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Le glaive de la Parole

Dimanche 28 janvier 2001

 

En ligne depuis le mercredi 26 juillet 2006.
 
 

Dimanche dernier, Jésus le Christ, le Fils de Dieu inaugurait sa prédication dans la synagogue de Nazareth en s’appliquant la prophétie d’Isaïe. L’Église nous demandait de tendre l’oreille, de tenir les yeux fixés sur le Message et l’Interprète des Écritures ; elle nous demandait d’écouter, de regarder, de toucher " cette Vie éternelle qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue " (1 Jn 1, 2).

Aujourd’hui, l’Evangile nous présente la réaction des premiers auditeurs de Jésus. Cette réaction est double : d’une part l’admiration, avec une nuance d’étonnement ; d’autre part la fureur jusqu’à vouloir le tuer immédiatement. Cette double réaction, frères et soeurs, vaut encore pour nous. Pour qui écoute vraiment le Verbe de vie, il n’y a pas d’autre voie que l’adhésion confiante ou le rejet violent ; il n’y a pas de voie moyenne. Les auditeurs de Jésus s’écrieront un jour : " Cette parole est dure ! " (Jn 6, 60). Elle est en effet tranchante comme un glaive, elle divise ceux qui écoutent. La Parole de Jésus-Christ est tranchante, en premier lieu, à cause de sa radicale nouveauté. Cette nouveauté vient troubler notre confort. " L’Esprit m’a consacré pour porter la bonne nouvelle aux pauvres " (Lc 4, 18). Nous glissons mollement sur ces deux mots de " bonne nouvelle " sans les comprendre. Il faut leur restituer toute leur force pour comprendre devant quel choix nous sommes placés.

La nouveauté de la Parole de Jésus revêt deux aspects. En premier lieu, l’enseignement de Jésus-Christ est vraiment nouveau parce qu’il est original, inattendu. Ce qui est vraiment neuf nous prend en effet toujours par surprise. La nouveauté nous fait violence. Il n’y a que les fabricants de disques et de films à succès pour programmer des nouveautés. Les bergers et les mages, en s’agenouillant devant le nouveau-né de la crèche de Bethléem, ont découvert l’Inattendu. Le Salut réalisé est au delà de toute annonce. Ce bébé de 50 centimètres et de 3, 5 kg qui est à la fois vrai homme et vrai Dieu, ce n’était pas dans la logique des choses ! Son avènement n’est pas le résultat d’une progression par étapes. Les Juifs de Nazareth le savent bien. A l’instant même où ils rendent témoignage et sont en admiration devant les paroles sortant de la bouche de Jésus, ils nourrissent au fond d’eux mêmes le doute qui va les amener à souhaiter la disparition de Jésus.

La Parole de Dieu proclamée en Jésus-Christ est, en second lieu, radicalement nouvelle parce qu’elle est définitive. Après elle il n’y a plus rien à attendre ; avec elle nous touchons au but. Le Nouveau Testament ne tire pas son nom du seul fait qu’il vient en second dans le temps. Il n’est pas l’autre Alliance, il n’est pas une deuxième Alliance ; il est le dernier, au sens absolu du terme, celui dans lequel se joue la fin dernière de chacun d’entre nous : la vie éternelle ou l’éternelle damnation. Nous n’avons pas à attendre quelque livre de Mormon tombé tout cuit du Ciel ; nous n’avons pas à attendre une autre révélation, même si on devait l’attribuer à la Vierge Marie. En Jésus-Christ nous avons tout reçu. La prédication de Jésus-Christ est entièrement nouvelle. Cette nouveauté est une pierre d’achoppement. Elle est comme " une colonne de fer, un rempart de bronze " contre lesquels se brisent nos paresses routinières. Le glaive de la Parole divise aussi par son autre tranchant.

Outre sa nouveauté, un deuxième trait frappe en effet dans la prédication de Jésus : elle fait la lumière sur toute chose. Mais il y a plusieurs moyens de faire la lumière. Les scouts, en camp, disposent par exemple de deux possibilités pour s’éclairer la nuit. Ils peuvent tout d’abord user de lampes électriques : la Maglite - le must en la matière - émet une lumière vive mais elle n’éclaire qu’un point particulier et aveugle ceux qui tournent les yeux vers elle. Dans les mains d’un scout agressif, elle se transforme par ailleurs en matraque. La Parole de Dieu, qui vient éclairer notre monde, n’est pas de ce type. Le deuxième moyen pour s’éclairer, c’est la torche en bois tissu et paraffine amoureusement préparée dans la cuisine familiale avant le départ en camp. Ce moyen a la préférence des scouts, sinon des mères de famille. Et ce sont les scouts qui ont raison ! De tels flambeaux éclairent en effet partout autour d’eux : devant, derrière. Par ailleurs, la lumière qu’ils émettent n’aveugle pas. Au contraire, elle révèle la beauté de ce qui est illuminé et elle réchauffe.

La Parole de Dieu est " comme un flambeau que l’on tient dans la main et qui porte la lumière partout autour de nous au fur et à mesure que nous avançons " (Paul Claudel). Ce flambeau éclaire l’histoire qui est avant Jésus-Christ comme l’histoire qui est après Jésus-Christ. Ce flambeau éclaire aussi notre histoire personnelle : il souligne la beauté des dons reçus de Dieu et accuse la laideur de nos péchés. Le Verbe incarné s’offre comme le brasier placé au centre de l’histoire des hommes : il illumine ce qui est derrière lui et ce qui est devant lui en révélant le dessein éternel de Dieu sur toute chose.

Avant Jésus-Christ, il y eut le temps du salut. Jésus connaît la loi et les prophètes : il sait qu’ils témoignent de lui. Il les interprète en se les rapportant. Il donne enfin la clef de l’enseignement d’Elie et d’Elisée. L’Ancien testament n’est pas pour lui un passé mort. Il contient même une sorte de schéma précis de la vie qu’il doit mener sur terre. La totalité de sa vie doit être l’accomplissement total de toute la loi et de tous les prophètes. La lumière qui jaillit du Verbe de vie éclaire aussi devant lui. Elle illumine le temps de l’Église.

Depuis 2000 ans, Jésus-Christ surélève et transfigure l’histoire de l’Église. Depuis Jésus-Christ, dans la mesure où nous sommes configurés à lui, nous sommes dans la plénitude des temps. Il nous faut vivre dans la lumière de la Parole de Dieu. Il nous faut partager l’incandescence de cette lumière. Il nous faut accepter que cette lumière juge nos actes ; qu’elle éclaire nos vies pour désigner ce qui doit disparaître et ce qui doit être guéri. Rien ni personne n’avait jamais apporté la nouveauté et l’illumination parfaites que manifeste aujourd’hui la prédication du Seigneur dans la synagogue de Nazareth. Ses auditeurs l’ont bien compris ; ils ont cherché à le tuer. Le secret de cette nouveauté, le secret de cette lumière résident dans le mystère de la personne de Notre Seigneur : il dit ce qu’il est ; il est ce qu’il dit. Si Dieu nous révèle aujourd’hui cette Parole en Jésus-Christ, c’est qu’il attend quelque chose de nous : pour notre joie, le Verbe de Dieu veut habiter nos coeurs. Le Verbe s’est fait chair pour dilater nos coeurs en leur communiquant sa vie, son amour, sa charité chantée par saint Paul dans la première épître aux Corinthiens. C’est la voie, la seule voie pour parvenir au bonheur éternel. Mais attention : elle exige des coeurs humbles, pauvres, des coeurs broyés et contristés, des coeurs de chair. Elle interdit toute demi-mesure : le feu de l’Amour divin exige tout




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