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L’oeil et le mirador

Dimanche 25 février 2001

 

En ligne depuis le mercredi 26 juillet 2006.
 
 

Pendant mon service militaire, maîtres-chiens on nous faisait faire le guet du haut d’un mirador, qui s’élevait assez haut pour nous faire croire à ce que nous faisions, d’où j’observais non sans quelque sentiment de puissance tout ce qui bouge dans la nuit. L’excitant est que nous étions en avant-poste, comme si une guerre eût éclaté, ou aller éclater sur le territoire. De fait, il n’y eut jamais que des lapins lotois et des lapines à regarder trottiner sous le halo du projecteur.

Aujourd’hui je vis encore dans un mirador. Je suis dans ma guérite suspendue, je m’y suis installé, presque à mon insu, à force de ne pas en partir. Ma guérite, mon mirador, c’est mon oeil, d’où j’observe comme autrefois, non sans quelque sentiment de puissance, les " autres ", comme on dit. Je vis là-haut dans mon oeil, j’ai aménagé. Mon oeil, c’est-à-dire un certain regard sur eux, qui les maintient aussi à distance au moment même où je les salue, ou les sers. Une vieille méfiance animale, sans doute, un marquage du territoire. Je veille, j’ai l’oeil. Du matin jusqu’au soir jaugeant, pesant, comparant, estimant. C’est même mon premier réflexe, ma première pente. Un certain quant à soi est inévitable. Je peux revendiquer éventuellement une certaine hauteur de vue, en raison de ma riche éducation, de mon savoir, qui m’aident à fuir la bassesse, et le manque d’élévation général. Au fond, mon mirador, c’est moi !

On est toujours le pharisien de quelqu’un. Notre oeil, notre regard sur les autres, si je n’y prends pas garde, un vrai petit caporal ! Jésus s’en est bien rendu compte, qui scrutait le fond des êtres comme pas un. Il avait bien vu le manège : ces jugements acérés, à l’emporte-pièce, cette jalousie inassouvie, ces façons de comparer où l’on se trouve incomparable, ces petites lapidations quotidiennes, sans armes à la main, ces allusions impitoyables, entre la sentence et l’exécution, qui font les brouilles de ménages et les histoires de familles. Il savait que l’homme est un loup pour l’homme, par complexe ou froideur. Qu’une nation peut vouloir en dévorer une autre. D’ailleurs que n’a-t-on pas dit sur son compte par incompréhension, bêtise ou pure méchanceté : qu’il mange et qu’il boit, qu’il pactise avec le diable, et j’en passe. Et puis, que voulez-vous, pendant que j’ôte la paille qui est bel et bien dans l’oeil de mon prochain, ne fais-je pas oeuvre d’éducation, de charité chrétienne, de justice. Aveugles, nous tombons tous dans la même erreur, dans la même vanité, que Jésus compare dans l’évangile à un trou. " Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’oeil de ton frère ? "... Il ne s’agit pas de devenir naïf ou dupe, de renoncer à une intelligence des êtres et des choses, en avançant dans la vie la tête dans le sable comme une autruche, à renoncer à évangéliser. Elle y est bel et bien la paille dans l’oeil de mon prochain, il n’est pas sans défaut

Mais avant tout, dit Jésus, que ses défauts te rappellent quelqu’un : toi-même. Commence par balayer devant ta porte : conversion bien ordonnée commence par soi-même. C’est tout lui, cette recommandation. Le plus dur nous attend, car nous sommes pris à revers. Si tu commences par balayer devant ta porte, à nettoyer l’intérieur de ta coupe, comme dit Jésus, à te frapper la poitrine toi-même, tu verras ta propre précarité, quelle lourdeur pèse sur toi, quelle vanité te menace. Tu n’en deviendras que plus modeste, plus miséricordieux pour les autres parce que tu auras éprouvé toi-même dans ta chair le poids des limites. Rien ne vaut l’expérience, et ce baptême-là. " Chaque arbre se reconnaît à son fruit ". La poutre de prétention qui entrave ma vision des êtres n’est qu’un noeud du regard. C’est mon regard de haut, écrasant, mortifère, extérieur, alors que c’est par le dedans qu’il faut commencer, et commencer à rajeunir. Sois bon, de cette bonté chevronnée qui en a vu d’autres. Ne compare pas. Reste souple de coeur, ample à l’intérieur. Tu as encore beaucoup de chemin à faire pour que l’amour du prochain te devienne une seconde nature.




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 L’oeil et le mirador



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