc conduit-il les brebis, sinon à Jérusalem ? Et qui sont ces brebis, sinon celles qui étaient égarées à Babylone ? Et quel est ce trophée qu’il porte avec lui, sinon la multitude de ses enfants dispersés ?

Le Seigneur n’a pas consolé le petit reste de Jérusalem par le souvenir de ses oeuvres passées ou par la promesse d’oeuvres lointainement à venir. Il le console par l’annonce du retour prochain des exilés. Telle est sa venue. Telle est l’espérance de Jérusalem.

De même pour nous. Le Seigneur nous annonce sa venue pour aujourd’hui, pour maintenant. C’est cette venue qu’il nous demande d’attendre et de préparer. Et comment le Seigneur va-t-il venir parmi nous, en cette fin de millénaire ? Par ce printemps de vie chrétienne, par ce printemps de l’Église que le Saint-Esprit va faire germer comme un signal au milieu des nations (Is 62, 10). Et que sera ce printemps de vie chrétienne, sinon le renouvellement de la mission de l’Église au coeur du monde, l’accueil de tous ces frères et soeurs en humanité aujourd’hui dispersés, pour lesquels, pourtant, le Christ a donné sa vie et dont il veut le salut.

Rêve insensé, attente folle ? Nous ne serions pas loin de le penser, tellement cette espérance nous paraît humainement irréalisable. Qu’est-ce en effet que notre petite Église au milieu de tant d’autres cultures et de tant d’autres religions !

C’est justement ici que le Seigneur nous prévient. Pour qui faut-il préparer le chemin ? Non pas d’abord pour des hommes, mais pour le Seigneur lui-même : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. C’est le Seigneur lui-même qui agit, c’est lui qui va ramener les exilés. La renaissance de Jérusalem n’est pas d’abord l’oeuvre de ses habitants, de leur savoir-faire ou de leur force. Elle est l’oeuvre de Dieu.

La tentation existe, parmi les habitants de Jérusalem, d’assurer par eux-mêmes le salut de leur cité. Essentiellement de deux manières. Soit la manière politique : négociation, compromis, afin de s’assurer les faveurs de Babylone ; soit la manière forte : guerre, lutte ouverte pour ramener de force les exilés. Les prophètes n’ont cessé de dénoncer cette illusion. Cette double tentation existe aujourd’hui encore dans l’Église : pactiser avec le monde, s’aligner sur ses valeurs, ou alors rompre violemment avec lui, partir en guerre contre lui.

Contre ces deux tentations, le Seigneur nous invite à une seule attitude : l’attente, la confiance, la foi en sa présence et en son oeuvre. Non pas la passivité résignée, mais l’abandon entre ses mains, la ferveur d’une prière inlassablement prolongée. Non pas l’activisme, mais le propos de notre sanctification, de notre conformité toujours plus totale à la loi d’amour. Nous n’avons ni à conquérir le monde ni à nous soumettre à lui, mais à attendre le Seigneur, c’est-à-dire prier sans cesse, toujours davantage, et à prendre toujours plus au sérieux sa loi d’amour.

Le prophète, d’ailleurs, nous donne lui-même un mot d’ordre. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Il ne s’agit pas d’aller nous-mêmes délivrer les exilés et les ramener par notre propre force. Cela, c’est l’oeuvre du Seigneur. Mais il nous faut au moins préparer une route que les exilés pourront emprunter, sous la conduite du Seigneur. Franchissez les portes, préparez le chemin du peuple, élevez la chaussée, ôtez-en les pierres (Is 62, 10). Oui, sortez de votre citadelle endormie, allez à la rencontre des exilés et préparez-leur une route droite, une route large.

Jean-Baptiste avait bien compris le sens de cet appel à de grands travaux publics. Qu’est-ce que préparer le chemin du Seigneur, le chemin du peuple, sinon se convertir, se repentir, changer de vie. Voilà pourquoi, selon qu’il est écrit dans le prophète Isaïe, [...] il proclamait un baptême de repentir pour la rémission des péchés. En cette fin de millénaire, l’Église elle aussi entend à nouveau la voix du prophète. Et ses enfants prennent conscience de la nécessité d’un repentir. L’Église prend conscience que les abords de Jérusalem ne sont guère accessibles, que de nombreux obstacles gênent le retour des exilés. Elle attend avec confiance la venue du Seigneur, mais ses enfants entendent aussi l’appel au repentir.

Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Que tout ravin soit comblé et toute montagne abaissée. Que les passages tortueux deviennent droits, que les chemins raboteux soient nivelés.

Tel est bien le sens de cet " examen de conscience " et de cette " conversion " auxquels le pape appelle l’Église, et chacun de ses enfants, en cet avent du troisième millénaire.

Quelles sont donc ces montagnes à abaisser pour préparer le passage des exilés ? Le Saint Père en indique au moins deux : D’une part, le scandale de la désunion des chrétiens, de la déchirure du Corps du Christ et, chez beaucoup de fils de l’Église, le peu d’empressement pour hâter la réconciliation. D’autre part, le scandale du " consentement donné, surtout en certains siècles, à des méthodes d’intolérance et même de violence dans le service de la vérité. " Sans misérabilisme, l’Église doit apprendre à " regretter profondément les faiblesses de tant de ses fils qui ont défiguré son visage. "

Que sont donc ces ravins à combler pour préparer le retour des exilés ? N’est-ce pas le ravin de l’indifférence religieuse, l’érosion, y compris chez les chrétiens, du sens de la transcendance. Les fils de l’Þglise ne se laissent-ils pas eux-mêmes atteindre par " l’atmosphère de sécularisme et de relativisme éthique ". N’est-ce pas le ravin de la peur qui conduit à douter de la splendeur de la vérité du Christ et de l’Église, à douter de la foi et de la morale chrétienne, y compris et surtout dans ses arêtes vives, dans ses exigences les plus en contradiction avec l’esprit du monde ?

Que sont ces passages tortueux à redresser ? N’est-ce pas, chez beaucoup de chrétiens, ces incertitudes, ces demi-mesures, ces tergiversations qui gagnent la vie spirituelle, la vie morale, et même jusqu’à la rectitude théologale de la foi. N’est-ce pas ce manque de conviction dans la mise en oeuvre d’une véritable vie de prière, d’une fréquentation assidue de la parole de Dieu et de ses sacrements ?

Que sont ces chemins raboteux à niveler ? N’est-ce pas ce " manque de discernement, qui devient parfois un véritable consentement de nombreux chrétiens devant la violation des droits humains fondamentaux " ? Cette passivité, cet aveuglement qui nous dispensent si facilement de lutter contre toutes les formes d’injustice.

Ce printemps de vie chrétienne, nous l’attendons, nous l’espérons. Il sera l’oeuvre de l’Esprit-Saint, celui qui vient en nos coeurs, celui que le Christ envoie dans le monde. Ne craignons pas nos faiblesses, ne gémissons pas. Mais disposons-nous, dans la prière, la lucidité, la confiance et l’audace, à préparer ses chemins.




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 Dans l’attente du printemps de la vie chrétienne



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