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Accueil >> Ordinaire >> Semaine 3 >>   L’Ecriture est accomplie

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L’Ecriture est accomplie

Dimanche 21janvier 2001

 

En ligne depuis le mercredi 26 juillet 2006.
 
 

" Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture ". La scène de notre Evangile, coupée par la liturgie, donne un relief terrible à cette phrase de Jésus, laissant d’ailleurs dans l’ombre les réactions des auditeurs, d’abord admiratifs, puis d’une violence meurtrière. Quand Jésus parle en effet, il ne laisse pas indifférent. Le Verbe parle et sa Parole porte : quoi de plus naturel, puisqu’en Jésus Dieu se raconte en direct ? C’est un peu comme si Baudelaire venait dire lui-même son plus beau poème, comme si Rembrandt peignait sous nos yeux son plus beau portrait, ou comme si Mozart dirigeait en personne n’importe lequel de ses concertos, depuis son piano ! Moments magiques. Lorsque Jésus parle, c’est donc Dieu qui enseigne. Et lorsque Jésus dit que s’accomplit aujourd’hui ce passage de l’Ecriture, c’est l’écrivain en personne qui donne les clefs de son oeuvre.

Aucun doute n’est donc possible sur la lecture qui doit en être faite : on ne peut que l’accepter, ou la refuser. Et c’est bien le problème que Jésus nous pose en intervenant de façon aussi cavalière. Sa seule présence nous met devant un choix, cru et dru. En son absence, on peut tâtonner ; dans le doute, on peut encore chercher ; mais en sa présence, tout le reste s’évanouit. Or, le Christ est venu tout dire. On ne saurait donc éviter les termes du choix : oui ou non, pour moi qui cherche Dieu, est-ce le Christ qui a la parole dans ma vie ? Soit c’est lui, soit c’est moi ; mais l’on préférerait se dérober devant un choix pareil, car toute réponse, quelle qu’elle soit, engage. Désormais nous ne sommes plus des chercheurs de Dieu mais des trouveurs du Christ. Une lumière qui n’est pas nôtre mais qui est sienne nous est donnée. Cette lumière est-elle trop vive ou bien trop douce ? Peut-être les deux à la fois.

Le Christ, vérité totale

Jésus se présente comme la lumière totale, et définitive, sur tout. Il accomplit tout. Il est au sens strict la vérité sur Dieu, tout simplement parce qu’il est la vérité de Dieu, Dieu lui-même venant s’expliquer sur lui-même, et en outre Dieu intervenant pour expliquer l’homme et le monde, la vie et la mort, le bien et le mal, le péché et le pardon, la terre et puis le Ciel. Jésus dit et il fait, comme nul autre ne le peut. Il est le seul Médiateur et le seul Sauveur.

Or, voici qu’il le dit, aujourd’hui, à son propre peuple, c’est-à-dire à ceux qui sont déjà préparés à l’entendre. Ces gens sont en un sens supérieurement éduqués, car tout ce qu’ils savent déjà de Dieu vient de Dieu, mais sans le dernier chapitre. Ils l’attendent. Tout ce qu’ils savent est vrai, préparatoire mais incomplet, incomplet mais préparatoire. Il ne manque plus que la fin, non seulement pour conclure, mais pour éclairer ce qui précède, comme un bon roman policier ! Mais la fin n’est jamais confortable ; elle chamboule toutes les combinaisons du lecteur : soit il est ravi, soit il est furieux, car il est en tout état de cause dépossédé de ses propres constructions ! Cette dépossession l’oblige à prendre parti face à l’auteur, soit pour lui, soit contre lui.

Or, ce qui est arrivé dans le temps, arrive aussi dans la simultanéité. Le merveilleux passage de l’Ancien Testament au Nouveau, passage du brouillon à la copie définitive, de la vérité partielle à la vérité totale, ce passage existe aussi d’une autre façon, dans le coeur de chacun. Il y a, de par le monde, bien des vérités, très belles, présentes dans les philosophies, les religions, les cultures, les sociétés, et les décisions personnelles des hommes. Il y a des vérités partout. Plus elles sont proches du Christ, et plus elles sont vraies. Plus elles sont loin du Christ, et moins elles sont vraies. Un peu comme des milliers de cristaux sur un rocher : une lumière vive met en relief, soit leurs irisations infinies, soit leur dispersion ; soit leur éclat, soit leur éclatement !

Tout ce qui est vrai appartient au Christ. Mais cela peut se produire de deux façons, en réalité inversées : soit parce que toute vérité même partielle, prépare le Christ, comme l’Ancien Testament préparait le Nouveau Testament. Soit parce que la même chose, au lieu de préparer le Christ, se sépare de lui au contraire. Et ce n’est pas du tout la même situation. Une philosophie chrétienne qui se laïcise, une religion passe-partout qui n’est qu’une foi chrétienne en lambeaux, un mariage chrétien sacramentel qui vit sans Christ et sans sacrements, toutes choses pourtant belles et nobles en elles-mêmes, ne sont ici qu’une séparation, à l’amiable ou non.

Nous sommes en janvier en période de soldes : et pour liquider son stock, on ne change pas son produit, c’est le même, mais on le dégriffe. Ainsi devient-il moins cher. Donc, les mêmes choses peuvent être une préparation du Christ, ou bien une séparation d’avec le Christ. La même vérité peut être une recherche, ou un congé. Tout dépend de la direction que l’on intime aux choses. Tout dépend finalement de l’intention, donc du choix du Christ que l’on fait. Est-ce qu’on le cherche, avec un grand désir ? Car alors la vérité la plus pauvre, l’opinion la plus minable, la religion la plus partielle, se voient transfigurées, portées vers le Christ, arc-boutées vers lui, et porteuses sans le savoir de tout ce qu’il voudrait dire et qu’il ne peut encore dire !

Ou bien est-ce qu’on ne cherche plus, laissant mourir son désir, parce qu’on se laisse vivre, et contenter d’un christianisme social, familial, confortable, rogné dans tous les coins. Et alors même les plus beaux restes sont déjà en péril, car ils sont virtuellement morts : un peu comme les grands Requiems ou autres Messes des Romantiques du XIXème siècle sont encore des oeuvres chrétiennes dans leurs textes, mais païennes, voir panthéistes, dans leur inspiration ! Chronique d’une mort annoncée ! Tout cela parce qu’on ne s’appuie plus sur le Christ lui-même pour vivre, pour trouver, ni même pour chercher. On régresse alors des moyens divins aux moyens humains C’est la différence qu’il y a entre les " semences de vérité " et le champ ravagé de " l’ère post-chrétienne ". Le même rocher peut donc se faire tremplin, ou plongeoir !

Le chrétien, un autre Christ

Voilà pourquoi il faut revenir à notre vocation chrétienne. Et c’est ici que le choix se fait plus nécessaire que jamais. Le Christ est venu, et il accomplit tout. Il nous montre Dieu, et nous reconduit vers lui : en quoi il est le Grand-Prêtre unique et définitif. Il nous donne Dieu avec les moyens de Dieu, faisant ainsi de nous des prêtres à son imitation. Le chrétien est donc celui qui reçoit tout, parce que tout lui est donné. Quand on reçoit un cadeau, on ne trie pas : et le Christ n’est pas le paquet-cadeau d’une religion sans visage, neutre, égale à toutes les autres. Il est la vérité, la lumière des autres religions. Et c’est bien cela qui est merveilleux et terrible : du fait que le Christ surgit, on est tenu de le choisir, ou de l’abandonner.

Si donc on le choisit, on accepte de le laisser entrer dans sa vie. Or, il se fait volontiers envahissant, car il entend nous rendre conformes à lui. Non seulement il veut nous donner ses moyens à lui, mais il veut que nous devenions comme lui, d’autres Christs, pour donner à notre tour ! Etre chrétien, ce n’est pas opter pour une religion parmi d’autres possibles, c’est se faire Christ à la façon du Christ. En quoi cela consiste-t-il ? L’Evangile nous l’a dit : à devenir " Serviteurs de la Parole " et à " répandre la renommée du Christ " : vaste programme.

Le chrétien, un autre Verbe

Que faire pour se faire Christs ? C’est très facile, car c’est faire comme lui ! Peut-être ne pourrait-on garder qu’une seule suggestion concrète. Qu’a-t-il fait ? Il a dit, il a raconté, et il a éduqué. Le chrétien, aujourd’hui plus que jamais, doit se faire éducateur. Educateur à tous les niveaux de la vie, de la culture et de la société, certes, mais particulièrement éducateur de la foi. Il doit transmettre le Christ. Encore une fois, soit le Christ est préparé, soit il est séparé. Qui ne prépare pas sépare déjà ! Et qui ne se fait pas éducateur ne prépare pas. Il faut donc transmettre la foi du Christ avec les mots du Christ. C’est très facile : ce sont ses mots à lui, on n’a pas à les inventer ; en revanche, si l’on ne parle que de soi, de sa subjectivité croyante, alors tout se complique inutilement. Car le message est trop beau et trop simple pour qu’on le ratatine à soi.

En outre, il convient de ne jamais déléguer : l’éducation ne se délègue pas, à son conjoint, à son curé, à son instituteur, à son député, que sais-je ... Toute délégation comporte le risque de se trouver dépossédé, et déshérité ! Outre l’erreur d’avoir déserté. Regardons, pour nous rassurer, les héros de l’Ancien Testament, ceux que volontiers Dieu choisit pour parler : ce sont des ternes, des médiocres (Gédéon et même David, pris de derrière le troupeau), des muets aux lèvres impures (Isaïe), des bègues (Moïse), des paranoïaques (Jérémie), ou des cocus (Osée), et j’en oublie ! Mais la Parole de Dieu est un feu : elle nous enflamme, et nous conduit au-delà de nous-mêmes. Que voulez-vous : Dieu seul change le plomb en or ! Le chrétien ne délègue pas, il prouve le mouvement en parlant.

Enfin si nous sommes éducateurs, c’est parce que nous ne faisons pas que nous prolonger, comme on prolonge une tradition familiale ; il transmet un héritage, un trésor qu’il ne faut pas laisser périr, et qui n’est pas mort que s’il est toujours vivant ! Car enfin le salut de Dieu est à la portée du plus grand pécheur ; la grâce de Dieu est pour celui qui veut bien se baisser pour la ramasser ; allons-nous garder le silence, quand tant de gens souffrent et meurent de ne pas se savoir sauvés, guéris, aimés, pardonnés ? Allons nous afficher l’élitisme du silence gardé ? Le chrétien-éducateur se fait le transmetteur des moyens de Dieu, du portrait de Dieu par le Christ, du roman de Dieu par l’Ecriture, de la musique de Dieu par l’Esprit saint qui insuffle l’orchestre de l’Eglise. Puissions-nous, à notre tour, revenir dans notre village, et comme Jésus, nous lever, faire la lecture (devant tout le monde !), replier le livre, et annoncer que l’Ecriture est accomplie. Le chrétien est un autre Christ, il se fait Christ car il a fait le choix du Christ, librement. De toute façon, seul ce choix est le bon, puisque la liberté consiste à être capable de dire oui !




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  L’Ecriture est accomplie



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